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38 témoins

23 Mars 2012 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Le nouveau film de Lucas Belvaux nous apparaît bavard, didactique et trop long. Pourtant grâce à une introduction et une conclusion maîtrisées et la remarquable interprétation d'Yvan Attal, le long-métrage n’est pas si mal.

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38-temoins.jpgYvan Attal

 

Au Havre, une femme se fait poignarder dans la rue en pleine nuit. Dans le quartier trente-sept témoignages sont recueillis et personne n'a rien entendu à l'exception d'un peu de boucan. Pierre (Yvan Attal) évite, lui, de révéler quoi que ce soit. Il sait que tout le monde a entendu les cris de la victime. Ces cris qui l'ont réveillé et qui, désormais, le hantent. Mais, comme les autres, il a préféré, cette nuit-là, ne rien faire.

Doit-il témoigner ? Sa déposition ne fera pas avancer l'enquête, il ne fera que mettre au jour la non-assistance à personne en danger dont la première des conséquences serait le lynchage public des témoins (1).

Le film est construit autour de discussions sur les dilemmes moraux de Pierre, de sa femme (Sophie Quinton) absente pendant les faits, de la journaliste (Nicole Garcia), du flic (François Feroleto), du procureur (Didier Sandre) et d'une voisine (Natacha Régnier). Si les contours de l'affaire sont bien mis en avant et synthétisés, ils ne sont développés que lors de dialogues platement mis en scène relevés par quelques belles répliques. Mais au final, ce bavardage au demeurant intéressant finit par prendre un tour didactique. Certes, donner la parole à tous, avec leurs raisons fort légitimes, évite le discours partisan mais le film ne peut pas être qu’une dissertation. Surtout qu’il commence à apparaître bien long alors que les tours en voiture et en bateaux, chargés de donner une atmosphère, ne touchent guère. Heureusement l'introduction, avec comme support de générique un gigantesque porte-conteneur, et la conclusion (une reconstitution de la nuit du meurtre assez éprouvante) sont bien plus intéressantes en termes de mise en scène. Et puis Yvan Attal est remarquable. Il faut admettre qu'il fait parfois décoller le film par la seule force de son interprétation (Belvaux est aussi un acteur qui visiblement sait le diriger). C'est aussi, pour ce long métrage, un aveu de faiblesse que de ne retenir que cela.

 

nolan

 

Note de nolan : 2

 

38 Témoins (Lucas Belvaux, 2012)


(1) Posons la question à notre acolyte : un tel sujet n’aurait-il pas intéressé Fritz Lang ?

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dasola 02/04/2012 16:57


Bonjour Nolan, moi ce qui m'a gênée dans ce film, c'est justement l'interprétation d'Yvan Attal qui prend un air inspiré mais mais pas convaincant. Dans Rapt, c'était moins frappant. Sinon, j'ai
trouvé que le film démarrait vraiment la dernière demi-heure. Pendant une heure, je me suis demandé ce que Lucas Belvaux voulait nous dire. Le sujet est pourtant passionnant. Bonne après-midi.

nolan 03/04/2012 14:44



Bonjour Dasola,


Pas vraiment d'accord par conséquent et également sur ce que Belvaux nous dit, puisque son propos me parait cohérent mais souligné et didactique.


Bonne aprèm !



Sylvain Métafiot 27/03/2012 00:17


Je m'accorde sur vos reproches et vos approbations.


Du côté des interprétations, Attal campe un faux héros fragile, arpentant son quartier "maudit" comme un fantôme, alors que Sophie Quinton joue une fiancée perturbée assez peu convaincante.


Le film pose gravement la question politique du vivre-ensemble : comment faire tenir la société ? Sur quelles bases ? faut-il comprendre sans juger ?


L'introduction et la conclusion sont effectivement les points forts du film (avec la reconstitution du meurtre comme climax) et donne, au terme, de véritables sueurs froides. Le style clinique
s'accorde parfaitement avec la volonté de mettre à nu la banalité, peut-être pas du mal, mais de la bassesse humaine.


