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Timbuktu

23 Décembre 2014 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Kidane et sa famille : "On n'est pas bien là ?" "Bah, non finalement"

Kidane et sa famille : "On n'est pas bien là ?" "Bah, non finalement"

Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014).

 

Timbuktu dispose de deux bons arguments pour donner envie de le découvrir. D’abord, il s’agit certes d’un film d'auteur lent (1) mais il ne dure qu'une heure trente-sept. Ensuite, la bande-annonce laisse penser que le geste du cinéaste est plus poétique que documentaire, ce qui est rare sur un sujet pareil (un groupe d'islamiste investit la ville de Tombouctou et appliquent une charia oppressive).

Le film vu, c'est bien l'approche du poète qui domine. Le réalisateur ose la fable ou plutôt les fables en les regroupant autour d'un fil rouge constitué par le personnage de Kidane (Ibrahim Ahmed), un berger à vaches vivant heureux avec sa famille dans le désert. Abderrahmane Sissako démarre et termine sur une métaphore : une gazelle est poursuivie par des islamistes radicaux en Jeep, ils ne veulent pas la tuer mais la fatiguer. C'est le peuple du Mali. Plusieurs autres petites histoires témoignent de la relation entre habitants et islamistes. Comme de petits contes un peu cruels, le regard de Sissako est d'abord amusé, souvent amusant. Il n'y a pas de morale, seulement un constat, celui de l'impuissance, et le film se dirige, avec calme, vers la violence. Celle, absurde, d'un système punitif complètement déréglé par l'application de lois morales qui ne trouvent jamais de sens. Sissako n'interroge pas le fait religieux, les habitants sont eux-mêmes très croyants, son questionnement reste social. Le réalisateur n'évite pas totalement l'écueil de la dissertation avec le personnage de l'imam (Adel Mahmoud Cherif), sage et réfléchi, qui tente en vain d'instaurer un dialogue avec le chef djihadiste (Samel Dendou) mais ces joutes verbales entre deux personnes cultivées qui ne peuvent qu’en rester qu’au dialogue de sourds suscitent l'intérêt.

Timbuktu, surtout, est d’une grande douceur, belle et assurée. Le décor, l'ambiance un peu flottante, la pureté qui se dégage des représentations de Kidane et sa famille emportent le spectateur, Sissako maîtrisant ses effets sans jamais alourdir son geste.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

(1) On dit « contemplatif » pour être poli, mais le film ne répond pas exactement à cette définition.

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Benjamin 02/02/2015 17:31

J'ai de grosses réserves malgré la beauté, la douceur et même l'éclat de certaines scènes purement cinématographiques. Des facilités dramaturgiques m'ont donné l'impression d'être très guidé dans mes ressentis et mes opinions, alors que cela paraît pour un tel sujet complètement inutile. Je vais voir la critique que tu indiques sur Rue89.

nolan 03/02/2015 14:06

Sentinelle, voilà le nom ...
Je vois que le débat continue encore chez toi je vais aller lire ça.
Pas lu l'article des Cahiers par contre mais lu l'interview de Sissako dans Positif :-)

Benjamin 03/02/2015 10:13

Et l'article de Sabine Cessou est très intéressant ! Différent de celui des Cahiers du cinéma qui émet aussi des critiques négatives mais reste sensible à l'ambition artistique, disons-le comme ça.

nolan 02/02/2015 17:53

Ah tiens je lisais ta note cet après-midi et je me suis fait la réflexion qu'on était pas d'accord. L'article de rue 89 adopte un angle qui confère à la réalité historique.
Je n'ai pas commenté ta note parce que je n'avais pas grand chose de plus à dire que princecrannoir et l'autre commentateur dont le nom m'échappe !

emilie 23/12/2014 12:32

Un film qui donne l'impression qu'il ne fait pas si chaud au Mali et que, peut-être, on peut faire entendre raison à ces déments de radicaux en les mettant face à leurs propres contradictions. Mais ce n'est pas si simple malheureusement...

nolan 25/12/2014 21:59

Je crois que cette impression de simplification est due au parti-pris formel de Sissako. Celui de l'épure, du geste poétique, celui du Beau. En lieu et place d'un panel d'exactions des djihadistes, on y voit d'abord, une société ultra-conservatrice et absurde. Cela lui permet ainsi d'amener la courte scène de lapidation qui a alors un impact renforcé. Ce n'est pas l'avis de tous et j'ai lu l'article de Sabine Cissou sur Rue 89. Elle choisit d'attaquer le film sur son absence de réalité documentaire. C'est cinématographiquement parlant un contresens. Que le cinéaste remplisse son film d'une famille Touareg si pure et si belle, personne ne peut croire une seconde que cette image d'Epinal existe vraiment. La trajectoire de Kidane n'en est pas moins poignante (et d'ailleurs en grande partie indépendante de la charia). Je reconnais que je n'ai absolument aucune connaissance du comportement des Targui là bas ni du positionnement du réalisateur, si tenté qu'il en ait un. Mais j'ai acheté le Positif dans lequel il est interviewé, je vais aller lire ça.

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