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2016

23 Janvier 2017 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Tops

Allez, jetons, tardivement, un petit coup d’œil dans le rétroviseur : 2016 au cinéma, cela valait quoi ? Pour ce que j’en ai vu, c’est-à-dire pas grand-chose et pourtant à peu près qu’à la (mauvaise) habitude, je retiens les quelques éléments suivants.

2016

Hollywood continue, à jet quasi-ininterrompu, de produire des blockbusters franchisés sans réalisateurs et au scénario souvent inconsistant et presque toujours incompréhensible. A ce jeu, qui tourne parfois au massacre, Disney s’en sort – pas seulement commercialement – avec les honneurs : les charmantes bébêtes, qui rappellent un peu celles de Raymond Macherot, de Zootopie, amusent ; Captain America : Civil War tient ses deux heures et demie en choisissant explicitement, avant de logiquement abandonner toute velléité de propos, le divertissement plutôt que la responsabilité ; Rogue One où, en clou du spectacle, un Dark Vador ressuscité vient conclure l’année en beauté dans un déchainement de violence tout enfantin, est une incursion réussie dans l’univers de Star Wars (plus séduisante que l’excursion du Réveil de la force l’an dernier). La concurrence, elle, fait peine à voir. Soit elle épuise ses séries – Star Trek : Sans limites ; L’Age de glace : les lois de l’univers (dans lequel ce pauvre Scrat, toujours génial de débilité monomaniaque, est exilé dans l’espace et perd donc tout moyen de faire exploser une imbécile ode à la famille et à l’amitié ; X-Men : Apocalypse qui, après les plaisants Le Commencement et Days of Future Past, déçoit beaucoup, la laideur des effets spéciaux surprenant toutefois plus que l’échec à créer une ambiance, inventer des personnages et composer un récit). Soit elle sombre dans une vulgarité qui n’a absolument rien d’irrévérencieuse (Deadpool et, dans une certaine mesure, Comme des bêtes, malgré sa qualité d’animation). Soit, enfin, elle tente de ne pas perdre pied et s’enfonce dans le ridicule, comme Warner Bros. et son nouvel univers de super-héros dont les deux volets annuels, l’un censément opératique (Batman v Superman : L’Aube de la justice), l’autre d’allure pop (Suicide Squad, film catastrophique qui s’ouvre cependant sur une bonne première minute trente – la magie toujours renouvelée d’House of the Rising Sun – avant de ne cesser de dégénérer, selon une trajectoire exponentielle, jusqu’à ce que, enfin, le générique final ne mette un terme au carnage et au supplice).

2016

Dans ce contexte assez déprimé, quelques réalisateurs, toujours les mêmes, parviennent certes à s’exprimer. C’est le cas de Quentin Tarantino avec le plaisant et (très) joli bavardage des Huit Salopards, des frères Coen, en mode mineur et déconnant dans Ave César !, et même – oh surprise – un Tim Burton retrouvé qui, avec Miss Peregrine et les enfants particuliers, où il s’agit d’abord savoir qui rêve de femmes en regardant les oiseaux, réussit à minima ce qu’il avait complètement loupé douze ans plus tôt avec Big Fish. Néanmoins, sans même revenir sur les constats-réquisitoires désabusés dressés il y a peu par Brian de Palma (Passion, 2012) ou David Cronenberg (Maps to the Stars, 2014), il semble y avoir quelque chose de mort au royaume du cinéma ou, plus exactement, de gelé. Comme on doute que les majors abandonnent de sitôt leurs modèles (rentables, semble-t-il) et qu’Hollywood donnera toujours le la, il y aura sans doute moins de cinéma au cinéma dans les prochaines années et l’essentiel de l’inventivité de l’écriture audiovisuelle continuera de se concentrer dans les séries. Puisqu’il y en a beaucoup de bonnes ces temps-ci, il ne s’agit donc pas tant d’un problème de talent que de forme esthétique et de structure industrielle.

2016

Quant au cinéma français, il peine à proposer autre chose que des comédies parfaitement impossibles à regarder (donc pas vues) pour remplir les salles. Il en est toutefois de plus confidentielles qui distraient telles La Loi de la jungle, quand bien même le film d’Antonin Peretjatko ne tient pas tout à fait le rythme et s’embourbe dans un romantisme de pacotille, et surtout le très vif Victoria. Que Justine Triet peine à développer de façon convaincante sur la femme moderne, son image et l’envers du décor ne compte guère, pas plus qu’une morale si conventionnelle qu’elle en vient à friser le puritanisme. Mais, après tout, adopter le parti-pris inverse et chantonner l’épanouissement par quelque supposée perversion ne serait guère plus original et n’ajouterait sans doute rien au charme de l’affaire. Il tient pour partie à Vincent Lacoste, ici chargé de former couple avec Virginie Efira, qui trimballe aussi sa fraîcheur teintée de molle lassitude dans l’épouvantable Saint-Amour, mauvaise blague éthylique de Benoît Délépine et Gustave Kervern traitée sans le moindre égard pour le spectateur, et l’agréable mais vite oublié thriller de Pascal Bonitzer, Tout de suite maintenant. Celui d’Olivier Assayas, Personal Shopper, croisant le paranormal, est plus original. Il n’est toutefois qu’un prolongement limité du formidable Sils Maria (2014), sorte d’étrange essai sur la civilisation de l’image. La recréation pour le grand écran d’un film de télévision des années 1960 visionné à travers un téléphone portable ne manque toutefois pas de distiller un trouble vertige.

