Dark Shadows

25 Mai 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Burton est fatigué, épuisé même… On espérait, après l’apocalyptique Alice au pays des merveilles, qu’il retrouve l’inspiration avec Dark Shadows et donne de l’élan à une histoire, a priori amusante, de vampire du XVIIIe siècle, coincé dans les turbulentes années 1970. Il n’en est rien.

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DS 1Barnabas Collins (Johnny Depp)

 

Une catastrophe supplémentaire dans la carrière de Tim Burton qui, décidément, s’embourbe. Un peu moindre tout de même qu’Alice au pays des merveilles (2010) car, dans la forme, Dark Shadows est plus soigné que son immédiat prédécesseur, ce malgré une construction qui laisse franchement à désirer (le film s’ouvre sur un abominable tunnel narratif et se montre, durant ses presque deux heures, incroyablement et inutilement bavard). Admettons aussi que quelques rares gags fonctionnent. L’ensemble, lui, ne tient pas debout. L’histoire d’amour/haine, par-delà les époques, entre le vampire Barnabas Collins (Johnny Depp, sans saveur) et la sorcière Angelique Bouchard (Eva Green) tourne au grand n’importe quoi. Eva Green est belle, évidemment mais, telle qu’elle est apparaît (fort mal mise en scène, donc), elle ne possède pas la moindre sensualité. D’ailleurs, à l’exception notable de Michelle Pfeiffer qui, en Catwoman dans Batman Returns (1992), se muait en icône érotique absolue, Burton n’a jamais vraiment su filmer les femmes. Il semble toujours leur préférer des jeunes filles, censément fragiles et diaphanes, à la grâce pour le moins incertaine. Après Christina Ricci dans Sleepy Hollow (1999), Jayne Wisener dans Sweeney Todd (2007) ou Mia Wasikowska dans Alice au pays des merveilles, c’est ici Bella Heathcote (dans les rôles de Josette du Pres et Maggie Evans). Entre celle-ci et Eva Green, l’opposition n’aboutit à rien quand elle aurait dû porter le film. Le reste est pareillement décevant. Les personnages secondaires (sauf Elizabeth Collins Stoddard – Michelle Pfeiffer, encore –, convaincante en maîtresse femme, gardienne d’un temple qui s’écroule, et ne cessant d’osciller entre rigidité et distanciation) sont sacrifiés. Le jeu entre différents espaces caractéristiques (la nature, la noble maison hantée, le quartier des pêcheurs) n’apporte pas grand-chose, la confrontation entre les époques non plus. Que Barnabas Collins, homme du XVIIIe siècle, soit transporté dans les bouillonnantes années 1970 n’inspire pas le réalisateur qui n’a visiblement pour celles-ci ni haine, ni amour. Aussi les réduit-il à quelques détails folkloriques. Malgré une bande son de qualité (Donovan, T-Rex, The Stooges, Alice Cooper…), il ne parvient pas à faire naître une quelconque excitation de son orgie rock et les hippies sont des caricatures dignes des vieux nanars de Georges Lautner (du genre Quelques messieurs trop tranquille – 1973) qui, au moins, avait l’excuse de ne pas avoir de recul…

 

DS 2Barnabas Collins et Elizabeth Collins Stoddard (Michelle Pfeiffer)

 

Pour emballer le tout, Burton plaque sur Dark Shadows une pauvre esthétique fantastiquo-gore (sa ‘‘marque’’, de plus en plus dévalorisée) et multiplie les références au film de vampire (voire à VertigoAlfred Hitchcock, 1958) sans jamais donner au genre un semblant de piste de renouvellement. Ressort alors l’impression, désolante, que Tim Burton est désormais dégouté de ce qu’il est, de ce à quoi il touche (sa femme, Helena Bonham Carter – qui joue le docteur Julia Hoffman –, enlaidit de film en film et insiste ici lourdement sur sa décrépitude physique), de la place qu’on lui assigne. De tout, en fait. Il semble prisonnier, comme son héros, d’une cage dont il ne peut s’extraire. Incapable de se rebeller, on le voit désormais mal avoir une réaction salutaire et tirer quelque chose de cinématographiquement positif de son état d’esprit dépressif. Les charges profondément misanthropes et infiniment violentes qu’étaient Charlie et la chocolaterie (2005) et Sweeney Todd sont loin. Passif et amorphe, Burton préfère, reprenant Alice au pays des merveilles au point où il l’avait achevé, faire un absurde éloge de l’esprit d’entreprise. Tout en identifiant les restaurants McDonald’s à l’incarnation du diable… Une aberration parmi d’autres dans un film qui en regorge. Avec Dark Shadows, carnaval grotesque, la machine Burton tourne désespérément à vide. Définitivement ?

 

DS 3Angelique Bouchard (Eva Green)

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 1

Note de nolan : 2

 

Dark Shadows (Tim Burton, 2012)

 

Post-scriptum : Pour ceux qui seraient, à juste titre, quelque peu désappointés par les deux derniers opus de Tim Burton, rappelons qu’il est possible de lier, en quelques mots, Alice au pays des merveilles (l’œuvre de Lewis Carroll – 1865), musique rock des années 1970 et érotisme. Ainsi le sublime Variations sur Marilou (in L’Homme à la tête de chou – 1976) de Serge Gainsbourg dont voici un extrait :

 

         « Perdue dans son exil
Physique et cérébral
Un à un elle exhale
Des soupirs fébriles
Parfumés au menthol
Ma débile mentale
Fais tinter le métal
De son zip et Narcisse
Elle pousse le vice
Dans la nuit bleue lavasse
De sa paire de Levi's
Arrivée au pubis
De son sexe corail
Ecartant la corolle
Prise au bord du calice
De vertigo Alice
S'enfonce jusqu'à l'os
Au pays des malices
De Lewis Carroll.

