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Cutter's Way, No More Heroes

21 Décembre 2014 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Une petite bribe pour les vacances de Noël suite à la ressortie en salles en juin dernier de Cutter's Way (et en DVD en février prochain). nolan

Cutter’s Way (1981)

Cutter’s Way (1981)

No More Heroes – Jeff Bridges, se laissant vivre, flanqué d’un vétéran du Vietnam délirant et paranoïaque qui l’entraîne dans une histoire criminelle fantasque et fantasmée. The Big Lebowski ? Non, Cutter’s Way. Et c’est nettement moins drôle. Chez Ivan Passer, les hommes se couvrent régulièrement de lunettes noires pour créer l’illusion d’un magnétisme dont ils sont complètement dépourvus. Avec son bandeau, le borgne Cutter en possède certes continûment une part. Mais, pour que son aura soit totale, il lui faudrait avoir perdu les deux yeux. Etre définitivement mort, donc. L’impasse est là. Une issue résiderait-elle dans la fusion entre Bone (Jeff Bridges) et Cutter (John Heard) ? Tout le film vient en souligner l’impossibilité, jusque dans son titre, significativement différent de celui du roman original (Cutter and Bone de Newton Thornburg, 1976). Bone végète, Cutter nourrit des rêves de glorieuse revanche. Au moins, dans sa quête de justice immanente, échappe-t-il aux vapeurs d’alcool pour s’effondrer, avec panache, après une charge folle sur un blanc destrier. L’acharnement de l’infirme à déjouer les complots et à annihiler un puissant – bien pâle incarnation du Mal – se réduit à ce beau geste final, coup d’éclat moins grandiose qu’inutile. Bone demeure, lui, un supplétif falot, impliqué malgré lui dans une guerre qui ne le concerne pas. Le destin pèse sur ces perdants, l’incertitude aussi (1). Car, entretemps, Mo (Lisa Eichhorn), femme de Cutter, amante d’un soir de Bone et principale figure dramatique du film, a été soufflée. Demeure une énigme, centrale dans une histoire qui en compte tant : qui était l’homme qu’elle a aimé naguère ? Probablement, un type solide. Ni pusillanime, ni flamboyant. Pas un héros, non plus.

 

Antoine Rensonnet

 

1Elle ne va pas ronger l’Amérique bien longtemps. Rambo, vétéran du Vietnam paumé dans le film éponyme de Ted Kotcheff, sorti un an après Cutter’s Way, est rapidement transformé en redresseur de torts débile et bodybuildé. Oubliant ses démons intérieurs, il s’en va, dans les calamiteux Rambo 2 et 3, massacrer les ennemis extérieurs de son grand pays. Indéniablement caricaturale, l’évolution du personnage est-elle si incohérente ? Ne se sort-on pas, en général, d’une phase déprimée de remise en cause par l’adoption de comportements – discours et actions compris – mécaniques et stupides ? Finalement, Rambo est l’exemple d’une psychanalyse, collective en l’occurrence, réussie – donc catastrophique.

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