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Bassidji

21 Octobre 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Plongée chez les défenseurs du régime iranien. Sympathiques, jamais présentés dans leurs basses œuvres, ces militants/miliciens osent alors dévoiler assez librement ce qui les anime. Fascinant, inquiétant mais aussi drôle et incongru. Le réalisateur tente de nouer le dialogue sans pour autant cacher le constat d’une impasse.

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Bassidji.jpgLe réalisateur vient d'annoncer qu'il regarde les jolies filles à deux bassidji et deux imams radicaux

( A gauche : Mohammad Poukarim et Nader Malek Kandi)


Bassidji débute sur une grande étendue désertique en Iran (un mausolée en l’honneur des combattants de la guerre entre l’Iran et l’Irak – 1980 à 1988). Un drapeau au milieu, le symbole d’un pays et surtout celui d’un régime. Ce régime, ce sont des gouvernants et des hommes (et des femmes) qui le défendent. Arrivent alors à l’image des êtres humains que l’on distingue à peine. D’abord par grappes, puis la caméra s’approche, c’est une foule (homme, femme, enfant) qui vient pleurer ses martyrs : les bassidji, ces combattants morts en défendant la frontière face aux Irakiens. Martyrs comme le furent il y a 1300 ans l’imam Hossein et ses confrères chiites à Kerbala. Dans cette foule, les femmes sont voilées, objets noirs indistincts, les hommes et les enfants déambulent entre elles. Cette foule, c’est le symbole de la République Islamique. Un régime autoritaire qu’a fui le réalisateur Mehran Tamadon, Iranien fils de communiste. Il revient des années plus tard et dans ce vaste mémorial, il trouve un guide, Nader Malek Kandi, ancien combattant, charismatique et souriant, à la parole assurée. Il rencontre également Mohammad Poukarim, jeune homme, fils de combattant, amoureux de Dieu au point de vouloir se fondre en lui. Ces deux protagonistes sont des bassidji. A l’origine, le but du bassidji était de mourir héroïquement face à l’ennemi. Il devenait un martyr. Les plus malchanceux sont restés vivants et se sont mués en défenseurs acharnés de la République islamique. Le Bassidj, organisation paramilitaire, politique et sociale, agit dans les structures populaires de l’Iran, en tant que gardien de l’ordre moral, des fils de combattants devenus bassidji patrouillant pour réprimer (violemment) les contrevenants (nous ne les verrons pas en action) et en tant que soutien social en organisant des repas pour les plus démunis. Le documentaire met en scène le réalisateur tentant d’ouvrir le dialogue avec ces hommes dont il ne partage aucune des idées. La discussion s’engage et les protagonistes se révèlent aussi sympathiques qu’inquiétants. Le tour de force du film est évidemment cette liberté de parole que s’accordent les intervenants, ce qui procure au cinéaste la possibilité de rencontrer d’autres partisans et de pouvoir confronter leur sens de la rhétorique face aux témoignages audio d’Iraniens. Cela donne lieu à une séance de discussion à cinq (deux bassidji, deux imams et le réalisateur) assez drôle notamment suite à la question d’une femme qui ne comprend pas que les hommes ne puissent pas la regarder dans les yeux. S’ensuit une réflexion sur la tentation, le contrôle et les rires plus ou moins gênés lorsque le réalisateur dit qu’il regarde souvent les filles, surtout les belles. Toujours dans une atmosphère détendue, la rencontre avec des jeunes femmes voilées adeptes de l’islam radical garde le spectateur dans une position confortable quoique surprenante. Mais le film va bientôt rompre avec cette bonhomie. Nous voilà plongés dans une cérémonie qui suit la distribution de nourriture durant laquelle les hommes pleurent leurs martyrs dans le noir. La discussion qui s’ensuit avec un imam montre que depuis le début, y compris dans les séquences « amicales », la rhétorique est toujours fermée. Et le ton de l’imam que l’on ressent comme une menace sourde et la présence de Nader Malek Kandi, toujours un large sourire aux lèvres, qui surveille derrière le réalisateur instaurent une atmosphère assez déplaisante. Le film se termine d’ailleurs avec Kandi et Tamadon. « Tu es un type bien », dit Kandi au cinéaste mais la discussion se termine sur une impasse quand ce dernier revient – et l’on peut considérer cela comme le leitmotiv du film – sur la position de victime qu’adoptent en permanence les islamistes iraniens. Cette fois, le réalisateur « parle trop », « mélange tout ». Kandi n’est plus à l’aise devant la caméra mais, puisqu’il est souvent question pour lui de courage, n’hésite pas à terminer sur la légitimité d’enfermer ceux qui complotent contre le régime. Tamadon ne pourra plus reprendre la parole. Le film se ferme sur un paysage urbain, des citoyens qui marchent et en fond sonore leur témoignage. C’est un petit bout de l’Iran que le cinéaste aime et qu’il veut retrouver.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

Bassidji (Mehran Tamadon, 2009) Sortie le 20 octobre

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