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L’Homme qu’on aimait trop

29 Juillet 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Après avoir réussi à installer une atmosphère et des personnages, André Téchiné se noie dans le réel opaque de l’affaire Agnelet/Le Roux. Et sa pirouette consistant à faire du spectateur un juré de celle-ci plutôt qu’un critique de son œuvre se solde par un échec.

Maurice Agnelet (Guillaume Canet)

Maurice Agnelet (Guillaume Canet)

L’Homme qu’on aimait trop (André Téchiné, 2014)

 

Un monde attirant et factice où argent et séduction s’attirent, se rencontrent mais échouent à complètement se confondre. Le point de départ est excellent – on songe à Plein Soleil (René Clément, 1960) et l’ambiance d’un drame ambitieux s’instaure immédiatement. Même Guillaume Canet (Maurice Agnelet), l’homme qu’on aimait trop du titre, est convaincant en héros secret, talentueux et sans le sou. Lisse et ambigu, il parvient, contre toute attente, à dégager le charme insaisissable sur lequel repose tout l’édifice d’André Téchiné. Le film démarre donc sous les meilleurs auspices d’autant que le charisme monolithique de Catherine Deneuve (Renée Le Roux) et la vitalité désordonnée d’Adèle Haenel (Agnès Le Roux) apportent un supplément de saveur. Mais, insensiblement, la machine se grippe jusqu’à totalement se bloquer. La raison de ce lent effondrement est double : André Téchiné n’a pas d’histoire à nous conter et son œuvre est privée d’enjeu cinématographique. Totalement pris au piège d’un sombre fait divers sans véritable dénouement, le réalisateur renonce à tout point de vue et essaie d’énoncer le plus objectivement possible des faits mal établis. Perdu, il change de centre, oublie l’énigme Agnelet pour montrer la passion, sans issue, d’Agnès puis, une fois celle-ci définitivement disparue, s’intéresser au long combat judiciaire de sa mère. Et, dans un souci d’équilibre, il termine en braquant à nouveau les projecteurs sur un héros qu’il a abandonné en remarquant, avec candeur, qu’on ne sait toujours pas grand-chose de lui. Sans doute ce retour et cet aveu doivent-ils persuader, tout à la fois, de la constance et de l’honnêteté de l’auteur. Mais ils soulignent surtout son impuissance ou, peut-être, son manque d’assurance. Laissant à la justice le soin de faire son travail – encore inachevé[1] lors de la production de L’Homme que l’on aimait trop –, Téchiné renonce à faire le sien. Dans la fiction, son monde, il fallait qu’il décide – ou, à tout le moins, donne suffisamment d’éléments au spectateur pour le faire – si Agnelet était ou non coupable et, ce qui n’a rien à voir, s’il était bien le stéréotype du salaud. Ne rien choisir est trop facile et tenter de faire passer du vide pour de la complexité apparaît comme une mystification grossière. Reste tout de même cette si belle exposition…

 

Renée Le Roux (Catherine Deneuve) et Maurice Agnelet

Renée Le Roux (Catherine Deneuve) et Maurice Agnelet

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 2

 

[1] Après trois procès, Maurice Agnelet a été reconnu coupable du meurtre d’Agnès Le Roux, disparue à la Toussaint 1977, en avril 2014. Mais ces méandres judiciaires ne constituent pas le sujet du film d’André Téchiné.

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FredMJG 07/08/2014 20:47

Toute les scènes de procès sont insupportables (et ces maquillages d'un autre temps :/)
Dommage parce qu'Adèle est grande (et Guillaume finalement, pas si petit)

Antoine 09/08/2014 01:39

Le film aurait à peu près évité la noyade sans ce final catastrophique mais bon l'embourbement venait quand même de plus loin.
Et, sinon, l'adage nolanien "Guillaume Canet, navet" a failli être fortement remis en cause. Et Canet aurait eu sa part dans le démenti.

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