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Faust

11 Juillet 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

 

Libre adaptation du mythe faustien par le maître russe Alexandre Sokourov. Un voyage superbe, aussi déroutant que merveilleux, à la frontière du Bien et du Mal, du Beau et du Laid, du Vrai et du Faux. Une nouvelle œuvre majeure.

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F 1Faust (Johannes Zeiler)

 

Il faut un certain courage, voire quelque inconscience, pour s’attaquer à Faust. Le mythe est si connu, la légende si universelle qu’un grand nombre d’adaptations médiocres, sinon catastrophiques, ont existé et existeront. Certes. Mais lorsqu’on se nomme Alexandre Sokourov, on se confronte directement à Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich Wilhelm Murnau. Au cinéaste allemand, auteur d’une magnifique version en 1926, le réalisateur russe rend un hommage appuyé dès les premières secondes, magiques, qui nous amènent du ciel vers un petit village. Ensuite, il s’approprie rapidement et complètement Faust. Non sans laisser volontairement planer l’ombre immense de Goethe. De façon surprenante. En effet, ce n’est pas tant vers la première partie (1808) de la pièce, fondatrice du Sturm und Drang, que lorgne vers Sokourov. S’il en élimine quelques-uns (dont la vieillesse de Faust et son rêve de jeunesse éternelle), il en reprend pourtant, dans un ordre aléatoire, les quelques éléments les plus saillants. On retrouve le fameux pacte, signé de sang, entre Faust (Johannes Zeiler) et un diable (l’usurier – Anton Adasinsky) et l’empreinte du romantisme, à travers les tourments existentiels du héros scientifique, son culte du Moi, son attirance érotique (réciproque) pour la jeune et diaphane Margarete (Isolda Dychauk) qui connaît un premier apogée avec un sublime plongeon commun dans un lac.

 

F 2L’usurier (Anton Adasinsky) et Faust

 

C’est cependant la seconde partie (1832), plus tardive et méconnue, qui semble, formellement, avoir le plus inspiré l’auteur du Soleil (2006). Extraordinairement confuse, elle laisse un souvenir étrange à ceux qui l’approchèrent. Trop longue, presque illisible, déconstruite et recelant un lot inépuisable de merveilles. Du Faust revisité par Sokourov, on pourrait presque dire les mêmes choses. Le Beau et le Laid se confondent, se corrompent l’un l’autre, la claire division affichée dans les deux premières séquences (les cieux et le cadavre ouvert) s’effaçant progressivement, notamment dans un long moment au lavoir où des corps, superbes ou décrépis (et même anormaux dans le cas de l’usurier), s’entremêlent. Le Bien n’existe plus et il n’est pas sûr que le concept de Mal garde de son sens. Ceux de Folie et de Raison, de Vrai et de Faux, n’en ont, eux, plus le moindre. Les repères, donc, sont perdus et le spectateur semble plongé dans un monde hallucinatoire. Il suit les pérégrinations de l’improbable couple formé de Faust et de l’usurier, tente de s’identifier au premier, rongé par le doute et les contradictions, admire le second, remarque alors que celui-ci a conservé ses caractéristiques, baroques et grotesques, de diable germanique et que, dès lors, il demeure peut-être le personnage le plus ancré dans ce qu’il reste du réel.

 

F 3Faust et Margarete (Isolda Dychauk)

 

C’est encore la mise en scène qui trouble et séduit. Malgré l’omniprésence de la saleté, elle est, comme toujours chez Sokourov, lumineuse. Et si dérangeante. Avec ses plans décadrés ou ses images déformées, elle est pure cinéma mais renvoie à la source théâtrale. Partant d’espaces surchargés (d’hommes ou d’objets), Sokourov recrée, avec habileté et souplesse, une scène dans laquelle un duo reste, quelques courts instants, isolé. Faust et Wagner (Georg Friedrich), son famulus, Faust et Margarete, Margarete et Wagner, l’usurier et la mère de Margarete (Antje Lewald)… Faust et l’usurier, surtout, dont la rencontre permet à l’œuvre de se structurer (un peu) et de s’épanouir (pleinement). Mais, le héros, dont la duplicité dépasse peut-être celle du diable (une illusion de plus ?), semble devoir finir seul. Signe des temps, Dieu étant plus mort que jamais, Faust, sans qu’on ne sache s’il est vaincu ou a triomphé, achèvera sa trajectoire aux allures de divagation, en se rêvant Surhomme nietzschéen. A peine plus modeste, Alexandre Sokourov, s’élève, lui, un peu plus encore au panthéon cinématographique contemporain. En signant un voyage fabuleux. Déroutant par bien des aspects et sans doute difficile d’accès. Mais si grandiose…

 

F 4Faust

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 4

 

Note de nolan : 4

 

Faust (Alexandre Sokourov, 2011)

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