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De Rouille et d'os

24 Juin 2012 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Quelle mouche a bien pu piquer Jacques Audiard pour qu’il s’attaque à un sujet ouvrant grande la porte à une telle mièvrerie ? Nous l'ignorons mais l'important est que le résultat, qui fait le grand écart entre les frères Dardenne et Thomas Alfredson, soit très satisfaisant.

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de-rouille-et-dos.jpgMatthias Shoenaerts et Marion Cotillard

 

Images sublimes, acteurs excellents, montage parfait, c'est toujours un plaisir de se plonger dans un film d'Audiard. Ça c'est fait. Mais qu'est-ce que De Rouille et d'os ? Une version luxueuse d'Intouchables (Eric Toledano et Olivier Nackache, 2011) ? Oui et non. Oui parce que les thèmes sont très proches et non puisque le cinéaste en tire une réflexion formellement et fondamentalement différente. Si nous devions situer le dernier opus de Jacques Audiard au regard de films récents, il serait pile au milieu entre le Gamin au vélo (Luc et Jean Pierre Dardenne, 2011) et Morse (Thomas Alfredson, 2009). Il s'agit d'un conte entre deux êtres cassés par la vie. L'un est un père de famille solitaire, Ali (Matthias Shoenaerts), soudain flanqué de son fils de 5 ans, Sam (Armand Verdure), et l'autre est une dresseuse d'orques, Stéphanie (Marion Cotillard), bien privée de ses jambes. Bien que tout les oppose, leurs destins vont se croiser et l'amour, plus fort que la dépression et les problèmes d'argent, vaincra.

Le cinéaste réussit son mélodrame parce qu'il trouve l'équilibre entre sobriété et scènes pour faire pleurer dans les chaumières (accompagné de ces quelques fulgurances visuelles dont il a le secret). Il ne force pas le trait mais ne rend pas son œuvre complètement hermétique au pathos. Et même lorsque, à la fin il bascule dans un spectacle lacrymal neigeux, il s'en sort avec les honneurs. Pourquoi ? Sans doute parce que toute sa mise en scène repose sur une série de jeux de miroirs : avec un enfant pris sous la glace, c'est l'image d'un corps inanimé dans le bassin de Marineland au début du film qui revient en écho ou encore celle du plexiglas séparant un gigantesque mammifère marin et une handicapée esseulée au milieu du métrage... Le cinéaste se balade entre réalisme et onirisme, parfois en forçant sa chance mais le plus souvent avec brio.

Naturellement, la moelle épinière du long métrage, c'est le couple en cours de formation et le film tâche de se débarrasser d'un maximum d'éléments qui pourraient alourdir leur relation. Scénaristiquement, le passé des personnages n'est qu'effleuré, les ellipses se multiplient – parfois au prix de raccourcis, sans aucun désir de vraisemblance (c'est un conte, rappelons-le et la dernière minute du film ne laisse aucun doute là-dessus). Pas de vraisemblance, certes, mais un certain réalisme social, un peu moins réussi. Aussi préférons-nous le combat mano a mano qui excite Stéphanie, cloitrée dans la voiture, au désespoir de la sœur d'Ali (Corinne Masiero), virée sans aucun respect du droit du travail (ce dont Ali est en partie responsable). C'est la trajectoire de ce dernier, qui navigue entre désir d'indépendance et sentiment d'obligation qui capte notre attention. Stéphanie, à qui il ne doit rien, se révèlerait l'amie ou l'amour parfait... si elle ne lui devait pas tant. Comme le montre si bien le film jusqu'à l'avant-dernière minute, rien ne se pérennise dans ce champ des possibles. Si la mise en scène d'Audiard, joue autant de l'écho entre les moments, c'est pour mieux montrer qu'ils seront toujours différents. En mieux comme en pire. Au spectateur de n'y voir que le beau (notre regard finit même par accepter les moignons de la dresseuse d'orque) mais il sait que ce merveilleux éclot dans un océan de désespoir. Heureusement que ça se finit bien…

