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Greenberg

11 Mai 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Voilà une comédie romantique qui fait classiquement se rencontrer deux personnes que tout oppose mais surtout qui utilise un personnage qui ne déclenche ni d’élan de sympathie ni d’antipathie profonde. C’est finalement un joli portrait d’un dépressif.

 

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Roger Greenberg (Ben Stiller) est un quadra qui sort d’une grosse dépression et occupe la maison de son frère parti avec presque toute sa famille au Viêtnam. En cas de besoin, il peut faire appel à Florence (Greta Gerwig), 25 ans, qui travaille chez les Greenberg comme assistante personnelle. Les deux se rencontrent, s’embrassent, se défont puis se retrouvent.

 

greenberg.jpg

Ben Stiller est vraiment quelqu'un de petit

 

Le grand projet de Roger (que nous appellerons par la suite Greenberg) est de ne rien faire. Il s’agit bien sûr d’un pied de nez à tous ses amis, rangés des voitures avec familles et crédits immobiliers sur le dos. Mais ce personnage est d’une complexité rare. D’abord, Greenberg est vieux, il se rend bien compte de cela et le voici partagé entre sa jeunesse perdue et sa vieillesse à peine commencée. D’un égocentrisme stupéfiant, d’une grande maladresse face au quotidien, Greenberg est un personnage relativement misanthrope qui n’a même pas pour lui d’être iconoclaste. Le secret, rapidement éventé, de Greenberg est d’avoir pris, un jour, la mauvaise décision pour son groupe de rock et d’avoir par conséquent détruit la carrière musicale de ses amis et en particulier le plus fidèle d’entre eux, Ivan (Rhys Ifans). En refusant le compromis, les portes des studios se sont fermées On comprend aussi rapidement que cette décision même s’il la justifie, lui a également coûté très cher. Car Greenberg fut charismatique et le comportement de ses amis, partagés entre rancœur tenace et suivisme montrent à quel point il fut, à un moment, quelqu’un de libre et d’inspiré. Il est d’ailleurs présenté sous un jour antipathique. Il est odieux avec son meilleur ami dont il ignore superbement la détresse et avec Florence qui tombe amoureuse de lui envers et contre tout (et tous puisque le spectateur comme le personnage se demandent ce qu’elle vient faire dans cette galère) alors qu’il s’écrase devant son frère et se ridiculise devant son ex. Mais il apparaît aussi comme quelqu’un qui souffre en permanence de son inadaptation. On le voit transpirer dans cette délicate scène de barbecue dominical qui montre que le temps a passé pour ses amis et lui reste coincé (au sens propre d’ailleurs, entouré par la marmaille). Comme contrepoint, la dernière partie du film est une fête d’étudiants dans laquelle, après un rail de coke, il discoure en admirant l’aplomb de cette jeunesse. Mais il ajoute plus tard : « Quelle différence y-a-t-il entre vous aujourd’hui et nous hier à part les I-Pod ? » Il parle donc (encore une fois !) de lui. De la vieillesse ennemie qu’il n’a pas réussie à appréhender. A tel point qu’il tente maladroitement de prendre le train en cours de route, draguant un amour de jeunesse, construisant une niche pour le chien de son frère.

Le comble finalement, c’est l’amour de Florence. Il représente pour lui un terrible aveu de faiblesse : Elle est jeune mais perdue, sortant d’une douloureuse rupture amoureuse, elle est chanteuse sans succès, il semble la trouver douée et on sent bien qu’il ne veut pas que l’histoire se répète. Il sait qu’il pourra l’influencer facilement, il sait que s’il la trouve conne, il lui dira (il lui dit d’ailleurs). Donc il se refuse à elle mais, et c’est finalement ce qui semble lui faire plus de mal, elle est malgré tout plus adaptée que lui. On pourrait penser que Florence l’aime parce qu’elle a enfin trouvé quelqu’un qui a besoin d’elle. A mesure que le film avance, il est difficile de ne pas voir dans l’entourage de Greenberg une forme d’acharnement à son égard : son frère est persuadé qu’il va causer une catastrophe en son absence, on lui rappelle constamment qu’il ne finit jamais rien. Pourtant, on constate à rebours ses efforts (il respecte en particulier la maison de son frère, rangeant, interdisant de s’asseoir sur une enceinte, s’occupant du chien …). On peut trouver normal de penser que ces amis pouvaient aussi se débrouiller sans lui et tout-à-fait crédible qu’un artiste refuse de pervertir son art.

Il faut toute la finesse de jeu de Ben Stiller, qui livre sans doute sa meilleure performance, pour intégrer le panel de nuances qui habite Greenberg. A ce titre, Noah Baumbach est un excellent directeur d’acteurs car Greta Gerwig, Rhys Ifans et Jennifer Jason Leigh (également co-scénariste) dans un petit rôle sont époustouflants. Le réalisateur distille un rythme nonchalant à sa mise en scène pour donner aux moments d’humour un goût doux-amer. Ce n’est pas toujours réussi, car le film est d’abord surtout amer et finit dans une douceur extrême (presque surréaliste). Mais il s’agit là d’une pinaillerie. Pour finir, le film est un bien joli portrait de dépressif.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

Greenberg (Noah Baumbach, 2009).

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nolan 16/05/2010 23:52



@Benny,


Je suis de retour.


Moi aussi, il m'arrive de lire une critique après avoir vu un film. En fait, je la lis rapidement en diagonale avant puis j'y reviens ensuite car les propos du rédacteur ont plus de sens. Cela
dit, il y a des critiques qui se lisent avant le film et qui donnent vraiment envie de le voir.Par exemple, j'avais lu une critique de Philippe Azoury dans Libération sur Two Lovers
(James Gray 2008) magnifique et engageante. Je n'ai pas cette prétention bien sûr, mais les notes que nous rédigeons sur les films sont courtes (souvent) et peuvent se lire en 2/4/6. Vous les
lisez vite fait et ça vous donne une idée (ou vous allez voir la note directement).



Ran 15/05/2010 23:24



A Benny : nolan prend quelques vacances en ce moment mais je pense qu'il répondra dès son retour (très prochain)



Benny 15/05/2010 17:56



j'avais vu la bande-annonce, ça avait l'air sympa mais j'étais un peu sceptique  car il s'agissait de Ben Stiller dans un rôle un peu différent de ce qu'il fait d'habitude. J'ai pas lu la
note, j'attends de le voir, étant donné que Nolan l'a gratifié d'un 3


 



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