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En Quatrième Vitesse – Dédales et portes closes

15 Janvier 2014 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films anciens

Mike Hammer roule à tombeau ouvert dans sa rutilante décapotable quand une femme peu vêtue lui barre la route. Débute alors une tortueuse intrigue dans laquelle le privé va peu à peu perdre pied. Le film culte de Robert Aldrich ressort en DVD et Blu-ray en copie restaurée. Quatre petits bonus de qualité variable mais un grand film noir.

 

Cloris Leachmann et Ralph Meeker
Cloris Leachmann et Ralph Meeker
Cloris Leachmann et Ralph Meeker

Cloris Leachmann et Ralph Meeker

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Parmi l'un des deux principaux suppléments du DVD d'En Quatrième Vitesse sorti en copie restaurée le 20 novembre figure l'interview du créateur de la série Les Envahisseurs (1967-68), Larry Cohen, sur les mille visages de Mike Hammer. Ce bonus tout à fait anecdotique se laisse regarder, Cohen se révélant un sympathique retraité, goguenard, drôle et doté d'une bonne touche de mauvaise foi. Les diverses adaptations des romans de Mickey Spillane ne trouvent guère grâce aux yeux de cet « Hammerophile » revendiqué. Y compris la sienne – I, The Jury dont il fut scénariste et réalisateur avant d’être évincé en cours de tournage en 1982. Y compris la meilleure d'entre elles, ce Kiss Me Deadly de Robert Aldrich en 1955. Larry Cohen explique le succès du film parce qu'il y a « une femme nue (Cloris Leachmann) qui court au début du film et une grosse explosion à la fin ». Entre les deux, fait-il remarquer, Mike Hammer (Ralph Meeker), va dans un lieu et pose des questions, puis change de lieu et pose d'autres questions. Pas très intéressant. Sur la forme, reconnaissons que Cohen n'a pas complètement tort. Sur le fond, notre ressenti est bien différent.  

Escaliers
Escaliers
Escaliers

Escaliers

Certes, la complexité du scénario paraît inutile mais n'est en rien gratuite. Au contraire, elle fait perdurer l'étrange atmosphère de la brillante séquence prégénérique. Aussi Hammer ouvre-t-il beaucoup de portes comme le fait remarquer Philippe Rouyer (collaborateur chez Positif dont l'interview constitue le second supplément DVD ; il se montre bien plus enthousiaste et passionnant que Larry Cohen). Elles préparent mentalement le spectateur à l'ouverture interdite de la boite de Pandore, tardif mais réussi macguffin du film. Des portes oui, mais aussi des escaliers. Mike Hammer dévale, escalade d'un pas alerte ou feutré quantité de marches qui servent la mise en scène au cordeau du cinéaste. Ainsi, Aldrich ne ménage pas sa peine pour respecter le genre – le film noir – et y apporter une petite touche de fantastique : il décadre et surcadre beaucoup, joue des ombres et des lumières au sein de décors fort bien photographiés par Ernest Laszlo. Mystérieuse et oppressante, difficile de rester hermétique à l'ambiance qui se dégage. Le cinéaste donne une tonalité onirique (le bar de jazz) ou cauchemardesque (l'appartement de Lily Carver – Gaby Rodgers – et ses escaliers enchevêtrés) aux lieux accentuée par de nettes transitions entre l'un et l'autre comme on change de décor en un instant dans un rêve. L'étrangeté se renforce également par les comportements des personnages, la longue et drôle de scène à la villa avec piscine de Carl Evello (Paul Stewart) en est parfait exemple.  

La filature et la fin du combat … dans les escaliers.
La filature et la fin du combat … dans les escaliers.
La filature et la fin du combat … dans les escaliers.

La filature et la fin du combat … dans les escaliers.

Aldrich créé dans le même mouvement des petits mondes en en composant un plus global, celui de la côte Ouest des Etats Unis dont chaque lieu semble indépendant des autres. Ainsi Hammer passe-t-il d'une salle d'entraînement de boxe à discuter avec l'entraîneur véreux Eddie Yeager (Juano Hernandez) à une vaste maison d'un amateur d'art contemporain (Jerry Zinnemann). Nous serions d'ailleurs tenté d'y voir une traduction du salad bowl américain où toutes les classes existent et se côtoient mais ne se mélangent pas. Or, Mike Hammer n'est évidemment pas un lien social, seulement un fil conducteur.  

Les femmes (Mady Comfort, Maxine Cooper et Gaby Rodgers)
Les femmes (Mady Comfort, Maxine Cooper et Gaby Rodgers)
Les femmes (Mady Comfort, Maxine Cooper et Gaby Rodgers)

Les femmes (Mady Comfort, Maxine Cooper et Gaby Rodgers)

Et entre cette femme nue et l'explosion finale, le film est aussi l’édification d’un héros ambivalent. Il ne fait guère de doute qu'Aldrich a une sympathie limitée pour Hammer. Le détective privé est un salaud, charismatique certes. Aldrich présente assez crûment son attitude machiste, son penchant pour la violence et son arrogance qui constituent sa force mais aussi la source de l’antipathie qu’il dégage. Homme à femmes, il ne soucie guère d'abuser du statut de victime consentante de l'amoureuse Velda (Maxine Cooper). Nous noterons d'ailleurs que le cinéaste érotise au maximum les personnages féminins (transpirantes, court vêtues et filmées en quelques plans fort suggestifs aux angles mal ou trop bien placés). Il corrige durement les petits filous cupides qui se montrent trop gourmands et lors d'une superbe scène de filature montre l'étendue de sa brutalité lors d'un combat à mains nues sans que son ennemi (Paul Richards) n'ait la moindre chance de porter un coup. Mais le cinéaste cloue son héros au pilori puisque son mépris – justifié au vu du comportement de ses agents – pour la police l'incite à ne pas la prévenir et conduit ainsi leur enquête à sa perte. Pire, il use de son ascendant sur son ami Nick (Nick Dennis) pour aller fouiner à sa place. Certes ce sidekick comique qui hurle « vavavoum » en permanence est agaçant mais de là à l'envoyer au feu, il y a un pas que le privé n'aurait pas du franchir.  

Nick Dennis et l'explosion
Nick Dennis et l'explosion

Nick Dennis et l'explosion

Tout le sel du film noir y figure, la femme fatale (quoiqu'elle ne soit pas d'une beauté évidente), la cupidité et la résonance sociale. Toutefois, remarquons que le personnage principal n'est pas un pauvre type cherchant à s'élever au-dessus de sa condition et n'est pas plus un privé à la Humphrey Bogart. C'est aussi l'aspect politique – il est fait allusion au Maccarthysme mais la grande affaire est la menace nucléaire – qui donne une dimension supplémentaire à cet excellent film de genre.

 

nolan

 

Note de nolan : 4

 

NOTA : Philippe Rouyer replace le film dans le contexte de sa sortie – qui est Aldrich en 1955, où se situe le film noir à cette époque… – et propose une fort intéressante analyse de la séquence d'ouverture et de fermeture (notamment sur la superposition sonore).

 

En quatrième vitesse – DVD/Blu Ray, sortie le 20 novembre 2013

Réalisation : Robert Aldrich

Scénario : A.I. Bezzerides d'après l'oeuvre de Mickey Spillane

Directeur de la photographie : Ernest Laszlo

Musique : Franck de Vol

Montage : Michael Luciano

Avec Ralph Meeker, Maxine Cooper, Nick Dennis, Gaby Rodgers…

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