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Cogan, Killing Them Softly

19 Décembre 2012 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

L'échec relatif de Cogan réside entièrement dans l'insatiable ressassement du discours économique tenu par le réalisateur au point qu’on ne puisse parler d’un sous-texte tant le film est démonstratif. Il est néanmoins sauvé par le soin apporté à la mise en scène qui allie assez bien tragédie et humour noir.

 

 

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Brad Pitt, Scott McNairy

 

Tout commence comme dans un film des frères Coen ou de Tarantino : un gangster à la petite semaine endetté et pas bien malin, Johnny Amato (Vincent Curatola) monte un plan suffisamment mal conçu pour que l'issue ne laisse planer aucun doute : ils embauchent deux bien mauvais gangsters – Frankie (Scott McNairy) et Russel (Ben Mendelhson) – pour braquer un tripot tenu par la mafia en espérant que son tenancier Markie (Ray Liotta) soit tenu pour responsable (il avait déjà fait le coup quelques années en arrière et avait évité les représailles).

La Mafia, représentée par un anonyme conducteur-avocat (Richard Jenkins), fait appel à Jackie Cogan (Brad Pitt) pour retrouver les voleurs et les liquider, bref pour remettre un peu d'ordre afin d’éviter que tous les tripots ne ferment par peur de se voir braquer.

Nous sommes en 2008 à la Nouvelle Orléans, Obama vient d'être élu, c'est la crise et Andrew Dominik tient à ce contexte : la Mafia est à la fois la métaphore d'une PME (son fonctionnement rudimentaire) et d'une multinationale (il y a un conseil d'administration). Soit, mais pourquoi insister aussi lourdement sur cette idée ? Les rencontres entre Cogan qui propose un plan social radical et efficace et le conducteur qui représente les atermoiements de la direction qui veut quelque chose d'humain avec le même résultat sont sans grand intérêt. De même, la volonté d'afficher le discours d'Obama, à la télé, à la radio, toujours allumées dans les voitures ou les bars pour mieux souligner l'état de crise et la conception américaine de la société (celle du capitalisme, tiens donc), vire à l'overdose et atténue le discours final et la phrase ''choc" de Cogan. Quant à l'introduction d'un tueur - Mickey (James Gandolfini) - au bout du rouleau incapable de se recycler, une excellente idée en soi, cela vire à la performance d'acteur gommant à notre sens sa beauté tragi-comique fort bien amenée.

Il serait cependant sans doute injuste de ramener le film d'Andrew Dominik à une œuvre seulement trop démonstrative. Elle contient, comme toujours chez le réalisateur, quelques éclats de mise en scène bâtie sur des contrastes : si elle reste globalement très sobre, y compris lors du braquage ou des deux dernières fusillades, elle est trouée par des passages emplis d'effets séduisant l'œil (un tabassage sous la pluie, une discussion sous héroïne et une exécution à un feu rouge). Le film présente aussi une galerie de personnages solidement construits et observés sans mépris. Ainsi, Frankie, Martie et Russel (bien qu’il, iconoclaste et inconscient, provoque rires et sourires) sont-ils des figures d’un échec dont la dimension tragique se révèle saisissante. L'impossible accès à la réussite de leur petite entreprise, le renoncement qui viendra peu à peu les saisir les rendent attachants et tristes. Au-dessus se trouve Cogan, a priori le seul véritable monstre de l'histoire faisant preuve d'une froideur certaine (fort bien servi par son interprète, en retrait). Il n'est toutefois pas un tortionnaire et préfère abattre un homme par surprise pour qu'il ne se rende pas compte de ce qui lui arrive. Ce qui est aussi un moyen pour lui de ne pas s'impliquer humainement. Lors de la dernière partie, lorsqu'il fait usage de toute son habileté psychologique pour retourner un protagoniste jouant une partition sentimentale, il s’avère même terrifiant. Dominik n’apparaît d’ailleurs pas complètement rassuré devant ce personnage qui ne tend vraiment qu’une seule fois la main à quelqu'un : à Mickey, qu'il tâche de remettre en selle avant de s'apercevoir qu'il ne peut rien pour lui et de l'envoyer sans presqu'un remord en prison (le Pôle Emploi de la Mafia). Et c'est bien le seul dans toute cette histoire qui "gagne" à la fin…

 

nolan

 

Note de nolan : 2

 

Cogan, Killing Them Softly (Andrew Dominik, 2012)

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