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Inherent Vice : Tout et rien

16 Avril 2015 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Inherent Vice (2014)

Inherent Vice (2014)

 

Tout et rien – Il serait ardu de soutenir que le cinéma américain a connu quelque renouveau dans les années 2000. Néanmoins, les œuvres de quelques réalisateurs, dont celles de Paul Thomas Anderson, sont de pâles lueurs dans cette nouvelle ère glaciaire. Et, avec Inherent Vice, l’auteur de There Will Be Blood a l’excellente idée de frapper là où on ne l’attendait pas en adaptant Thomas Pynchon pour se tourner vers le film noir sous acide, genre qui a acquis ses lettres de noblesse avec The Big Lebowski. Puisque c’est un film noir, dans la marlowienne lignée du Grand Sommeil (Howard Hawks, 1946) ou du plus tardif Privé (Robert Altman, 1973), le scénario en est quasi-incompréhensible d’autant que les événements sont vus à travers le cerveau embrumé du héros, ‘‘Doc’’ Sportello, détective privé de son état, porté par un réjouissant Joaquin Phoenix qui prend un plaisir visible à faire le pitre et à enfiler des frusques bariolées. Il s’égare, et nous avec, dans les méandres d’une histoire abracadabrante et les quelques précisions apportées par son ange-gardien Lège (Joanna Newsom), maîtresse de la voix-off, ne nous renseignent guère plus. Appuyé sur de tels sables mouvants, le film ne peut plus être qu’une comédie, peuplée de figures baroques – l’antagoniste, et peut-être double, du héros, le policier-acteur ‘‘Bigfoot’’ (Josh Brolin) et son surprenant régime alimentaire en tête –, dans laquelle il importe de se laisser aller.

Mais si l’enjeu narratif est incertain, sinon secondaire, d’autres, plus fondamentaux, affleurent. Dans cette plongée dans l’Amérique du début des années 1970, perturbée par le conflit vietnamien et la fin des utopies, derrière les éclats de rire et les instants de bravoure musicaux, sourd une certaine mélancolie. Autour de deux questions : quel est donc ce vice annoncé par le titre ? L’argent, le sexe, le pouvoir, la représentation ou l’ordre… A moins que ce ne soient ses plus visibles manifestations. Après quoi court le Doc, souvent dépassé et parfois passif mais toujours résolu ? Il y a dans ce personnage un curieux et sympathique mélange de Brand et de Peer Gynt mais, contrairement au Dude, il n’est pas – ou plus – à sa place. Inherent Vice est un film très drôle mais pas véritablement gai.

 

Antoine Rensonnet

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