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Carte des sons de Tokyo

21 Février 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Le dernier film d’Isabel Coixet s’attaque au sous-genre du film de tueur à gages pour vanter les mérites de Tokyo. La ville sera remarquablement photographiée. Pendant ce temps-là, le film patauge dans une histoire improbable dont la réalisatrice échoue à faire accepter les invraisemblances.

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Sergi Lopez fait style il n'a pas vu Rinko Kikuchi

 

Le sous-genre du film de tueur… Voilà un support idéal pour raconter une histoire d’amour impossible, parler de la grande solitude des êtres dans des cités surpeuplées. Isabel Coixet a sans doute pensé à tout cela lorsqu’elle s’est attaquée à l’écriture de Carte des sons de Tokyo pour, d’une part, présenter une ville sur laquelle elle a visiblement flashé et, d’autre part, présenter cette morale : c’est quand les êtres s’en vont qu’on se rend compte de leur importance. Alors cher lecteur, je vous vois perplexe, vous vous dites : qu’est-ce que c’est que ce cliché (à la con) ?! Et bien, vous répondrai-je, c’est un cliché (à la con) mais que la réalisatrice nous montrera avec un sérieux papal en offrant à certains protagonistes de grands moments de ridicule. Mais passons à l’histoire, vous voulez bien ? Ah, Tokyo et ses gens qui enlèvent tout le temps leurs chaussures ! Un vieil homme (Min Nataka) qui enregistre des sons (paroles et silences relaxants) tient compagnie de temps à autre à Ryu (Rinko Kikuchi, excellente actrice), jeune poissonnière et tueuse à gages. Le vieil homme sera l’inutile narrateur du film et sa relation platonique avec Ryu sera à peine traitée. Notre poissonnière est discrète, parle peu. Pendant ce temps, une fille se suicide. Son père, Nagara (Takeo Nakahara), est un riche industriel super dégoûté. Il charge son bras droit Ishida (Hideo Sakaki) – super dégoûté aussi – de faire exécuter le fiancé de sa fille, David (Sergi Lopez), puisque comme le veut la tradition japonaise, tous les grands patrons ont plus ou moins des gênes de Yakusas. Qu’a donc fait David, excepté d’avoir une pilosité au delà de la normale pour un tokyoïte qui se respecte ? Et bien, il se trouve que David, immigré espagnol est un type bien, qu’il a fait ce qu’il a pu et que le manque d’amour que lui reprochait sa fiancée était parfaitement injustifié. Aussi quand Ryu est chargée de l’éliminer, elle tombe instantanément amoureuse d’un homme qui la comprend du premier regard et qu’il ne lui pose pas trop de questions. Et au lieu de le tuer, elle couche sans cesse avec lui mais lui ne pense qu’à son ex et les employeurs de Ryu se demandent bien ce qui se passe.

Le film de tueur a donné lieu à de grands films : Tueur à gages de Frank Tuttle (1942) a inspiré Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967) qui, lui, fut une référence ces dernières années pour de nombreux auteurs, le plus brillant étant Jim Jarmush avec Ghost Dog (1999) et The Limits of Control (2009). L’histoire du tueur professionnel qui veut raccrocher et qui lutte en vain contre les éléments est un excellent support pour de nombreux et très bons films : l’action avec par exemple la Mort dans la peau (Paul Greengrass, 2004), la comédie avec Bons baisers de Bruges (Martin McDonagh, 2008) et bien d’autres (Bittersweet Life de Kim Jee-Woon en 2004, The Killer de John Woo en 1989, The American de Anton Corbjin en 2010…). Mais il existe aussi une quantité non négligeable de très mauvais films de tueurs et notamment les balourdises de Luc Besson que sont Nikita (1990) et Léon (1994) ou, du côté des Américains, le catastrophique Assassins de Richard Donner (1995). Carte des sons de Tokyo cherche clairement à éviter la lourdeur pour divaguer sur la mélancolie de la solitude dans la capitale japonaise, sur le regard de l’étranger, sur cette ville hypnotisante et complexe. La réalisatrice se concentre sur les belles images de Tokyo, sur les scènes de sexe entre nos deux héros et oublie complètement les autres personnages dans l’obligation qu’elle s’est donnée de créer de mauvaises scènes lacrymales, ceci faisant perdre toute cohérence a une histoire déjà parfaitement improbable. Logiquement le final est complètement foiré et se double d’une maladroite conclusion barcelonaise sans aucun intérêt. Cela est bien dommage car les deux acteurs principaux sont particulièrement convaincants. Mais le film est sans grâce et sans scénario, il faut au moins l’un pour compenser l’autre.

