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Boulevard du crépuscule (1)

7 Janvier 2011 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films anciens

Un film noir, un film gothique de maison hantée à la lisière du fantastique, un film hyperréaliste sur Hollywood ; une œuvre macabre, jouissive, cruelle, cynique,… On ne sait trop comment classer et qualifier Boulevard du crépuscule. C’est, en tout cas, un véritable miracle et un immense chef d’œuvre!

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Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950) – Première partie

 

Sommaire actif : 

a.Le miracle Boulevard du crépuscule

b.L’histoire

c.La question du genre : un film inclassable

  

a.Le miracle Boulevard du crépuscule

 

BDC1Affiche de Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950)

 

Dieu est mort, cela nous le savons. Mais, il faut bien admettre que de temps à autre (rarement, il est vrai…) se produisent des miracles qui viennent secouer l’épais et rigide – et peut-être confortable, qui sait ? – carcan de conformisme satisfait et bienséant qui enserre nos sociétés. Et Boulevard du crépuscule (Billy Wilder, 1950), assurément, est un miracle. Reprenons : Voilà un film qui se propose d’ausculter les coulisses de la société hollywoodienne et de démonter tous les ressorts de « l’usine à rêves ». Que le projet soit, a priori, excellent ne fait guère de doutes mais qu’il puisse être réalisé est d’autant plus étonnant que son auteur, Billy Wilder, appartient pleinement à ce monde et qu’il ne s’en éloigne absolument pas pour tourner son film. Ainsi,Boulevard du crépuscule est-il financé par un grand studio (la Paramount) et réalisé directement sur les plateaux hollywoodiens (que l’on verra vides ou, au contraire, pris de frénésie pendant le tournage de Samson et Dalila – Cecil B. DeMille, 1949), mobilise-t-il des acteurs (Gloria Swanson, Erich von Stroheim), anciens rois d’Hollywood et qui acceptent de jouer des personnages proches de ce qu’ils furent dans la réalité alors que plusieurs figures (oubliées ou non) de ce monde apparaissent dans leur propre rôle (le grand réalisateur Cecil B. DeMille, la journaliste Hedda Hopper, les « anciennes vagues célébrités du muet » Buster Keaton, H.B. Warner et Anna Q. Nilsson,…).

 

BDC2Norma Desmond (Gloria Swanson)

 

Et Wilder, sans jamais prendre de gants, ni, semble-t-il, se fixer, quelque limite que ce soit, de montrer méthodiquement – et avec un évident plaisir sarcastique peut-être teinté d’une certaine amertume – qu’il y a décidément quelque chose de pourri au royaume du cinéma, formidable machine à créer des illusions et à fabriquer de l’oubli. Jeunes gens arrivistes, anciennes stars mégalomanes, réalisateurs un peu lâches, producteurs stupides massacrant des scénarios, vautours de la presse à scandale qui tournent autour de ce monde exposé en pleine lumière et qui ne vise qu’à la satisfaction immédiate du grand public – jamais montré mais également maltraité[1]. Le tout pour que la consommation, seul véritable idéal – faut-il le rappeler – populaire dans les sociétés démocratiques, règne en maîtresse absolue, ce qui est usé étant, bien sûr, jeté sans ménagement aucun. Et cela fonctionne puisque non seulement le film existe mais il est également parfaitement accepté, tant par Hollywood (Boulevard du crépuscule sera ainsi nommé onze fois aux oscars et en remportera trois) que par le grand public, personne ou presque ne reprochant à Wilder d’avoir montré l’envers du décor. Son succès public et critique sera d’ailleurs durable et il jouit toujours aujourd’hui d’une immense reconnaissance[2]. Le miracle est donc bel et bien total à ceci près que, après Boulevard du crépuscule, aucun film aussi acerbe envers la société hollywoodienne ne verra plus le jour malgré de récentes – et particulièrement brillantes – tentatives (entre autres : The Player de Robert Altman en 1992 et Mulholland Drive de David Lynch en 2001, deux films qui rendent d’ailleurs hommage à l’œuvre de Billy Wilder). Mais l’une des caractéristiques principales du miracle est bien d’être exceptionnel…

 

b.L’histoire

 

BDC3Le corps de Joe Gillis (William Holden)


