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Un, deux, trois : Paradoxe

7 Août 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Cette semaine dans Bribes et Fragments, Antoine se penche sur le paradoxe d'Un, deux, trois. Un film à la fois très mauvais et génial. Ce qui est rare. Musicalement, c'est un peu comme si Serge Gainsbourg composait un album pour Vanessa Paradis. nolan

Un, deux, trois (Billy Wilder, 1961)

Un, deux, trois (Billy Wilder, 1961)

ParadoxeUn, deux, trois est un très mauvais film. Parce que c’est Wilder et que l’on y rit souvent, beaucoup s’ébaubissent. Mais, franchement, avec Cagney qui en fait des tonnes, le jeune premier (Horst Buchholz) qui joue comme un pied, un scénario capillotracté qui n’est là que pour amener des gags répétitifs, on est loin de Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939) et assez proche d’une de ces mauvaises comédies remplissant depuis des lustres les salles de l’hexagone et d’ailleurs.

Le paradoxe, c’est que Un, deux, trois est aussi génial. Non pas comme Témoin à charge où, derrière les pitreries de Laughton, se cachait un immense film dans lequel Wilder creusait, après Boulevard du crépuscule et avant Fedora, son thème majeur, celui de la déchéance des étoiles. Derrière le cynisme, pointait son désespoir magnifique. Rien de tel ici puisque le cynisme semble presque seul au rendez-vous. Simplement, en remplissant une médiocre commande et en acceptant de s’enferrer dans le rôle du réalisateur de comédie, il montre combien il gâche son talent et tend un miroir assez désagréable à Hollywood. Ce reflet est évidemment renforcé par l’épouvantable personnage de Cagney, un dirigeant de Coca-Cola, cupide, conventionnelle et ridicule incarnation du rêve américain. En outre, Wilder prend grand soin de ne pas condamner moralement le système communiste. En pleine guerre froide, il fait l’impasse sur ses dérives et présente ses représentants non comme des monstres mais plutôt comme de parfaits imbéciles, assez semblables, in fine, aux Américains. Et, muni de ces éléments, il tire une conclusion imparable. Le communisme n’est qu’une farce condamnée à l’échec, tout être humain étant à prêt à tout et n’importe quoi dès lors que son profit personnel est en jeu. Un, deux, trois en est, pour Wilder – il n’en est pas fier, n’en a pas honte bien qu’il laisse poindre un soupçon d’agacement –, plus encore qu’une performative illustration, une preuve définitive. A la fin du film, les Américains l’emportent, à plate couture, en terre berlinoise et, au-delà, sur le champ de bataille européen. Alors que le mur de Berlin est en pleine construction, Wilder pronostique son effondrement et la victoire par KO de l’American way of life. Un, deux, trois est donc un bien curieux film de propagande où le triomphe occidental se résume à celui du mauvais goût sur l’absurdité. C’est aussi une très fine, et un rien désabusée, analyse géopolitique. Parce qu’elle anticipe, d’une part, que le soft power s’avèrera plus décisif que le hard – Joseph Nye n’a pourtant pas encore précisé ces notions – dans l’évolution finale de la Guerre froide et, d’autre part, que la chute du communisme sera, à tout prendre, une bonne nouvelle qui n’annoncera toutefois aucun lendemain qui chante.

 

Antoine Rensonnet

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dasola 15/08/2014 11:49

Bonjour Ran, très bonne analyse de ce film que j'ai encore revu il y a quelques mois. Surprenant dans ce qu'il raconte et oui, Horst Buchholz au autant de charisme qu'une huître. Bon 15 août.

Antoine 16/08/2014 14:30

Si peu d'ailleurs que sa carrière internationale a tout de même été assez limitée !
Bonne journée.

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