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Achille et la Tortue

15 Mars 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Machisu adore peindre depuis sa tendre enfance. Un conte cruel sur un peintre qui cherche son talent : amoureux de son art et cherchant sa voie dans les expériences les plus extrêmes. Une réflexion foisonnante sur l’artiste. Takeshi Kitano en forme, très drôle mais pas jovial.

 

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J’avais quitté Kitano en 2003 avec Zatoichi. Je n’ai donc pas vu ses deux précédents films expérimentaux (Takeshi’s en 2006 et Glory To The Filmmaker ! en 2008). Achille et la Tortue s’annonce comme la clôture d’un triptyque sur l’artiste lui-même, ses ambitions et ses limites.

 

achille-tortue.jpgKakano Higuchi et Takeshi Kitano


Le film est un conte cruel retraçant trois âges de Machisu (jeune, adulte et vieux interprété par le réalisateur), peintre dont le talent ne sera jamais reconnu. Il est souvent question de mort dans ce film, presque autant que d’art. Les personnages qui échouent se tuent ou meurent dans de tragiques (et parfois comiques) circonstances : le père qui fait faillite, la belle-mère sans le sou, le peintre raté, et j’en passe… Tous ? Non, un seul survivra vaille que vaille et mû par un indéfectible amour pour son art : Machisu. Dès son plus jeune âge pourtant, l’échec est au rendez-vous. Quasi autiste et persuadé d’être le nouveau génie de la peinture, notre héros ne cherche qu’une chose : dessiner sans cesse et des chefs d’œuvre de préférence. Jeune homme accompagné d’une bande d’artistes aussi nuls que lui, il va chercher dans l’expérimentation une porte d’entrée pour y exprimer son art. Malheureusement le résultat est sans saveur. Il est pourtant difficile d’en être sûr. Car Takeshi Kitano se garde bien de dire qu’il existe des esthètes à même d’apprécier les œuvres. Ainsi, les marchands d’art sont de véritables saloperies. Ils vendent à prix d’or des croûtes qu’ils ont plus ou moins volés aux peintres. Les personnalités plus modestes, sont perplexes, peu sûres de leur goût. C’est sans doute la condition d’artiste que le cinéaste cherche à traiter à travers une sorte d’Ed Wood du pinceau. La sienne ? Bonne question tant on sait que Beat Takeshi est une méga star dans son pays et que nombre de ses films sont reconnus dans le monde comme des chefs d’œuvre. Mais impossible de ne pas penser à lui quand il se lance dans d’hasardeuses expériences de l’extrême pour faire ressentir quelque chose à sa peinture. Et les nombreuses scènes d’« action painting » sont de grands moments de comédie. Je vous recommande en particulier la scène de l’apnée dans la baignoire afin d’être dans un état second pour peindre. Ca ne marche pas évidemment. Et, bien sûr, il y a la muse. Sa femme (Kumiko Aso puis Kakano Higuchi) qu’il rencontre alors qu’il est jeune homme, qui croira en lui coûte que coûte et se prêtera également à tous les concepts farfelus pour arriver à donner un sens à ses œuvres. Ces réjouissantes scènes d’humour n’arrivent qu’après la première partie sur la jeunesse du garçon. Une première partie moins burlesque et étonnamment lourde. La morale de cette histoire, Machisu pourrait être riche s’il se mentait à lui-même et faisait croire à tous que ces toiles étaient géniales mais l’artiste, le vrai, même nul, n’a pas d’autre issue que la sincérité de sa démarche pour exister en tant que tel. Cela étant, rien de prétentieux car, avec son ironie mordante, le réalisateur moque aussi la volonté de donner une signification aux toiles. Paradoxe d’un film foisonnant de scènes riches d’interprétation.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

Achille et la Tortue (Takeshi Kitano, 2008)

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