Mais il faut tout de même rappeler – ce qui explique la postérité du film – que Boulevard du crépuscule n’est pas seulement un miracle mais aussi un chef d’œuvre[3]. L’un des points qui explique cette parfaite réussite tient au fait que le film apparaît parfaitement inclassable et transcende tous les genres auxquels il touche. Tentons de rappeler brièvement quelques éléments-clefs de l’intrigue. On retrouve un jeune homme, Joe Gillis (William Holden), mort dans la piscine d’une ex-superstar du muet, Norma Desmond (Gloria Swanson). S’ensuit un flash-back durant lequel le narrateur, Joe Gillis lui-même[4], nous explique les étranges circonstances de sa mort. Scénariste qui n’arrive pas à vendre ses productions, il est couvert de dettes et des huissiers cherchent à s’emparer de sa voiture. Après une course-poursuite, il finit par leur échapper et échoue dans l’une de ses immenses demeures de Sunset Boulevard construites pour les stars hollywoodiennes des années 1920. Pensant pouvoir y cacher sa voiture, il visite cette propriété qu’il croit abandonnée. En fait, elle est habitée par Norma Desmond et son serviteur, le fidèle Max von Mayerling (Erich von Stroheim), qui est – on l’apprendra bien plus tard – un ancien grand réalisateur, ayant découvert Norma Desmond et qui fut son premier mari. Pris pour un croque-mort ayant pour mission d’enterrer un chimpanzé, il entre dans la maison. Il apprend que Norma Desmond espère, après vingt ans d’inactivité et alors qu’elle croit que les spectateurs la réclament (en fait, Max lui envoie de fausses lettres d’admirateurs), faire réaliser par Cecil B. DeMille (avec qui elle a tourné douze fois au temps du muet) l’œuvre qu’elle est en train d’écrire, Salomé.

 

BDC4Norma Desmond

 

Le scénario de Norma Desmond est catastrophique – et révèle l’extrême narcissisme de l’ex-star qui doit être de tous les plans ou presque – mais Gillis y voit l’occasion de gagner de l’argent facilement en collaborant avec cette femme pour remanier le texte. Il est donc installé dans la maison et se met au travail. Ce faisant, il partage l’extravagante et terriblement vide existence de Norma Desmond. Richissime, elle vit dans un temps comme arrêté, contemplant les vestiges de sa gloire passée (ainsi est-elle en permanence entourée de photographies d’elle-même et ne cesse de se repasser ses anciens longs-métrages) et ne voyant quasiment plus personne si ce n’est d’anciennes célébrités du muet (citées plus haut) pour faire un bridge. Et Max, tant pour rester auprès d’elle que pour éviter de nouvelles tentatives de suicide, entretient ce curieux mode de vie dans lequel l’illusion est partout présente. Parallèlement, Norma s’éprend de Joe – qu’elle couvre de somptueux cadeaux – et lui révèle ses sentiments lors du réveillon du Nouvel an. Joe la repousse et s’enfuit pour aller à la soirée donnée par un ami, l’assistant-réalisateur Artie Green (Jack Webb). Il y retrouve la fiancée de celui-ci, Betty Schaefer (Nancy Olson), lectrice de scripts qui souhaite écrire un scénario avec lui.

 

BDC5Joe Gillis et Betty Schaefer (Nancy Olson)


Mais, apprenant la nouvelle tentative de suicide de Norma, il retourne dans sa demeure et accède à son désir en devenant son amant. Il peut alors pleinement jouir de l’immense fortune de celle-ci mais mène une vie enfermée qui ne le satisfait guère. Par ailleurs, le scénario de Salomé étant achevé, Norma le soumet à Cecil B. DeMille et à la Paramount, studio qui ne cesse guère de l’appeler. Max, Joe et Norma s’y rendent alors. Là, les deux hommes apprennent que la Paramount n’est nullement intéressée par le projet de Salomé mais souhaite seulement louer la voiture de Norma, une vieille Isotta Fraschini. Quant à Norma, elle est reçue par un Cecil B. DeMille en plein tournage de Samson et Dalila. Reconnue par nombre d’anciens du studio, elle vit un moment de rêve qui se prolonge puisque le réalisateur échoue à lui dire la vérité. Max et Joe ne le feront pas non plus et Norma se prépare pour le tournage de Salomé, film qui n’existera jamais. Joe, la nuit et en cachette, commence à écrire un nouveau scénario avec Betty Schaefer et une romance naît entre lui et la jeune femme. Mais, Norma découvre l’activité de son amant et téléphone à Betty. Surgit Joe qui invite celle-ci à le rejoindre chez Norma. Là, il lui dit ne pas vouloir renoncer à sa vie et la repousse. Betty partie, Norma croit triompher mais, une nouvelle fois, elle se trompe car Joe a décidé de la quitter ainsi que l’univers hollywoodien. Elle s’y oppose et finit par le tuer. Joe s’écroule dans la piscine et se termine ainsi le flashback mais non pas immédiatement l’histoire contée par le mort. En effet, on voit les événements qui suivent immédiatement c’est-à-dire l’arrivée de la police et de la presse qui afflue sentant le scandale. Norma, complètement perdue, se croit alors sur le tournage de Salomé. En fait, les caméras présentes sont celles de la télévision et sont dirigées non par Cecil B. DeMille mais par Max. Et devant celles-ci, Norma joue donc son ultime rôle, le film s’achevant sur un dernier gros plan de la star devenue meurtrière, son visage se perdant finalement dans le flou.

