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Clint Eastwood ou le Surhumain à rebours (2)

15 Février 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Le jury de Top Chef n'aime pas trop les plats "ménagers", Mathieu Kassovitz encule le cinéma français, Withney Houston meurt pour éviter de monter sur scène, les Grecs ne veulent pas d'austérité, les Syriens de dictature. Heureusement que Bribes et Fragments, rubrique hebdo et imperturbable, distribue un peu d'amour et de bonheur. Elle aime Clint. Encore. Et toujours. nolan.

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J. EdgarJ. Edgar (2011)


Clint Eastwood ou le Surhumain à rebours (2)J. Edgar, donc. Clint Eastwood est un enfant de l’Amérique paranoïaque de Hoover et de son culte des grands hommes. Plus que personne peut-être, il l’a personnifiée à l’écran. Mais sans renoncer à la légende, qui, toujours, la précède, Eastwood se tourne désormais vers l’histoire. Donc vers l’intime – quitte à l’inventer. Le point-clef est là : ce n’est pas en ne se concentrant uniquement que sur les hauts et bas faits de la vie publique de Hoover qu’Eastwood pouvait réaliser une fresque historique sur les Etats-Unis. Tout chez Hoover n’est qu’échec. A commencer par sa vie privée puisqu’il ne peut pleinement assumer sa relation amoureuse avec Clyde Tolson. Mais, paradoxalement, c’est par le travail qu’il peut, un peu, vivre cette passion. Pourtant le sacrifice du Hoover privé s’explique d’abord par le sens qu’il a voulu donner à son action de chef du FBI. Alors que sa vision réductrice du monde naît du pouvoir exercé par une mère surprotectrice. Dans J. Edgar, privé et public ne cessent de s’entrelacer pour raconter l’histoire d’un pays, prisonnier d’un homme, lui-même encombré de nombre d’obsessions autodestructrices, qui, en un demi-siècle, n’a pas suffisamment gagné en liberté d’esprit. Eastwood, humaniste tardif, en fait le constat amer et lucide. Surtout, il remet en jeu un trio bien connu, le Surhumain, la communauté et l’Humain, dont il explicite l’articulation entre les différents éléments. Le réalisateur d’Impitoyable vient du western, pas de Nietzsche. Aussi le Surhumain, celui que, si souvent, il a incarné, n’est-il pas, pour lui, le dépassement de l’Humain mais celui qui, en permettant l’opération de création de la communauté, y mène. La cosmogonie américaine, avec ses héros bâtisseurs comme les pères fondateurs, Abraham Lincoln ou quelques fameux pionniers de l’Ouest, repose sur l’idée d’hommes extraordinaires, parfois de purs marginaux, qui ont permis la naissance et l’unification d’un pays. C’est l’un des thèmes majeurs du western, développé par John Ford (L’Homme qui tua Liberty Valance) ou Anthony Mann (Je suis un aventurier). Eastwood, lui-même, ne cesse d’y revenir. Il a complètement intégré, fait sienne, cette idée. Pale Rider, au milieu de sa carrière, en témoigne. Plus récemment, il l’a même importée en Afrique du Sud avec le Nelson Mandela d’ Invictus. J. Edgar Hoover, parce qu’il a créé une puissante police fédérale, devrait naturellement appartenir à ces hommes d’exception. Mais, s’il a œuvré à l’édification de la société américaine, il l’a, dans le même mouvement, bloquée, empêchant qu’en son sein des individus, notamment les plus étranges (comme lui-même), s’épanouissent. La communauté de Hoover n’est pas de celles où l’Humain à sa place. Ce déplorable résultat implique qu’Eastwood prenne le parti de détruire méthodiquement la légende Hoover, en passant par l’intime, jusqu’à réduire son héros à l’état d’homoncule. Deux ans auparavant, le cinéaste avait préféré laisser intacte l’icône Mandela et n’avait, le concernant, qu’à peine effleurer la sphère privée. Le Surhumain peut, même si son histoire n’est qu’une fable, continuer à exister s’il a été un guide offrant d’approcher l’Humain. Pas dans le cas inverse. On connaissait l’Eastwood Surhumain et l’Eastwood humaniste bien avant J. Edgar. Mais, jamais auparavant, le lien entre les deux – qui se donne ainsi comme fil conducteur d’une œuvre – n’avait si clairement été établi. Une certaine représentation politique et intellectuelle se dégage alors. Ce, en précisant la place exacte assignée à la société qui devient ainsi, non le héros ou le sujet majeur, mais l’enjeu premier du dernier long-métrage de l’auteur – si ce n’est de toute sa filmographie. C’est pourquoi je considère, au-delà de son évidente réussite formelle, J. Edgar comme absolument fondamental. Il change, ou, du moins, rend plus cohérente, mon regard d’ensemble sur les films d’Eastwood. On notera toutefois l’absence de l’un de ses personnages récurrents dans J. Edgar : l’héritier choisi. De fait, même si le FBI continua son activité après la mort de son fondateur, Hoover n’eut pas de successeur. Or, le héros eastwoodien classique – dont le Walt Kowalski de Gran Torino est l’archétype – aime à s’en « fabriquer » un, y compris en dehors du lien familial. Mais Hoover, le raté qui avait refusé l’individu, n’avait décidément rien à transmettre. Son seul souhait était que ses biens le plus précieux soient déchiquetés. Ses fameux dossiers. Ceux de Clint Eastwood, de mieux en mieux classés, sont, eux, accessibles au public. Présentés comme il souhaite qu’ils le soient…

 

Antoine Rensonnet

 

Précédement :

Clint Eastwood ou le Surhumain à rebours (1)

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Antoine 26/02/2012 19:40


Merci beaucoup. Je ne sais pas si j'ai raison ou pas mais, bon, c'est mon avis qui est, comme dirait Desproges, l'avis auquel je me réfère prioritairement quand je veux savoir ce que je pense
vraiment.

Flow 26/02/2012 19:28


Excellent article. Tu as en plus, parfaitement raison ;)

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