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The Grand Budapest Hotel

18 Mars 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Dans l’ordre du délire, le minimalisme conduit au minimal. Vraie ou pas, cette proposition connaît une parfaite illustration avec The Grand Budapest Hotel

Gustave H (Ralph Fiennes) et Zero (Tony Revolori)

Gustave H (Ralph Fiennes) et Zero (Tony Revolori)

Enchâssement démesuré des couches du récit – quatre strates pour en arriver à la principale ! –, découpage de celui-ci en courts chapitres, utilisation extrémiste du surcadrage… Dans The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson assume de façon jusqu’au-boutiste sa maniériste tendance à la miniature. En ce sens, ce film est bien l’incontestable chef-d’œuvre de son auteur mais le résultat global est pour le moins mitigé. D’un côté, chaque scène est un petit sommet de loufoquerie. De l’autre, le délire, sévèrement tenu en laisse, n’a logiquement jamais vraiment le temps de se développer. On ne sait dès lors si les défauts de The Grand Budapest Hotel tiennent à la trop grande assurance de son auteur ou aux barrières que celui-ci se refuse à franchir. Peu importe, sans doute, mais un tel système ne peut qu’aboutir à refuser toute épaisseur aux personnages et à empêcher le moindre débordement d’énergie. Ce qui s’avère d’autant plus dommageable que les héros, le concierge Gustave H (Ralph Fiennes) et le lobby boy Zero (Tony Revolori), sont a priori aimables, les méchants, Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody) et son âme damnée Jopling (Willem Dafoe), tout à la fois effrayants et grand-guignolesques et les très nombreux auxiliaires parfaitement absurdes alors que la course-poursuite qui sert de trame scénaristique n’est pas dénuée d’habileté(1). L’ensemble, pourtant, en reste au stade de l’aimable comptine et la véritable leçon de mise en scène n’a vocation qu’à révéler une longue série de pièces de collection et à brillamment dégager un écrin pour chacun d’entre elles. Bien qu’il faille s’incliner devant tant de talent, on regrettera donc que Wes Anderson préfère élégamment ordonner un cabinet de curiosités plutôt que de donner vie à un capharnaüm baroque. Espérons simplement, sans trop y croire, qu’ayant désormais un point indépassable de maîtrise, il fasse volte-face et commence à lâcher un peu la bride.

 

Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody), Jopling (Willem Dafoe),  Serge X (Mathieu Amalric) et Gustave H

Dmitri Desgoffe und Taxis (Adrien Brody), Jopling (Willem Dafoe), Serge X (Mathieu Amalric) et Gustave H

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 3

Note de nolan : 3

 

(1) Située dans le chaos européen des années 1930, elle portait même une certaine ampleur que l’auteur, naguère réfugié, pour le meilleur, auprès d’un simili-commandant Cousteau (La Vie aquatique, 2004), ou chez les scouts (Moonrise Kingdom, 2012), ne nous avait guère habitués. Sans surprise, il s’acharne à la réduire à quelques signes amusants et tue, dans l’œuf, cette ambiance potentiellement inquiétante.

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nolan 18/03/2014 19:44

Parfaitement d'accord quoique globalement plus enthousiaste. Un ami me faisait remarquer une frénésie similaire à celle de Fantastic Mr Fox, son opus le plus faible enfin le moins bon du très talentueux cinéaste Texan.
Wes Anderson réalise là son blockbuster. Techniquement époustouflante, toujours très maîtrisée - sans doute trop comme tu l'écris - sa mise en scène emballante ne manque pas de brillantes séquences (dont la filature de Kovacs - Jeff Goldblum - par Jopling) qui cloue le spectateur à son fauteuil. L'abattage de Ralph Fiennes permet quelques hilarantes séquences burlesques que le réalisateur se plait à trancher violemment dans les tristes dernières minutes. Bref, c'est quand même déjà beaucoup et il est fort à parier que ce film pourra se voir et se revoir comme le plus luxueux des films de dimanche soir (ou d'après midi pluvieux) de ces dernières années.

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