2016

Et puis quoi d’autre encore ? De quoi se rassurer, tout de même. Il y eût quelques délices, parfois inattendus comme le malin et drôle Love and Friendship, Mademoiselle, thriller qui tient en haleine de bout en bout et est structuré autour d’une scène de sexe nécessaire et réussie (ce qui, au cinéma, figurerait presque l’ultime gageure) et même un Jim Jarmusch qui se renouvelle avec Paterson où les rencontres, toujours centrales, trouvent cette fois-ci leur épaisseur dans la continuité. Il y eût surtout trois sommets et moments purs de grâce. D’abord, The Assassin, dont il n’y a rien à dire ou presque, peu à comprendre mais tout, jusqu’au plus petit frôlement, à admirer. Café Society, ensuite, où Kristen Stewart absorbe, littéralement, toute la lumière – celle-là même que le cinéma était allé chercher sur la côte Ouest. Ce qui amène, sous l’œil bienveillant (quoique cruel pour la rivale – si tant est qu’on puisse la qualifier ainsi – reproductrice), ironique, mélancolique et toujours malicieux de Woody Allen, Jesse Eisenberg à constater, non sans quelque rage, que si une reine parfois déçoit, jamais elle ne déchoie… Enfin, Nocturama, explosion de jeunesse et d’énergie, contrôlée, épuisée puis inévitablement annihilée. Cinéma total car constamment il réinvente, en explorant un espace fascinant, le lien entre son – quelle musique notamment ! – et image. Parce que, également, il se nourrit de l’actuel pour inventer une forme – ce qui est l’essence de cet art, ici redevenu pile en pleine charge. Ce n’est, au final, pas rien.

2016

Et, pour finir, le traditionnel top 10 :

1) Nocturama (Bertrand Bonello)

1) Nocturama (Bertrand Bonello)

2) Café Society (Woody Allen)

2) Café Society (Woody Allen)

3) The Assassin (Hou Hsiao-Hsien)

3) The Assassin (Hou Hsiao-Hsien)

4) Mademoiselle (Park Chan-Wook)

5) Paterson (Jim Jarmusch)

6) Love and Friendship (Whit Stillman)

7) Miss Peregrine et les enfants particuliers (Tim Burton)

8) Victoria (Justine Triet)

9) Captain America : Civil War (Antony et Joe Russo)

10) Rogue One : A Star Wars Story (Gareth Edwards)

 

Quant au plus mauvais film de l’année, il y a sur ce point une sérieuse concurrence – et pas de véritable évidence contrairement à l’an dernier où l’abominable Crosswind : La Croisée des vents écrasait tout le monde dans un tel classement. Choisissons donc, The Neon Demon. Nicolas Winding Refn, en pleine crise depuis la prometteuse réussite de Drive, livre là une imbécillité carnavalesque où, mariant pour le pire les genres et les esthétiques, il entend d’un même mouvement régler son compte au monde en toc de la mode et créer le beau absolu en filmant une adolescente post-pubère. Seule la contradiction est admirable.

 
2016

Top 10 de nolan : 

1. Nocturama

2. The Assassin

3. Victoria

4. Cafe Society

5. Les 8 Salopards

6. Anomalisa de Charlie Kaufmann et Duke Johnson

7. Paterson 

8. Zootopie

9. Swagger d'Olivier Babinet

10. Captain America : Civil War

Plus mauvais film : Juste la fin du Monde de Xavier Dolan

 

 

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Benjamin 27/01/2017 23:39

J'ai bien aimé moi Victoria. Pour Personal shopers, c'est livré avec ses défauts, mais le regard sur l'actrice nous place presque en extase.

Sur le gel (ou la gelée ?) hollywoodienne, bien d'accord. Imputable aux effets spéciaux, répétés, répétés, répétés, répétés...

Antoine 28/01/2017 12:23

Je pense que le problème principal tient plutôt à la construction scénaristique. Sans même parler des problèmes liés à la franchisation qui interdisent toute unité d'action (et la densité qui va avec) et qui tend structurellement à affaiblir les personnages, on a des architectures beaucoup trop complexes - qui peut honnêtement résumer un blockbuster en quelques lignes ? Il suffit de voir le synopsis d'une notice wikipédia - et pleine de trous où des accélérations masquent des incohérences béantes. L'oeuvre n'est ainsi plus du tout fermée sur elle-même et fait eau de toutes parts. Du Tigre du Bengale, pourtant un serial, Fritz Lang disait que c'était une masse de fonte. C'est bien cela le problème, aucun film hollywoodien ne paraît comme tel et ne semble obéir à une quelconque nécessité interne. A part le film d’animation Vice-Versa sorti en 2015 et que j'ai découvert l'an dernier, je ne connais aucune exception dans la période récente. Et les principes d'Hollywood infusent toujours, dune façon ou d'une autre, dans le cinéma mondial...
Ceci dit, pour les effets spéciaux, tu as raison, il y a une forme de lassitude. Ma surprise, tout de même, fut de voir quelques films dont les effets spéciaux paraissaient vraiment laids et sous-budgétés au point que l'on avait l'impression d'être au début des années 2000, sinon dans les années 1980 (quelques plans vraiment hideux de X-Men : Apocalypse à moins qu'il ne s'agisse du seul effet vintage vraiment réussi du film...).

Pour Personnal Shopper, je suis assez d'accord mais, en l'occurrence, à actrice semblable (quoique... c'est le regard qui compte), j'ai été plus enthousiasmé par les effets solaires du vieux Woody.

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