 

nolan

 

Note de nolan : 1

 

Carte des sons de Tokyo (Isabel Coixet, 2009) 

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nolan 22/02/2011 00:03



Merci Grégoire, je crois qu'un peu de légèreté ne fait jamais de mal quand on a pas trop aimé un film. C'est vrai que j'ai pu constater que l'accueil Cannois avait été très frais. Mais cela ne
veut pas dire grand chose (Tarantino n'avait pas déclenché une vague de hourra avec ses bâtards). Mais bon, un an et demi après, il se trouve que les critiques n'ont pas changé d'avis. Récemment
j'ai pu voir le dernier Manoel De Oliveira qui sort presqu'un an après sa présentation cannoise mais c'est un bon film (avec tout de même un très gros défaut : le plus mauvais acteur portuguais
du monde en premier rôle).



Ran 21/02/2011 23:56



Oh, je pense qu'il doit y avoir certains bons films qui sortent un an et demi après leur présentation ou même, pour certains, jamais. Mais, bon, dans le cas présent, à en croire mon acolyte - et
je n'irai pas vérifier -, ce n'était pas le cas.


Sinon, merci pour la pensée à propos de Tabou. Bien sûr, je l'ai en DVD et l'ai vu je ne sais combien de fois. Quel film superbe (sur le corps, la nature,...) ! L'un des plus sublimes de
Murnau - et du cinéma en général. Il faudrait aussi que j'écrive dessus un jour (je ne m'en sortirai jamais...).


Bon, l'horaire de diffusion n'est pas terrible (comme pour La Découverte d'un secret l'autre jour) mais, au moins, ça passe. Et, puis, je n'ai plus d'illusions : ces films ne seront
jamais diffusés en prime-time sur TF1 (je n'avais d'ailleurs pas cru Christine Albanel quand elle avait justifié l'octroi d'une seconde coupure pub aux chaînes privées par le fait que
cela permettrait le passage de films de Fellini à 20h30). En tout cas, ceux qui ne le connaissent pas pourront le découvrir.


Par contre, pour les fans de Murnau, je déconseille fortement la lecture du livre de Charles Jameux sur celui-ci. Je l'ai acquis très récemment et je crois n'avoir jamais rien lu d'aussi idiot
sur Murnau (et d'ailleurs, je ne pense pas avoir lu de livre de cinéma aussi mauvais). C'en est si nul que ça en devient même marrant (surtout la partie finale sur Murnau alchimiste). D'ailleurs,
la bibliographie sur Murnau mériterait d'être renouvelée par un livre sérieux puisqu'on a redécouvert - et restauré - beaucoup de ses films. Celui d'Eisner est très intéressant mais un peu ancien
tout de même.



Grégoire 21/02/2011 19:30



Ah je me suis bien marré en lisant le début de l'article  De toute façon, un film qui sort un an et demi
après sa projection cannoise, c'est pas très très bon signe (quoiqu'au moins, il est sorti).


A part ça, pensée pour Ran, il y a Tabou qui passe sur Arte la semaine prochaine (minuit et demi encore, YOU-PI; même si je ne doute pas qu'il l'ait déjà vu, et qu'il l'ait en DVD, en bon fan de
Murnau qui se respecte...)



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