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A perdre la raison

18 Septembre 2012 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Une fiction tirée d'un fait divers est une question de point de vue. Mais c'est aussi avec A perdre la raison une question de parti-pris. D'abord interloqué, nous avons finalement apprécié ce film oppressant. Ce drame monté comme un thriller est un pétrifiant chant de désespoir.

 

 

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Baya Belal, Emilie Dequenne, Niels Arestrup, Tahar Rahim

 

Une fiction tirée d'un fait divers est une question de point de vue. Mais c'est aussi avec A perdre la raison une question de parti-pris. En sortant de la séance, votre humble serviteur se faisait la réflexion que, bien que celui-ci s'en défende, Joachim Lafosse réalisait un film sur un fait divers en prenant très clairement parti pour l'accusée. Mais il lui aura fallu quelques jours pour comprendre (ou à tout le moins supposer) que le cinéaste n'avait pas placé le spectateur en surplomb mais avait organisé son film du point de vue de Murielle (Emilie Dequenne), la future mère infanticide. Ainsi, son beau-père envahissant (Niels Arestrup) et son mari (Tahar Rahim) se voient portraitisés de manière peu équivoque. Ils sont les salauds que voit Murielle. Plus rien ne les sauve.

Ce choix artistique, proposer un personnage central d'une insondable complexité et prendre fait et cause pour lui nous a surpris, sans doute habitué aux réalisateurs portés sur la réflexion sociale dessinant certes des personnages ambivalents mais tâchant de garder une certaine distance. Et si Lafosse ne se prive pas de donner une idée générale de la condition féminine, il cherche surtout à embrasser son sujet avec le moins d'objectivité possible. Le long-métrage lorgne alors plus souvent vers le cinéma américain (le Carrie – 1976 – de Brian de Palma notamment) que vers les œuvres des Dardenne, compatriotes de l’auteur. Par ailleurs, le film ne manque pas de puissance dans sa description de la sourde oppression familiale. On remarquera le soin particulier apporté au cadre : il est trituré, peu ouvert, décalé, souvent serré, faussement surcadré et s'ouvre parfois complètement. L'emprisonnement mental et physique de Murielle est particulièrement bien rendu. Aussi ne pouvons-nous qu’éprouver de l’empathie pour cette meurtrière qui, plutôt que de se venger de son bourreau, a préféré massacrer les enfants qui les lient. En choisissant de laisser les meurtres hors-champ, Lafosse laisse à son spectateur une position acceptable (mais non pas confortable, la scène s’avérant glaçante). C'est sa liberté d'artiste – et d'homme – qui s’exprime dans cette mise en scène du fait divers qui l'a inspiré : il crée cette femme comme il veut (ou voudrait) la voir.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

A perdre la raison (Joachim Lafosse, 2012)

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Lalalère 20/09/2012 13:27


Très risqué le parti pris pour de tels faits divers ! J'émettrai quelques reserves à choisir un camp, bourreau-victime, les seuls victimes sont les enfants, point barre.


L'oppression au quotidien est une chose, le choix d'y mettre fin ainsi en est une autre. On ne peut pas cautionner un tel acte.


A t'il développé le terrain psychotique de base, et bien réel, qu'Emilie Dequenne évoque d'ailleurs, de cette femme ? 


Si je devais subir cette vision fantasmée, ce serait uniquement pour les magnifiques interprètes, qui n'ont plus rien à prouver d'ailleurs. Chapeau bas Emilie !

nolan 22/09/2012 12:36



Je ne crois pas qu'il le cautionne mais il cherche à mon sens à ne pas faire porter la seule responsabilité à la mère à tel point qu'il charge vraiment les deux personnages masculins. Mais,
Lafosse adopte le point de vue de Murielle et non, mais on peut en débattre, celui du spectateur omniscient. Aussi ne peut-il pas développer le côté psychotique de la meurtrière puisqu'elle n'a
aucun recul sur son propre état. 



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