 

c.La question du genre : un film inclassable

 

BDC6Joe Gillis et Norma Desmond

 

Histoire riche et relativement complexe, on le voit, aux multiples rebondissements et en permanence rythmée par la voix off venue d’outre-tombe de Joe Gillis (qui fait d’ailleurs montre d’un réel talent pour la conter prouvant ainsi qu’il n’est sans doute pas qu’un médiocre scénariste). Tout cela fait de Boulevard du crépuscule un film parfaitement inclassable. Par commodité, on le rattache souvent au film noir et il est vrai qu’il en reprend certaines des caractéristiques – dont Wilder (il l’a notamment prouvé avec  Assurance sur la mort en 1944) est un maître incontesté – qu’elles soient esthétiques  ou thématiques. Pour les premières, il faut noter, outre l’omniprésence de la voix off, la musique de Franz Waxman et surtout la magnifique photographie de John Seitz en noir et blanc (déjà responsable de celle d’Assurance sur la mort). Quant aux secondes, on remarquera que tous les personnages principaux (Joe, Betty, Norma et peut-être Max) sont mus par le désir d’accéder (ou de réaccéder) à l’univers hollywoodien ce qui peut tout à fait être considéré comme une manière extrême de vivre le rêve américain, ce qui est un enjeu majeur du film noir. Par ailleurs, comme dans toute œuvre de ce genre, l’argent, dont Joe manque au début et qui sera le moteur de la relation de dépendance qu’il entretiendra avec Norma, est un élément central du film. Cependant, rappelons ici ce propos célèbre de Walter Neff (Fred MacMurray) dans Assurance sur la mort qui caractérise presque à lui seul le film noir : « Je l’ai fait pour l’argent, je l’ai fait pour la femme ; je n’ai pas eu l’argent, je n’ai pas eu la femme ». Comme en écho, Joe Gillis affirme, dans Boulevard du crépuscule, peu après être rentré chez Norma : « Je voulais le travail et l’argent et m’en aller très vite ». Ainsi, lui aussi, agit pour l’argent mais contrairement à Walter Neff, il l’obtient et celui-ci coule même à flots tant la fortune de Norma Desmond est immense. Par contre, il ne veut pas de cette femme mais est comme obligé de devenir son amant[5]. Or – et c’est bien là tout son problème – Norma Desmond n’a rien d’une femme fatale (si ce n’est au sens premier du terme puisqu’elle scellera le destin de Joe) de film noir comme peuvent l’être la Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck) d’Assurance sur la mort, la Kitty March (Joan Bennett) de  La Rue rouge (Fritz Lang, 1945) ou la Kitty Collins (Ava Gardner) des Tueurs (Robert Siodmak, 1946).

