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Café Society : Woody, traits de génie

14 Juin 2016 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Un historien qui surgit hors de la nuit, court vers sa note un peu claqué ! Son nom, il le signe à la pointe du clavier, d'un "Antoine Rensonnet" qui veut dire "Antoine Rensonnet" !

Antoine ! Antoine ! Cinéphile rusé qui fait sa loi

Antoine ! Antoine ! Sagace tu l'es à chaque fois

Antoine ! ad libitum

(générique écrit spécialement pour le retour de Bribes et Fragments).

nolan 

Café Society (2016)

Café Society (2016)

Bribes et fragments

 

Woody, traits de génie – Il y a deux manières d’approcher le génie de Woody Allen. D’abord, cette régularité de métronome. Depuis près d’un demi-siècle, l’auteur propose un film par an et, sans presque aucune exception, tous sont de très grande qualité. Bien sûr, dans la masse, quelques joyaux se distinguent – on se souvient de Match Point – mais c’est bien la valeur moyenne qui force l’admiration. Poussée à ce degré, la maîtrise de l’acte créatif éblouit tant elle semble entrer en contradiction avec le principe même de celui-ci. Certes, elle n’est rendue possible que par des renouvellements successifs qui, sans jamais briser son rythme, permettent aisément de découper l’œuvre en phases, chacune d’entre elles tirant les enseignements des précédentes et voyant la mise au point d’une autre formule – toujours efficace. Aujourd’hui, une voix off, mobilisée de façon si extrême qu’elle en devient envahissante (Quels autres exemples ? Pas même Barry Lyndon…), signe du maître sûr de lui et souvent trop bienveillant, dirige l’ensemble du film. Elle crée les situations, invente les liaisons et, surtout, déplace, comme des pions, les personnages. La logique est bien celle du jeu d’échecs avec roi à préserver, reine à sublimer et, selon les besoins, pièces mineures à sacrifier. Pas de film-chorale donc mais jamais non plus de véritable centralité. D’où, peut-être, quel que soit l’équilibre entre drame et comédie (qui tend franchement vers la seconde dans L’Homme irrationnel et se révèle plus ambigu dans Café Society), ce son un peu creux. Pour Verlaine, les jardins de Le Nôtre étaient « corrects, ridicules et charmants » et il y a peut-être quelque chose de cela dans les films récents de Woody Allen, quoique, tout bien considéré, ils se tiennent suffisamment éloignés du ridicule… Et puis, il y a autre chose également, de plus rare encore au cinéma que la régularité. De loin en loin, le réalisateur cisèle un moment soit un instant, fugitif et décisif, dans lequel le temps se concentre ou plutôt s’insinue jusqu’à contenir le passé et commander l’avenir. En 2010, dans Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, il captait l’hésitation fatale de Naomi Watts. Dans Café Society, Allen saisit cette fois-ci la rage impuissante de Jesse Eisenberg lorsqu’il revoit Kirsten Stewart. S’effondre alors, non son sentiment, mais les raisons supposées l’étayer. Suprême cruauté et apaisement impossible, il découvre confusément, en se réfugiant vers le bar, que le vrai mirage est de vouloir, à toute force, justifier l’évidence. Peu importe alors les ficelles, en l’occurrence assez épaisses, qui soutiennent un tel plan notamment le grotesque monologue de Kirsten Stewart qui l’amène. Qu’il y ait dans cette caricature incohérence manifeste et qu’elle s’approfondisse un peu plus dans une fin nimbée de nostalgie, encore et toujours charmante mais inévitablement superflue ne compte pas. Que le film tienne en un seul plan ne saurait constituer une limite puisqu’il n’y a presque aucun film qui contienne un plan de si bel éclat. En revanche, quand bien même la part romantique pourrait en concevoir un certain dépit, il n’est sans doute pas indifférent que l’extraordinaire jaillisse d’un ordinaire de cette tenue.

 

Antoine Rensonnet

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