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Corps malade, symptôme bénin

7 Décembre 2011 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

Après un cinéaste méconnu (Fritz Lang), un jeune qui promet (David Lynch), Bribes et Fragments, rubrique du mercredi qui présente un court texte sur le cinéma, une proposition concise et ouverte au débat, passe la vitesse supérieure et traite du classique instantanné de cette année 2011 : Intouchables. Ames sensibles s'abstenir. nolan.

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IntouchablesIntouchables (Olivier Nakache et Eric Toledano, 2011)


Corps malade, symptôme bénin – A ce stade, apparaît une double évidence : Intouchables est, d’une part, un néant cinématographique et, d’autre part, porteur d’une idéologie franchement réactionnaire. Ce en quoi il ne distingue guère de dizaines d’autres films qui forment le tout-venant de la production cinématographique. A ceci près qu’ils ne connaissent pas, eux, une si extravagante fortune (celle qui justifie tout, semble-t-il). Notons d’ailleurs que, sans celle-ci, je ne me serais sans doute jamais rendu compte de l’existence du pâtéd’Olivier Nakache et d’Eric Toledano. Précisons encore que je n’ai évidemment pas été le voir, non pour des raisons de temps ou d’argent mais simplement parce que l’envie me manque. Mon masochisme rencontre des limites que ma misanthropie ignore. Bref. Si j’ai bien suivi (chacun étant libre de considérer qu’il ne saurait en être ainsi et d’évaluer mon manque d’empathie au regard de ce qu’il croit être la sienne), l’argument d’Intouchables est simple. Dans cette banale horreur, on est définitivement enfermé et résumé à une catégorie identifiée. Aussi le lien entre les héros (Omar Sy et François Cluzet) ne se fonde que sur un intérêt bien compris et n’est rendu possible que par la puissance souveraine de l’argent. Puisqu’il est enrobé d’un solide rire gras et de cette consensuelle guimauverie contemporaine, on le renomme « amitié ». Y aurait-on ajouté l’esquisse d’un rapport sexuel qu’il se serait appelé « amour ». De toute façon, aux quelques accessoires qui habillent la relation de couple près, c’est la même chose : du vide. Pardon, de la vie. Pas de mensonge. Intouchables est bien la navrante mise en images d’une histoire vraie. La solidarité impersonnelle (cette idée, stupide et datée, qui voulait que chacun aide l’autre à hauteur de ses moyens sans le regarder pour ne pas disposer de la possibilité de choisir « ses pauvres ») s’efface au profit du seul rapport de forces. L’un possède des bras musclés, l’autre un carnet de chèques rempli. Un joli conte des temps modernes peut suivre. Symétriquement, sans un besoin réciproque qui, ponctuellement, unit, on laisse crever l’autre en s’en moquant totalement. C’est également une histoire vraie, c’est exactement la même. Celle, donc, que glorifie, sans probablement en avoir conscience, Intouchables. En cela, il n’est bien qu’un symptôme, petit et, in fine, parmi les plus bénins (il ne s’agit, après tout, que d’un film dont tout le monde aura oublié l’existence dans quelques mois), de la maladie qui frappe l’Homme. Mais son incroyable succès ne s’explique pas autrement. Si c’est un hasard, il n’est pas complètement pur. En effet, un corps extrêmement affaibli est très sensible aux virus ou à la pousse de boutons immondes. Tous ceux qui le touchent ne connaissent certes pas un développement maximal mais il est inévitable que tel soit le cas pour quelques-uns d’entre eux. Un corps sain, lui, n’a que peu de chances de subir ces désagréments. Au vrai, sans grande importance, puisque ce ne sont pas ceux-ci qui fondent la maladie incurable. Ils ne l’aggravent même pas, n’étant dans l’inéluctable croissance de celle-ci, que des épiphénomènes. Mais, tout de même, de bons marqueurs. Le triomphe qui lui est réservé rend la pustule Intouchables purulente. Ce qui ne fait qu’indiquer un peu plus clairement que l’Homme (tant mieux pour lui…) est satisfait du cancer qui le ronge. Rappelons, pour conclure et puisqu’il n’y a plus d’espoir, que, face à celui-ci, il ne reste que deux voies : celles de la participation ou du retrait volontaire, de la mise à distance. Inutile de préciser, je pense, laquelle offre la quasi-certitude de communier dans la médiocrité, de s’intégrer à ses « semblables », de posséder cette apparence de bonheur et laquelle est potentiellement celle de l’art. Intouchables ou Fenêtre sur cour, en somme. Deux manières de montrer la société par le biais du cinéma. Antipodiques. Choisissez.

 

 

Antoine Rensonnet

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Antoine 31/12/2011 01:32


Oh, non, cela ne ferait pas bondir qu'on parle de Barry Lyndon sans l'avoir vu (même si cela me surprend un peu qu'on puisse le placer pour parler d'Intouchables). Rien n'est
sacré, même pas Kubrick. J'essaierais juste, si je pensais que cela en valait la peine, de convaincre qu'il faut voir le film.


Tout ce qui marche est-il nécessairement mauvais et haïssable ? Certainement pas. En tout cas, ce n'est pas une nécessité. Ce qui marche énormément est souvent médiocre, voire franchement mauvais
(Bienvenue chez les ch'tis), mais pas toujours. Et c'est assez rarement haïssable (Bienvenue chez les ch'tis, encore, est seulement nul, absolument pas haïssable).


Ce texte est-il gratuit ? Oui, complètement. Ce qui n'est pas facile autour d'un film qui célèbre si ouvertement le pourissement des relations humaines par le fric et deviendrait presque
inattaquable sous le seul prétexte qu'il a eu un tel succès.

Adrien 28/12/2011 02:59


Mais pourquoi dire tant de mal d'un film que l'on a même pas vu ? Cet avis est complétement infondé et se limite à la pure vision de la bande annonce, soit 1min21. 


Certes, Intouchable est loin d'être un grand film, mais il se laisse regarder sans broncher ni accroche.


Donner un avis sur une oeuvre tel que Barry Lindon en s'arretant à ses ouïe-dire vous ferez bondir. Pourquoi alors appliquer ce traitement à Intouchable ? Je trouve cela gratuit et bien peu
interessant ... Lorsqu'un film marche, il est nécessairement mauvais et haïssable ? 

Antoine 17/12/2011 22:59


Non, vraiment pas. Je ne mens jamais quand j'attaque un film de cette façon (en même temps, il est rare que je dise du
bien d'un film sans le connaître).

Flow 17/12/2011 20:36


Ah mais tu ne l'as vraiment pas vu! :)

Antoine 17/12/2011 18:09


Oh, on peut toucher un large public avec de grands films, ça, je ne le conteste pas. Et heureusement...


Concernant les qualités d'Intouchables, la vision du film pourrait me faire légèrement amender mon avis sur son néant cinématographique - même si c'est peu probable.


Reste ce que (re)présente cette histoire ("vraie", donc) et là, non, vraiment, je ne peux pas : bons sentiments (à la limite, ça me déplaît fortement mais, bon, pourquoi pas, chacun est libre)
mais surtout réunion du noir - défini comme tel - et de l'handicapé - idem - pour une relation fondée sur l'argent... C'est ce qui justifie mon article : il ne serait pas "nécessaire" sur
Bienvenue chez les Ch'tis (j'en ai vu la moitié, j'ai trouvé ça navrant mais inutile de s'énerver), par exemple. Là, je vois vraiment dans ce succès imprévisible les symptômes d'un mal
qui ronge... Pour moi, c'est franchement désolant.

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