Pupille absente iris
Absinthe baby doll
Ecoute ses idoles
Jimi Hendrix Elvis
Presley T-Rex Alice
Cooper Lou Reed les Roll
Ing Stones elle en est folle
Là-dessus cette Narcisse
Se plonge avec délice
Dans la nuit bleu pétrole
De sa paire de Levi's
Elle arrive au pubis
Et très cool au menthol
Elle se self-contrôle
Son petit orifice
Enfin poussant le vice
Jusqu'au bord du calice
D'un doigt sex-symbol
S'écartant la corolle
Sur fond de rock-and-roll
S'égare mon Alice
Au pays des malices
De Lewis Carroll. »

 

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Edouard 30/05/2012


Je me rends compte que j'ai répété par moments le commentaire de Nolan, que je viens seulement de lire. Mais j'aurais pu aussi reprendre ses autres remarques, car je partage entièrement son
jugement sur le décor et sur les quelques détails vraiment réussis qui apparaissent ça et là dans le film.

Antoine 31/05/2012


Oui, j'ai vu que tu avais décelé des qualités à ce Burton et qu'on était, une fois de plus sur les derniers films de ce cinéaste, en désaccord.


 


Je partage tout à fait l'idée que l'alliage entre glam rock et cinéma gothique a, a priori, du sens mais je trouve qu'elle ne fonctionne pas et j'en reste à l'idée que les 70's sont
étrangères à Burton.


 


Sur les femmes, comme je le remarquais précedemment, le personnage de Michelle Pfeiffer tient la route (mais elle est un peu trop seule pour tenir le film). Eva Green, c'est un échec dans le
filmage (je me répète mais je ne trouve pas vraiment d'exemple, à l'exception - absolue et d'autant plus surprenante - de Catwoman, de femme vraiment bien filmée chez Burton, à part peut-être
Lisa Marie, par bribes, dans les années 1990 ; peut-être ne suis-je pas assez sensible à son goût apparent pour les frèles femmes-enfants...).


Quant à Helena Bonham Carter, elle n'a, à la base, pas grand-chose d'une bombe sexuelle mais la volonté de son cinéaste de mari de la massacrer de film en film pose tout de même question. Des
trois, c'est d'ailleurs à son égard que je sens la moins grande empathie. Pour ce qui est du clin d'oeil final, j'ai peur qu'il ne soit malheureusement là que pour ménager la possibilité d'une
suite...

Benjamin 13/06/2012


Pas d'accord avec vous Antoine et Nolan.


Le héros est un vampire et Burton vampirise à tout va ! Il prend sa matière et sa forme à la série, il emprunte comme toujours aux films qu'il aime et s'abreuve par dessus tout à son oeuvre même.
Il n'y a rien de neuf sur le thème, certes et je vous rejoins sur ce point, mais le vampire n'est pas non plus la seule créature de Dark shadows.


Cet opus me fait penser à La maison de Dracula, série B où se croisaient Dracula, Frankenstein, le loup-garou et un docteur fou amateur de transfusions (Helena Bonham Carter ??). Le film rend
aussi hommage en quelque sorte à ces productions usant de créatures en fin de vie et témoignant seulement de la survie difficile d'un genre. Monstre de monstre, les créatures fantastiques ne
s'inscrivent plus seulement dans la tradition de leur seule représentation, mais apparaissent dans une certaine décadence, ici plongées dans les années 1970 (le vampire un pét' à la bouche). Ed
Wood n'est pas loin.


Sauf que chez Burton, il y a les acteurs (Green et Depp en tête, Pfeiffer un peu sous employée), les décors, l'humour (auquel j'adhère) et les références nombresuses (je vais réfléchir sur
Vertigo, mais je reviendrai si je trouve pas ; de mon côté j'y ai vu d'autres marques tout à fait hitchcockiennes). 


Des petits défauts (surtout formels si l'on veut bien être indulgent avec le dernier quart d'heure qui se fait un peu vampirisé -à nouveau, vous m'en excuserez- par ses effets spéciaux) mais
aussi de très grandes qualités !


 

Benjamin 13/06/2012


Ah oui ! Afin d'échanger un peu plus, une note sur le film, j'espère, très bientôt chez nous !

Antoine 14/06/2012


J'attends ta note. Tu sais comme le thème de l'autovampirisation du cinéma par le cinéma m'est cher et peut m'intéresser. Et, je ne serai pas loin d'être d'accord avec toi si je considérais que
cela fonctionnait même un tout petit peu. Or, là, non, je n'y arrive pas. Et j'étais plutôt intéressé par le projet et ne suis pas de ceux - j'ai longuement développé il y a peu - que tout ce que
fait Burton depuis un peu plus de dix ans est inintéressant.


Vertigo, film de vampire ultime, c'est pour le personnage de la copine de Depp. C'est la femme qui joue un rôle et qui renvoie à une autre femme ayant existé dans les siècles passés.
Mais, là encore, je ne vois pas bien, au-delà de la référence, vers quoi ça mène d'un tant soi peu productif...

Benjamin 23/07/2012


Enfin chez nous !

Antoine 23/07/2012


Je m'en vais voir ça.

nolan 02/11/2012


Burton revient à la vie avec Frankenweenie ! Le meilleur film de chien du monde. 

Antoine 04/11/2012


Oui, bof, je suis assez dubitatif.

Benjamin 04/11/2012


Tu vois, nolan, Antoine est bien fâché avec Burton.

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