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Cas d'école : Dune

12 Août 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Qui dit vacances d'été dit plages. Qui dit plages dit sable. Qui dit sable dit dune. Donc Dune. Comme la semaine dernière, un opus (très) mineur dans la filmographie d'un cinéaste. Pourquoi la réunion entre un grand écrivain et un grand cinéaste n'a pas marché ? Une dernière Bribe sur la route des vacances. nolan.

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Bribes et fragments

 

DuneDune (1984)


Cas d’école – On ne saurait, raisonnablement, dire de Dune qu’il s’agit d’un bon film. On se demanderait plutôt dans quel piège est venu se fourrer le jeune David Lynch, encore à l’aube d’une carrière des plus exceptionnelles. Visiblement, celui tendu par Dino de Laurentiis, mégalomane maître d’œuvre de cette coproduction foireuse. Et surtout un brin fauchée. C’est qu’on est, quand même, en 1984, deux ans après Blade Runner, un après Le Retour du Jedi. La laideur d’ensemble de Dune tranche avec la noire beauté du chef-d’œuvre de Scott (qui avait, un temps, envisagé de porter à l’écran l’œuvre d’Herbert). Ses effets spéciaux, désastreux, sont à des années-lumière de rivaliser avec ceux du duo Marquand/Lucas. Sans doute aurait-il fallu faire plus sobre mais rien, dans le projet, n’y invitait. Sauf le budget. Ce qui revient à reconnaître qu’il aurait mieux valu que ce Dune ne voit jamais le jour… En outre, la nécessité de toucher un large public et d’être (relativement) fidèle au livre de Frank Herbert contraint Lynch. Qui, pour gagner en clarté, ouvre son film par un tunnel narratif récité par la princesse Irulan (Virginia Madsen). Un comble pour le futur réalisateur d’Inland Empire, pour l’homme qui, plus que nul autre, brisera les structures du récit cinématographique.

Le couple Herbert/Lynch ne fonctionne absolument pas. Ce qui ajoute à la déception. C’est pour lui, pourtant, que, malgré tout, j’apprécie ce mauvais film, ce space opera du pauvre. D’Herbert, qui aura tant bercé mes années adolescentes, on retrouve le charme d’une histoire qui croise la facilité d’un récit messianique avec la complexité du roman russe. Celui aussi de ce mélange de mythes qui invite aux joies élégantes de l’onomastique. Quant à Lynch, on s’amuse à chercher sa patte. Quête ardue mais pas totalement vaine. Peut-être dans les visions du héros, Paul/Usul Atréides/Muad’Dib (Kyle Maclachlan), qui entrouvrent le champ des possibles. Plus sûrement dans ces créatures, souvent kitschissimes mais parfois franchement baroques,  qui surgissent et disparaissent pour peupler un univers étrange. Ou encore dans le monde décadent du baron Vladimir Harkonnen (Kenneth McMillan), après sa reconquête d’Arrakis. C’est avec cette séquence, probablement la meilleure des deux heures et quart, que Dune trouve enfin son rythme. Voulant (devant ?) en placer un maximum, Lynch accélère et multiplie les ellipses. Si la surabondance de voix-off, censée donner une certaine lisibilité mais menaçant de rendre le tout un peu plus indigeste encore, gâche un peu l’effet, un étonnement, non dénué de plaisir, naît devant ce film tronçonné, haché menu au point de sembler n’être plus qu’une gigantesque bande-annonce. Devant cette bizarrerie, on croit deviner, peut-être à tort, un peu de l’avenir de Lynch. Et pouvoir, par un geste paradoxal, replacer la distorsion dans une continuité… Au-delà, il me faut l’admettre : je ne prête qu’aux riches puisque Dune n’est pas vraiment regardable sans aimer et Lynch et Herbert. Si je ne connaissais pas le premier, je l’accuserais d’être un pauvre tâcheron n’ayant rien compris à un roman adoré en en signant une désolante adaptation (ce qui n’est pas tout à fait faux). Dans le cas inverse, le second m’apparaîtrait comme un auteur grandiloquent et balourd qui a fourni un piètre sujet d’inspiration à un cinéaste génial s’étant, pour une fois, fourvoyé (ce qui est également vrai). Mais j’aime les deux donc, un peu, ce Dune. Presque au point de pardonner à Dino de Laurentiis d’avoir mis en branle un tel chantier…

 

Antoine Rensonnet

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