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Jimmy’s Hall

5 Août 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Un film double, pamphlet politique et ode à la vitalité. Le premier sonne creux et la seconde vise juste. Disons que cette dernière l’emporte en procurant un incontestable et fugace sentiment de gaieté.

Les danses, à ciel ouvert

Les danses, à ciel ouvert

Question vision du monde, rien ne colle dans Jimmy’s Hall. Le bien et le mal trop clairement identifiés – quand bien même James Gralton (Barry Ward), après y avoir renoncé, revient, contraint et forcé, vers la lutte alors que derrière l’affreux père Sheridan (Jim Gordon) se cache le vicaire Seamus (Andrew Scott), épouvantable figure d’un compromis aussi impossible qu’inévitable –, la foi en l’individu et, pire, dans la vertu du collectif, cette certitude, donc, que l’on peut créer quelque chose de beau qui implique que le combat politique ait un sens. Ken Loach ressasse, sans grande finesse, ses vieilles obsessions et, pourtant, sa naïveté finit par toucher. Il faut dire que son film déborde d’une telle vitalité que le vieux réalisateur en finirait presque par s’avérer convaincant. Il ne l’est en vérité qu’à demi mais rien n’interdit de considérer, avec plaisir et bienveillance, le verre à moitié plein. Quel mal y aurait-il, après tout, à se laisser emporter pendant les quelques deux heures de la projection par les aventures de Jimmy et de ses amis qui, dans l’Irlande des années 1930, mettent toute leur énergie à construire un improbable dancing-école dans lequel ils peuvent jouir, non sans entraves, et s’ouvrir sur la richesse du monde ? Aucun, assurément, d’autant que Loach dresse, au moyen d’une belle image granulée aux teintes brunes, de forts jolis tableaux pastoraux de cette micro-société heureuse de se construire. De plus, même dans les moments dramatiques – la fuite de Jimmy qui vient mettre fin à son rêve plus qu’elle ne semble véritablement signer son échec –, la joie et le dynamisme perdurent. Or, les saisir, à un état presque pur, apparaît bien comme le seul projet d’un film qui, en ce sens, est une indiscutable réussite et constitue une pure et paisible vision de cinéma. Reste que Jimmy’s Hall, inspiré – Loach s’entête à le souligner – d’une histoire vraie, est encombré de ce caricatural discours politico-philosophique. L’ignorer, ou pire l’accepter, serait une faute coupable contre le réalisme. Mais repousser le charme qui se dégage de cette petite œuvre serait aussi une belle preuve de cynisme.

James Gralton (Barry Ward)

James Gralton (Barry Ward)

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 3

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Sylvain Métafiot 12/08/2014 10:21

Loin de moi l'envie d'être cynique mais le verre me semble à moitié vide : on sent que Ken Loach s’essouffle. Ne risquant à s'aventurer en terre inconnu, il dessine une histoire, certes touchante, mais peuplée de caricatures : les bons et braves coco hédonistes face aux satanés réacs religieux et autres collabo fascistes.
Bon...à ce niveau là, le terme "réchauffé" est un doux euphémisme.

Le vicaire Seamus aurait pu être un personnage intéressant car complexe mais il semble réduit au simple stéréotype tolérant et bancal d'une Église "pas si intégriste que ça".
(Petit hors-sujet mais le contraste avec ce fou furieux génial de Jim Moriarty qu'incarne Andrew Scott dans la série Sherlock trouble les sens : je n'ai pu m'empêcher de penser à une machination finale...).

En somme, un sous Le vent se lève paresseux.

Antoine 16/08/2014 14:36

Je suis assez d'accord. De toute façon, c'est un peu ce que je voulais dire : dans un autre état d'esprit, je n'aurais pu m'attacher qu'à a maigreur du discours politique de Loach. Le même que dans Le Vent se lève mais, cette fois-ci, asséné sans finesse ni ampleur. Mais, bn, je trouve quand même qu'il y a une forme d'énergie positive qui se dégage de Jimmy's Hall.

Concernant Seamus, il me semble que c'est autour de lui que Loach glisse la seule chose intelligente du film. L'idée qu'il faudra bien aller vers le compromis et que, en un sens, c'est ça le pire.

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