 

BDC7Norma Desmond

 

Tout ceci contribue à éloigner Boulevard du crépuscule du pur film noir. En outre, le personnage de Norma Desmond donne à l’œuvre de Billy Wilder une véritable dimension fantastique (même si son seul élément surnaturel est le fait qu’un mort nous raconte son histoire – et commente même les événements survenus immédiatement après celle-ci[6]). En effet, Norma – et elle est souvent filmée comme tel par Wilder notamment lors du baiser que lui offre Joe le soir du Nouvel an ce qui semble indiquer que le héros s’autodétruit par cet acte – apparaît certes proche de la folie mais elle est aussi inquiétante[7], manipulatrice et dangereuse. Vivant dans un passé figé et se protégeant (avec la complicité de Max) de la réalité extérieure (Joe dira ainsi : « Elle déambulait sur les sommets vertigineux de sa gloire passée (…). En réalité, elle avait peur du monde extérieur, peur qu’il lui rappelle que le temps avait passé. »), Norma est une sorte de vampire, un non-mort au sens donné par le Nosferatu, une symphonie de l’horreur (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau pompant l’énergie vitale de Joe Gillis. Elle rappelle également, le film ayant aussi l’aspect d’un contre étrange et cruel, l’effrayante reine-sorcière de Blanche-Neige et les sept nains (David Hand, 1937) passant son temps à se contempler dans son miroir qui, par la voix de Max, lui renvoie toujours cette affirmation : « Madame[8] est la plus grande de toutes » (et non, on le notera, la plus belle).

 

BDC8Les photographies de Norma Desmond (issues de la carrière de Gloria Swanson…) qui ornent les pièces de sa maison


De plus, Boulevard du crépuscule est un film qui travaille énormément sur l’espace que ce soit au niveau du plan – puisque l’on passe souvent de ces gros plans qu’affectionnent tant Norma Desmond à des plans larges, avec une grande profondeur de champ, qui montrent l’immensité des pièces – ou en général. Toujours l’opposition vide/plein joue un grand rôle dans le film, avec les deux fêtes du Nouvel an, celle donnée par Norma dans laquelle Joe est le seul invité et celle, débordante de vie, d’Artie Green dans son petit appartement peuplé jusqu’au moindre recoin (que Joe quittera pour, dit-il, rejoindre « l’autre monde »), avec la demeure de Norma dans laquelle ne vivent que l’ex-star, Max et Joe mais qui se remplit dans l’ultime séquence lorsque le drame qui vient de s’y jouer est révélé ou encore avec ces studios grouillants de monde, marqués par l’effervescence et l’agitation, sur le tournage de Samson et Dalila et qui sont presque inhabités lorsque Joe et Betty s’y retrouvent la nuit pour écrire leur scénario. Mais le lieu central – ainsi que l’indique le titre – c’est bien la fastueuse demeure de Sunset Boulevard habitée par Norma que Joe décrira ainsi avant de rencontrer sa propriétaire :

 

             « C’était une grande propriété extravagante, typique de la folie des gens de cinéma dans les années folles. C’est triste une maison abandonnée. Celle-ci était à pleurer. »

 

sunset-blvd.jpgMax von Mayerling (Erich von Stroheim) et Norma Desmond

 

Et de nombreux plans permettront de découvrir le mélange paradoxal de luxe sans limites et de désolation qui s’est emparé de la maison. Significativement, Joe tombera mort  dans une piscine (dont le narrateur, avec l’humour noir dont il ne se départit jamais, parle comme de « la piscine qu’[il a] toujours voulue ») qui semblait avoir retrouvé la vie alors qu’elle n’était plus habitée que par les rats au début du film. Elle ne renaît donc que pour mieux devenir cercueil. Et avec cette maison et ses habitants plus morts que vivants, Boulevard du crépuscule s’apparente à ces films gothicisants toujours à la lisière du fantastique qui forment une sorte de sous-genre de l’âge d’or hollywoodien (avec notamment Rebecca de Alfred Hitchcock en 1940, Le Château du dragon de Joseph L. Mankiewicz en 1946 et Le Secret derrière la porte de Fritz Lang en 1948). Notons d’ailleurs que le mariage entre film noir et fantastique, s’il est rarement mis en scène (ne serait-ce que parce que le film noir se veut souvent assez réaliste[9]), est esthétiquement parfaitement cohérent puisque les deux genres puisent leur inspiration formelle à la même source, celle de l’expressionnisme allemand des années 1920. Mais Boulevard du crépuscule, et c’est logiquement ce qui focalise le plus l’attention, est aussi et surtout un film sur la société du spectacle ce qui ne relève pas d’un genre précis (bien qu’il existe de nombreux films – qu’ils soient ou non positifs – sur le cinéma) et rend cette œuvre, en tenant compte, des éléments précedemment exposés totalement inclassable.

