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Fast and furious 5 : Jésus, la finesse et l'introspection

24 Mai 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Réflexions pointues sur films obtus

La série Fast and Furious nous a, jusqu'à présent, gratifié d'impérissables navets voguant entre beauferie urbaine et poésie de comptoir. Ce cinquième épisode ne faillit pas à la règle à ceci près que, pleinement conscient de ce qu'il est, le film verse dans l'introspection amusée et sans cynisme.

 

Réflexions pointues sur films obtus

 

Fast5-1

Nouveau Testament (Vin Diesel)

 

"Oublions la finesse" s'exclame soudain Dom Toretto (Vin Diesel tentant de réduire son nombre d'expressions faciales à moins d’une seule) alors que depuis une heure et demie les protagonistes cherchent à élaborer un plan infaillible pour voler un coffre rempli de millions. Face caméra, Vin Diesel vient de donner le vrai tournant du film, il semble s'adresser au spectateur lui avouant que le film cherche à péter plus haut que son cul (mais pas tellement plus en réalité) et qu'il faut revenir aux bases : tout défoncer. Aussi, la minute suivante, nos héros prendront un blindé pour enfoncer murs et policiers afin de voler le coffre, puis dans un geste qui vient compléter la séquence (involontairement ?) politique de Bad Boys II (Michael Bay, 2003), ils raseront la moitié du centre ville de Rio de Janeiro à l'aide d'un coffre de 10 tonnes tiré par deux voitures. Oh, il y aura bien une petite astuce dans ce cambriolage, histoire de justifier un minimum les longs préparatifs mais tout se tient dans cette dernière demi-heure pendant laquelle un film qui n'a rien à dire ne dit plus rien et offre le meilleur de lui-même : une destruction irréaliste et joyeuse, le plaisir de l'enfant qui casse ses jouets, seule trace d'un mauvais esprit jusque là absent.

Avant cela, il y a aura comme dans tous les épisodes un scénario qui commence n'importe comment (mais pour une fois, il sera un peu plus rythmé), une scène de barbecue comme dans un album d'Astérix (Albert Uderzo et René Goscinny), des blagues de beauf, quelques cascades spectaculaires dont une grande partie est rapidement éclipsée par la mise à sac de Rio, destinée elle-même à être oubliée dans les deux mois, et une représentation ethnique et sociale très complète (il y a même des femmes ! Et qui ont le droit de conduire ! Il y en même une qui fut mexicaine dans l'épisode précédent et qui est présentée ici comme une Israélienne ! Il y a aussi des homos dominicains mais sans coming-out – subtilité pour ne pas choquer le Jacky).

 

Fast5-2

Ancien Testament (Dwayne Johnson)

 

On notera tout de même quelques répliques hilarantes largement réservées à Toretto (notamment dans les séquences "émotion") et son alter ego policier, Hobbs (Dwayne Johnson, le taureau humain) qui ne perdra jamais son sérieux, un concentré des Expendables (Sylvester Stallone, 2010) sans les clins d'œil complices. Aussi Hobbs ne bande jamais, ne drague pas, ne fait aucune allusion sexuelle, même quand Eva Mendes vient rouler des fesses dans son bureau. Il est bien le seul d'un casting qui nous offre une galerie de personnages en rut dont les courses-poursuites assouvissent à peine leur surchauffe hormonale. Même le réalisateur s'offre une petite métaphore en faisant "éjaculer" les cartes à jouer des mains d'un braqueur les tripotant quand le coffre s'ouvre enfin devant ses yeux ébahis. A l'attachement religieux très redneck de Toretto qui est à deux doigts de se prendre pour le Jésus des favelas, on nous présente Hobbs comme l'Ancien Testament, la Colère divine. Par conséquent, Hobbs ne fait pas d'humour, ce qui rend son personnage rigolo. Car, comme colère divine, il se pose là. Ordonnant à une partie de son équipe d'aller à gauche et à l'autre d'aller à droite, il les retrouve quelques instants plus tard arrivant pas du tout éparpillés mais serrés comme un paquet de sardines, par la droite pour fusiller des méchants qui ont la très bonne idée de se regrouper également pour être plus faciles à massacrer. Outre les questions de gestion de l'espace qu'un stratège militaire ou un cinéphile endurci pourrait se poser, le spectateur lambda s'étonnera du flagrant manque d'autorité de la Colère divine.

Ce n'est qu'un détail d'une liste d'incohérences que le film peine à cacher mais qu'il résout de façon éclatante lorsque notre Jésus du tunning se lance dans son homélie démarrant sur "Oublions la finesse". La boucle est bouclée. On remarquera qu'il n'y a pourtant pas de trace de cynisme car si le réalisateur Justin Lin nous prend, pas forcément à tort, pour des veaux, il démontre aisément qu'il n'en pense pas moins de lui et de l'ensemble des participants de son long-métrage. Le film accepte son sort sans amertume ou fierté mal placée – celle des imbéciles voyant une marque de rébellion en affichant leur médiocrité – et nous est livré un produit éphémère, inutile mais relaxant.

 

nolan

 

Fast and furious 5 (Justin Lin, 2011)

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Flow 31/08/2011 10:23



C'est sûr... Mais asséner un tel lieu commun comme si c'était la réponse à l'Univers, ça à quelque chose de croustillant. Surtout sortant de la bouche de Vin Diesel :)



nolan 31/08/2011 11:47



On est d'accord



nolan 30/08/2011 20:34



Ce qui n'est pas faux il faut le reconnaître. 


 



Flow 30/08/2011 19:17



Ah ben je l'ai regardé du coup...Et j'ai bien ri. Non mais quelle débilité. J'aimême pas fait attention à "oublions la finesse", je devais dormir. Par contre j'ai retenu le fameux: "fuir, ce
n'est pas être libre". LOL



Antoine 26/05/2011 20:42



Ecoute, moi, j'ai tenté l'expérience avec Le Désert rouge. Je ne sais pas du tout de quoi parle le film - il y a une usine - mais c'est très beau. Et, crois-moi, la beauté et la poésie
détendent...



nolan 26/05/2011 08:27


Ça marche pour le Allen aussi. On peut aller le voir crevé et de mauvaise humeur et en ressortir enchanté. Pour Antonioni, faut pas déconner : Profession Reporter ne rentre pas dans cette catégorie
pour moi. Bon Zabriskie Point, peut-être


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