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Ana Arabia : Pulsion de mort

29 Janvier 2015 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Ana Arabia (2013)

Ana Arabia (2013)

 

Pulsion de mortAna Arabia est d’abord une prouesse technique : un unique plan-séquence. Et la prouesse, clairement, vise à donner une incarnation symbolique à un – beau – rêve : la possibilité d’un Etat unique réunissant Israéliens et Palestiniens. Mais Amos Gitai, sans même évoquer l’accumulation de haine qui les éloigne, finit par démontrer l’inanité de celui-ci et affirme donc l’inverse de ce qu’il semblait vouloir dire. Il n’est d’ailleurs pas exclu que, d’un point de vue tout théorique, cette confusion du discours forme, comme dans Le Crime de Monsieur Lange de Renoir, le principal intérêt du film. Toujours est-il que tout, dans Ana Arabia, vient confirmer la fin d’une utopie. Le titre lui-même qui pose en personnage principal une héroïne morte qui n’a eu d’autre choix que de troquer une identité contre une autre, sans parvenir à les associer. Au moins a-t-elle pu vivre, jusqu’au bout, son histoire d’amour avec Yussuf (Yussuf Abu-Warda). L’autre couple mixte, celui de la génération suivante, a, lui, explosé en vol, séparé avant même la mort – une de plus, parmi toutes celles qui peuplent, et hantent, l’œuvre. Il y a bien cette jolie rencontre entre une jeune journaliste (Yuval Scharf) et les habitants du quartier mais, après avoir beaucoup tourné en rond et entendu (écouté ?) complaisamment leurs histoires, trouvant là la matière première à de nombreux articles, Yael s’en va seule. Sa labyrinthique déambulation n’est qu’un instant fugace, le lieu de réunion un espace réduit, au surplus destiné à disparaître à brève échéance. C’est une trace d’un passé révolu, pour l’essentiel, depuis la fin du mandat britannique. Quelque chose de mort, encore. Pour finir, Gitai s’échappe en prenant de la hauteur. Il s’arrête alors longuement sur tout ce qui, entre cette enclave de la banlieue de Jaffa et le centre de Tel-Aviv, fait frontière. Tellement de choses, en fait, que la circulation entre ces territoires, déjà bien limitée, ne peut qu’aller en s’amenuisant. Certes, au-dessus, il y a le ciel, le même pour tout le monde. Mais, à part cela ? Et au-delà ?

 

Antoine Rensonnet

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electricite paris 01/02/2015 16:56

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

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