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Avengers : l’Ere d’Ultron - Le projet Ultron

29 Avril 2015 , Rédigé par nolan Publié dans #Bribes et fragments

Avengers : l’Ere d’Ultron

Avengers : l’Ere d’Ultron

 

Bribes et fragments

 

Avengers : l’Ere d’Ultron (2015)

Le projet Ultron – Il n’est pas question de revenir en détail sur les mérites et les ratés d’Avengers : l’Ere d’Ultron, nième déclinaison d’une franchise toujours porteuse. Disons seulement que le film de Joss Whedon, comme le précédent Avengers, remplit efficacement son épais cahier des charges et correctement son office. Comme il bénéficie d’un scénario plutôt moins entortillé qu’à l’accoutumée et même de deux jolis moments – les naissances d’Ultron et de La Vision –, ce n’est donc pas si mal. Nettement mieux en tout cas que ce que laissaient espérer, ou craindre, les divers teasers. Ce qui, en revanche, retient quelque peu l’attention dans ce popcorn movie est qu’il frôle l’exploit d’inventer un grand personnage de méchant avant d’échouer. Pourtant, le potentiel d’Ultron apparaît bien réduit. Un super-robot, créé par l’homme, le dépassant et se retournant contre lui, ce n’est pas gage d’une folle originalité. Des Robots asimoviens aux Terminators, en passant par le sublime Hal 9000, la culture populaire a surmobilisé ce motif chargé d’incarner les peurs d’une époque face au progrès technologique, et l’a doucement relégué au rang de stéréotype épuisé. Or, ledit progrès ne s’est pas réalisé au travers d’intelligences artificielles potentiellement néfastes mais, pour l’essentiel, par la massification exponentielle des capacités de transmission des données, qui ne connaissent plus guère de seuils susceptibles de ne pas être rapidement franchis alors que chaque émetteur dispose de nouveaux moyens pour inclure sa production à un flux infini. C’est, par exemple, la finance, qu’il ne suffit pas de décréter folle, et c’est sa pure logique poussée jusqu’à son terme, l’argent n’étant, par définition, qu’une valeur d’échange – donc un flux, plus ou moins matérialisé, quand bien même on cherche à le stocker. C’est aussi ce monde contemporain saturé, selon l’expression consacrée, d’images. Le récent et passionnant essai quasi-expérimental d’Olivier Assayas, Sils Maria, bien qu’il vienne, assez significativement, se briser lors de son incursion super-héroïque, revient sur les enchâssements et compositions incontrôlables des images pour constater l’inéluctable effondrement des catégorisations classiques. Certes, un nuage qui serpente entre des montagnes suisses vaut toujours un peu plus que la couverture d’un magazine people mais l’équivalence guette. Et si le Beau résiste un peu, le Juste, lui, est définitivement dissous. Il ne saurait plus y avoir d’image juste car aucune source sûre ne peut lui être assignée. Le problème, il est vrai, est, à la différence de celui posé par le texte, consubstantiel à l’image qui est captation et dont la source hésite, par nature, entre elle-même et ce qui est saisi. Cependant, il ne cesse de s’accroître jusqu’à défier la raison[1]. Chaque image ou presque est désormais combinée et trafiquée à l’extrême – et l’est tant, dans un film de super-héros, que ce qui est montré n’a même jamais existé[2] –avant d’entrer en collision, via Internet,avec une multitude d’autres pour se réinventer par télescopage dans quelque mur déroulant. Et, malgré l’habitude prise, cet effet Koulechov permanent donne quand même le tournis. Aussi, l’ouverture de ces nouvelles perspectives s’accompagne inévitablement de nouvelles peurs. Et ce qui, initialement, menace dans cet Avengers n’est pas un robot, ni même une intelligence artificielle, mais qu’un nouveau flux (d’images d’ailleurs), unique et multiple, pouvant surgir n’importe où et n’importe quand, prenne les contrôle de tous les autres. Simplement, s’il est assez aisé d’envisager une transmission comme super-méchant ultime, l’imaginaire commun, peut-être plus encore dans sa version très grand public, est vite confronté à ses limites. Soit l’impensé fondamental de toute la mutation technologique : le récepteur. L’humain, donc, toujours oublié, n’a, lui, pas beaucoup évolué[3]. Ici, pour se mettre à son niveau, Ultron se mue immédiatement en humanoïde décapitable et redevient, même pourvu de nombreux avatars, ce super-robot tristement banal. L’idée qui le portait est ainsi tuée dans l’œuf. Car nous n’avons toujours pas les moyens, quel que soit le manque de finesse des concepteurs d’Avengers, de lui donner sens. A défaut, nous lui donnons corps. Opération plus facile, quoiqu’un peu vaine et décevante, dans le domaine du divertissement cinématographique que dans celui du discours politique volontariste où la finance ennemie risque de ne jamais se concrétiser.

 

Antoine Rensonnet

 

 

 


[1] Doit-on alors s’étonner que les seules modalités couramment pratiquées de réduction de la complexité croissante soient l’absurdité et le nombrilisme ? Le selfie résout le problème de la source en même temps qu’il ôte tout intérêt à l’image. De même, dépassé par le flux d’images, le cinéma ne cesse plus de tourner en rond sur lui-même, le Birdman d’Alejandro Gonzales Inarritu étant un navrant exemple supplémentaire de ce cinéma-selfie.

[2] Dans Spider-Man 3, le péché originel d’Eddie Brock est d’avoir truqué une photographie. C’est là la meilleure idée de ce film surchargé d’effets spéciaux.

[3]Un téléphone portable est ainsi aujourd’hui parfaitement apte à diffuser une image d’une excellente définition. Mais, à partir d’un écran si réduit, l’œil humain reste absolument incapable de s’en emparer sans une perte colossale d’informations.

 

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