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

De rouille et d'os (Jacques Audiard, 2012)

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Bon, je viens de lire ta chroniqCHRISTOPHE LEFEVRE 07/07/2012 21:12


Formellement parfait. Je suis d'accord aussi sur le lien avec le cinéma des Dardenne. La fin est par contre ratée pour moi. Pas tant la scène sur la glace, superbe, mais lorsque le héros sort
d'un hôtel Sheraton avec sa ceinture de champion, je trouve ça un peu moyen...

nolan 08/07/2012 20:10



Oui c'est un happy end étrange puisque en une minute, tout devient parfait...



Flow 05/07/2012 09:20


Non, avec le CAPES, je n'ai pas eu le temps mais je compte bien me les faire.

Flow 04/07/2012 15:30


Un texte qui rend bien hommage à un exercice compliqué mais dont le réalisateur s'en sort avec brio! J'ai adoré.

nolan 04/07/2012 23:26



Merci ! Oui j'ai vu que tu avais adoré et tu as vu d'autres films d'Audiard depuis ? 



dasola 26/06/2012 12:17


Bonjour Nolan, bien mais pas exceptionnel. Il y a des ellipses qui m'ont paru obscures comme quand Ali laisse tout en plan (son petit garçon compris) sans rime ni raison. J'ai dû avoir une
absence. Marion est très bien et enfin elle retrouve un presque premier rôle. Je n'ai pas du tout fait le lien avec Intouchables (cela n'a rien à voir). Tout ça pour dire que mes deux films
préférés d'Audiard restent Sur mes lèvres et De battre mon coeur s'est arrêté. Bonne journée.

nolan 26/06/2012 16:19



Bonjour Dasola


Le départ d'Ali n'a selon moi, rien d'obscur. Il y a bien un petit suspense (est-il vraiment en train d'abandonner son fils) qui sera résolu. Et globalement, je préfère quand le film n'est pas
trop explicite.


Marion Cotillard est très bien en effet. J'aime bien sa façon de jouer même dans la Môme ou les Petits Mouchoirs, films dans lesquels les personnages qu'elle incarne sont, par
leur construction et sans doute involontairement, horripilants. Par contre, je ne lis pas ces déclarations ni ne regarde ses interwiews à cause de son humilité trop marquée et survendue qui me
fait presque apprécier la prétention sans borne de Mathieu Kassovitz (dont j'apprécie le travail par ailleurs).


Mon film préféré d'Audiard est aussi De battre mon coeur s'est arrêté.


Bonne journée



Sylvain Métafiot 25/06/2012 22:25


Un conte ? Vraiment ?


Vous pouvez expliciter et me rappeler la dernière minute du film parce que je ne me souviens que du happy end général.

nolan 25/06/2012 23:01



Un conte parce que Stéphanie et Ali se retrouvent et leur amour vainc le handicap, les problèmes d'argent et le fils dont on doit s'occuper. C'est un conte de fées aurais-je pu préciser. Parce
que dans la vraie vie, je pense qu'il n'aurait jamais admis être amoureux d'elle, qu'il aurait éduqué son fils n'importe comment et que de toute façon il aurait jamais réussi à le sortir de la
glace. Il n'y a guère que Stallone qui a réussi dans Cliffhanger, mais c'est Stallone donc c'est réaliste :-). 


Il y a beaucoup d'éléments réaliste dans De Rouille... mais ils sont - en grande partie - pourvus d'une alternative au bord du merveilleux. Un merveilleux de film hollywoodien et peut-être pas de
conte ! Mais plutôt que de m'embourber dans une explication, je te recommande fortement de voir Morse et le Gamin au Vélo dont le Audiard me semble être une synthèse. 


Le happy end pour moi, c'est la dernière minute au ralenti : il devient champion de free fight et il y a plein d'images de bonheur pérenne. C'est pas ça le happy end général ? Parce qu'avant les
bons moments sont éphémères. Et il me semble que c'est une séquence très courte (d'où la minute). 



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