 

BDC10Norma Desmond et Joe Gillis

 

La suite

 

Ran

 

Note de Ran : 5



[1] Joe Gillis qualifiera ainsi le public de « cruels anonymes » à la fin du film.

[2] Ainsi le film est-il classé seizième dans la liste (qui vaut ce qu’elle vaut…) des cent meilleurs films américains de tous les temps publiée par l’American Film Institute en 2007 et a fait l’objet d’une coûteuse restauration au début des années 2000.

[3] Ce qui est également assez rare mais moins que les miracles, les signes du génie – qui reste tout de même extrêmement minoritaire dans l’ensemble de l’activité humaine… – étant finalement assez nombreux ; ainsi les colonnes de ce blog sont remplies de textes qui se veulent des hommages à l’immense talent de quelques auteurs de cinéma. L’art dans son ensemble est sans aucun doute le meilleur (si ce n’est le seul – c’est d’ailleurs, à bien y réfléchir, très probablement le seul) des vecteurs pour exprimer le génie des hommes. C’est-à-dire, entendons-nous bien, de ces quelques hommes qui, par leur expression artistique, justifient – au plein sens de ce terme – les actes souvent ridicules et malsains de l’ensemble de l’humanité (ainsi Boulevard du crépuscule, parce qu’il a été créé, justifie ce système humain qu’est Hollywood ne serait-ce que parce que s’il n’avait pu observer celui-ci, Billy Wilder n’aurait pas réalisé son film).

[4] Ce que l’on comprendra assez rapidement mais non pas immédiatement.

[5] Pourquoi d’ailleurs ? Par compassion ? Pour garder l’argent ? On ne comprend pas vraiment les motivations de Joe Gillis mais cela contribue à renforcer la complexité du personnage.

[6] On ne sait donc pas vraiment si Joe Gillis est ou est devenu narrateur omniscient.

[7] C’est d’ailleurs ce qui frappe immédiatement dans l’aspect donné au personnage de Norma Desmond dont on ne saurait véritablement dire – même si elle est irrémédiablement flétrie par le temps – qu’elle est laide.

[8] En français dans le texte ; l’emploi de ce terme correspond parfaitement à l’aspect surréaliste des personnages de Max et de Norma, à l’onction avec laquelle le premier traite la seconde et à la rigidité – très germanique – du domestique.

[9] Il est ici possible d’un point de vue thématique puisque le cadre est Hollywood, royaume de l’illusion. Mais, on l’a vu, l’argent (et non son absence) est trop présent pour que Boulevard du crépuscule soit un véritable film noir.

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Ornelune 18/01/2011 12:59



Si Norma est vampire, le film tout entier l'est aussi, croquant une entreprise cinématographique exangue. Mais Wilder tire une énergie nouvelle de cet Hollywood moribond. De la même manière
Sunset Bld livre toute sa substance à quelques merveilles modernes, Mulholland drive en est la bplus belle progéniture.


Les mises en abîmes sont multiples : non seulement l'industrie hollywoodienne et Los Angeles mais aussi le choix subtil des acteurs... Vraiment une oeuvre magnifique.



Ran 08/01/2011 02:32



Merci beaucoup Grégoire de ce commentaire.


Effectivement, classer Boulevard du crépuscule dans un genre est quasiment impossible (ce qui rend d'ailleurs le film un peu plus miraculeux encore puisque la quasi-totalité des films
hollywoodiens de l'époque appartenaient à des genres assez bien codifiés) et le placer parmi les films noirs est en quelque sorte une facilité.


Tu as tout à fait raison sur le titre et la place de l'idole mais je n'y reviendrai guère (désolé...) dans la seconde partie de ce texte. Je te laisse découvrir ce qu'il y aura dedans. Un tel
film est si riche qu'on peut l'aborder sous une multitude d'angles et je ne pouvais tous les évoquer. Mais je t'invite à développer ton propos.



Grégoire 07/01/2011 23:00



C'est une assez drôle coïncidence que j'ai décidé de regarder ce film pour la première fois hier justement. Chef d'oeuvre en effet, et je te rejoins sur le fait que, contrairement à ce qu'on
entend toujours, le film s'éloigne assez significativement du film noir.


Il y a aussi toute une lecture (pour le prochain texte?) sur  le "crépuscule" du titre, mais surtout de l'idole; dans sa dépendance au regard des autres.


Tout ce qui est dit là, en tout cas, est encore une fois très intéressant.


Donc bravo



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