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Amour

4 Novembre 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Alors, que vaut donc cette palme d’or 2012 ? Bah, on s’ennuie ferme avec le petit couple d’octogénaires parisiens mais, une fois mamie définitivement devenue un légume, ça commence quand même à devenir intéressant.

 

 

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Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva)

 

Des tragédies de William Shakespeare, nous avons coutume de dire que Roméo et Juliette (1597) est la plus médiocre car les jeunes héros n’ont pas grand-chose d’autre à faire que s’aimer quand, à l’inverse, Antoine et Cléopâtre (1606) est l’une des plus brillantes par l’incrémentation du sentiment amoureux au cœur des jeux de pouvoir. Nous y repensions en découvrant Amour de Michael Haneke. Certes l’œuvre de l’Autrichien – encore palmé après Le Ruban blanc (2009) – emprunte des chemins un peu plus intimistes que ceux épiquement traversés par le dramaturge anglais. Mais il y est, le titre oblige à y songer, question d’amour. Or, à quinze, quarante ou quatre-vingt-cinq ans, l’amour peut receler une part d’absolu mais s’accompagne, presque toujours, d’une insondable banalité. Pour la première, on s’épuisera vainement à le chercher – et, plus encore, à croire l’avoir trouvé – dans la vie. A cause de la seconde, on le fuira au cinéma. Du moins quand il se présente seul ou accompagné d’atours aussi communs que la vieillesse ou le handicap.

 

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Georges et Anne

 

Le film d’Haneke, donc, ennuie. Pourtant, tout, de la détermination implacable de Georges (Jean-Louis Trintignant) à la digne pudeur d’Anne (Emmanuelle Riva), de la construction des personnages à la composition des acteurs, des détails minutieux aux choix de montage, sonne juste mais quel intérêt ? Rien, Georges l’avouera à sa fille Eva (Isabelle Huppert), de ce qui se passe ne mérite d’être montré. Puisque, à quelques très brillantes ellipses près, tout nous l’est, il ne reste plus qu’à regarder, froidement, le travail d’Haneke. Il est sans défauts et si parfaitement exécuté qu’il apparaîtrait presque scolaire. Qui a bien pu le juger un jour choquant (nous lors La Pianiste en 2001 ; cela semble loin) ? A moins de ne vraiment pas supporter la vue d’un corps de vieillard, personne en découvrant cet Amour

 

A 3

Georges et Anne

 

Cependant, le film trouve, insensiblement mais sûrement, un nouveau souffle dans son ultime tiers. L’enjeu, lentement, se déplace à mesure qu’Anne sombre. Puisqu’elle ne peut plus tenir le moindre rôle, il n’est plus question d’ausculter sa relation avec Georges. Justement, Haneke se concentre sur ce dernier, laisse voir sa torture se muer en folie qui le pousse à dresser un mur imaginaire entre lui et les autres. Il le fait, comme précédemment, finement. Mais le prix est bien plus grand. Ce n’est pas étonnant. La vie nous menant à changer les couches d’un être aimé pour éviter de sonder les profondeurs de l’âme, il revient au cinéma de nous faire parcourir la trajectoire inverse. Amour, sans que ce ne soit forcément son propos premier, nous le rappelle. Est-ce ce qu’il possède, finalement, de shakespearien ?

 

A 4

Georges

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 3

 

Amour (Michael Haneke, 2012)

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Antoine 12/11/2012 21:50


Peut-être Haneke devrait-il s'essayer au cinéma de genre. Je trouverais, a priori, l'expérience plus digne d'intérêt que cet Amour dans lequel il n'a finalement pas grand-chose
à dire de novateur et qui ne va guère au-delà de ses qualités formelles.


Par ailleurs, on peut lui reprocher quelques plans trop longs. L'ambiguïté naît rarement de ceux-ci mais souvent d'un cut bien placé (cf. Bergman dans Saraband, voire Allen dans Vous
allez rencontrer un bel et sombre inconnu). Par contre, il a l'art de l'ellipse.

Sylvain Métafiot 12/11/2012 21:39


Il est vrai que les critiques tempérées sont assez rares concernant ce film.


Haneke est un cinéaste intelligent et doué mais je considère, à l'instar de Doc Orlof, qu'il est vraiment intéressant et passionnant dans ses mises en scène horrifiques et fantastiques.


Le film d'épouvante lui irait si bien s'il ne rechignait à propager la terreur et la violence à travers ses films.

Antoine 12/11/2012 20:33


Moi non plus, je n'ai pas envie de voir au cinéma ce qui est du domaine de la vie et c'est bien ce que je reproche au film...


Ceci dit, je ne lui trouve rien de particulièrement choquant ou obscène. Il ne me donne pas vraiment envie de pleurer non plus.


La fin, avec la dérive solitaire de Georges, me paraît, elle, intéressante.


A part ça, je trouve Amour bien fait mais moyennement passionnant. En tout cas, ni de quoi crier au génie, ni de quoi m'énerver.


Mais à lire les critiques ça et là, j'ai l'impression qu'il y a les pro et les anti et que je suis diablement minoritaire...

Sylvain Métafiot 12/11/2012 19:43


"c'est difficile à supporter mais ça ne se distingue guère de ce qu'on est amené à voir dans la vie", dites-vous. Le problème est que je n'ai pas envie de voir au cinéma les obscénités de la vie.


Et la façon dont Haneke nous assène ses plans fixes sans fin pour nous faire verser une larme est proprement insupportable.


Comme si la maîtrise formelle du cinéaste pouvait sauver le fond déplorable à savoir : tout montrer de la déchéance humaine sans ampathie aucune.

Antoine 05/11/2012 19:02


Oui, c'est difficile à supporter mais ça ne se distingue guère de ce qu'on est amené à voir dans la vie. Et, finalement, Anne est assez peu montrée dans cet ultime tiers, le film étant tout
concentré sur Georges.


Du coup, si je trouve le début sans grand intérêt, le film me semble assez pudique dans ce qu'il montre. Aussi les critiques que tu évoques m'apparaissent plus fondées sur la réputation d'Haneke
que sur ce qu'il laisse voir dans Amour.


Quant à l'idée de manipulation, je ne la comprends presque pas. Bien sûr, toute oeuvre est manipulation mais Amour ne se distingue guère en ce domaine. Haneke ne fait pas un documentaire
sur un fait divers. S'il avait montré le meurtre sans rien d'autre, l'air de dire "Tirez en les conclusions que vous voulez !", qu'aurait-on écrit ? Violence gratuite, peut-être.


Amour regarde d'abord un couple puis l'enfermement dans une solitude. Le meurtre intervient alors que Georges est seul, Anne ne lui ayant pas, à ce moment, demander de mourir. Cela peut,
après tout, ouvrir la voie à une réflexion morale. Moi, ça ne m'inspire pas spécialement. Georges tue dans un éclair pour échapper à une situation donc égoïstement. Cela ne me choque absolument
pas, je ne juge pas non plus cet acte exceptionnellement courageux. Au moins permet-il de terminer efficacement, mais sans grande originalité, le film.

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