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Blue Jasmine

17 Octobre 2013 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

En s'attachant presque exclusivement à l'inexorable chute de son héroïne (Cate Blanchett) pourtant entourée d'une multitude de personnages – sa soeur Ginger (Sally Hawkins) et beaucoup d'hommes –, Allen créé un personnage complexe, autant victime que coupable, et rend romantique le geste qui signera la fin de sa confortable vie de bourgeoise antipathique et désespérée.

Cate Blanchett et Sally Hawkins en arrière-plan

Cate Blanchett et Sally Hawkins en arrière-plan

La vie de Jasmine est un échec quasi-total et Woody Allen ne fait guère de mystère sur cet aspect dévoilant dès l’introduction un personnage fabuleusement égocentrique, alcoolique et plongé dans une immense solitude. Rien ne semble sauver Jasmine à mesure que le film avance. Soit trop naïve, soit trop cynique, elle écrase la classe populaire dès que l'occasion se présente en affichant une douloureuse condescendance pour Ginger qui la recueille après que la justice américaine ait saisie les biens de son escroc de mari Hal (Alec Baldwin) et les siens. Elle méprise avec, reconnaissons-le, un certain éclat le fiancé de Ginger, Chili (Bobby Canavale). Et le réalisateur joue sur la sympathie que l'on peut ressentir pour quelques joyeux misanthropes (le succès de la série Dr House – David Shore 2004 à 2012 – par exemple) et le rejet pour cette méchanceté conduite par une certaine forme de bêtise voire une absence de morale. Avec force flash-backs montrant ses heures d'opulence couvrant les germes de la déliquescence à venir, Jasmine apparaît tour à tour comme une coquille vide dont les malheurs sont un juste retour des choses et le dommage collatéral d'un monde pas tellement plus reluisant. Son statut de femme qui lie sa seule réussite sociale à celle de trouver un homme riche et séduisant – elle parle en vain des études qu'elle n'a jamais terminées – constitue ainsi le point d'ancrage de la réflexion d'Allen. Ginger apparaît alors comme une version embryonnaire de sa soeur. Moins jolie, moins adroite, elle se laisse facilement convaincre par une hypothétique grande richesse (elle force la main de son premier mari – Andrew Dice Clay – à investir son gain à la loterie dans les plans financiers de Hal) ou par celui d'une histoire d'amour plus ambitieuse (avec un méga looser Al, sans H – Louis CK – ce qui ne manque pas de faire sourire le méchant spectateur que nous sommes !). Bref, son modèle c'est sa sœur. Comble de l'ironie, c'est son incapacité à reproduire ce modèle qui la sauve en partie d'un naufrage conséquent. Mais le cinéaste se montre moins délicat avec les hommes. Epargnant volontairement ce touchant imbécile qu'est Chili, dont la bonté d'âme n'est jamais remise en cause (voir ce mâle ultra viril pleurer dans un supermarché est attendrissant), le réalisateur sort le bazooka avec le reste des représentants de la gent masculine. Ainsi Hal, Al, Dwight (Peter Saasgard) ou le Dr Flicker (Michael Sthulbarg), sont-ils des figures peu complexes, sombrant souvent dans la médiocrité. Il n'est pas tellement plus tendre avec Danny, le fils de Jasmine et Hal (Alden Ehrenreich) qui bien que cohérent et sincère, condamne cruellement sa mère adoptive dans la scène finale pour l'un de ses rares gestes mus non pas par calcul mais par passion. Certes pour faire du mal, mais qui vient briser au moins un instant les chaînes qu'elle avait elle-même contribuer à attacher.

 

nolan

 

Note de nolan : 4

 

Note d'Antoine Rensonnet : 3

 

Blue Jasmine (Woody Allen, 2013)

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