"Ce qu'on ne doit pas dire c'est ce qu'on sait" : voila ce qu'on aurait tort de reprocher à ces salauds de témoins car nous sommes tous des salauds.

nolan 27/03/2012 12:07



Merci Sylvain, effectivement nous sommes vraiment d'accord, j'ai lu votre note. 


Sur le jeu de Sophie Quinton, je suis un peu partagé. Elle a un côté très figé qui n'est pas désagréable et qui jure avec Nicole Garcia qui papillone. C'est volontaire, je pense. Par contre face
à Attal, qui l'écrase littéralement, le personnage se révèle moins intense et c'est un peu dommage.


La question et le propos de Belvaux sont tout-à-fait interessants voire passionants mais leur mise en valeur restent limités par la mise en scène à l'exception de l'introduction (le porte
conteneur massif puis la scène de crime en quatre plans, l'ambiance est vraiment bien posée) et de la conclusion (revivre le meurtre, comme une condamnation pour les témoins silencieux qui
affrontent le regard méprisant des policiers, le leur également. C'est aussi revivre les cris de terreurs,  glaçants, paralysants ; pour fuir l'horreur, l'ignorer fut le premier réflexe).



Yohan 26/03/2012 08:05


Commé Rémi, je suis assez peu d'accord avec l'aspect bavard et didactique du film (pourtant, c'est un reproche que j'ai beaucoup entendu). Je trouve la mise en scène de Belvaux très
réussie,  et j'aime le soin qu'il apporte aux seconds rôles. En revanche, j'ai eu du mal avec le personnage de Pierre, trop austère pour moi.

nolan 27/03/2012 11:54



Merci pour le commentaire.


Ah il n'est pas très sympathique le Pierrot en effet mais comment pouvait-il en être autrement puisque son existence est comme suspendue depuis la nuit du meurtre (et au cas où nous n'aurions pas
compris, il répète ''je ne suis plus qu'un fantôme") ?



Antoine 24/03/2012 15:49


Bonne question que tu me poses. Sujet pour Lang ? Certes, mais je me demande s'il n'est pas finalement plus hitchcockien que langien avec la place et le poids du secret, les conséquences
potentielles de sa révélation.


Je ne crois pas que, pour Belvaux et dans son sujet, il y ait comme postulat - voire axiome - l'idée d'une culpabilité universelle (qui n'est pas de l'ordre du pêché) ce qui, toujours, forme le
socle des films des Lang. Hitchcock fait montre d'un peu moins de misanthropie concernant la nature humaine (par contre, pour ce qui est de sa culture - au sens de la mise en place des structures
sociales ; voir Fenêtre sur cour...).


Pour Hitchcock, tout le monde a une extrême envie de commettre des crimes, pour Lang, tout le monde est criminel. Ce n'est pas exactement la même chose...


En tout cas, je pense qu'un tel sujet traité par l'un et l'autre l'aurait été de façon très différente - et le rapport au héros l'aurait été, pour le spectateur, également (avec ce paradoxe : il
aurait probablement été plus sympathique chez Hitchcock mais moins miroir du spectateur).


Bref, à te lire et a priori, je pense un peu plus à La Loi du silence qu'à Furie.

nolan 27/03/2012 11:40



Oui la Loi du Silence en effet, c'est bien vu.



Rémi 24/03/2012 15:04


Pas tellement d'accord sur le "filmé platement", ni sur l'aspect didactique ou trop bavard. Ces reproches me sont venus à l'esprit au début du film mais très vite Belvaux les a balayés par une
mise en scène très précise, très riche, génératrice de questionnements et porteuse de sens.


Un avis certes plus long et plus positif ici : http://ilaose.blogspot.com/2012/03/38-temoins.html

nolan 27/03/2012 11:39



Merci pour le commentaire. Quelques accords tout de même sur Attal et quelques scènes réussies mais il est vrai que j'ai trouvé la mise en scène entre l'intro et la conclusion pas très
enthousiasmante (voir ma réponse chez vous).



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