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D'Alien à Cosmopolis, hommage à Ridley Scott (2)

4 Juillet 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Bribes et fragments

C'est le retour de Bribes et fragments le mercredi et la suite de l'hommage rendu à Ridley Scott après le dézinguage Antoinesque de son dernier opus qui est une manifestation supplémentaire de la maxime "Qui aime bien, châtie bien". Et après avoir châtié, il est temps de rappeler tout le bien que l'on pense de Ridley Scott. nolan

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Blade-Runner.jpgBlade Runner (1982)

 

D’Alienà Cosmopolis, hommage à Ridley Scott (2)Blade Runner, suite de la refondation. Scott fait une deuxième incursion dans l’univers de la science-fiction et la transforme à nouveau. Il en avait déjà changé le cours post-2001 mais avait conservé, dans Alien, l’idée, centrale, du vaisseau perdu dans l’espace. Ici, le retour sur Terre est complet. Il faut être juste : un chef-d’œuvre SF, l’immense Stalker d’Andreï Tarkovski nous avait déjà ramené sur notre planète. Mais, sa géniale poésie n’offrait pas véritablement un nouvel imaginaire, communément partagé, au genre. Seul Tarkovski et quelques spectateurs charmés croyaient y déceler une nouvelle voie. L’auteur caressa bien le projet de retourner dans la Zone mais ne put le mener à bien. C’est donc à Scott qu’il revint d’inverser le paradigme de 2001. Dans Blade Runner, l’Homme ne peut échapper à la Terre. Si, dans 2001 et Alien, elle devenait inatteignable horizon, elle se fait désormais prison. Certains, les réplicants, ont pu accéder à l’espace. Emerveillés, ils en parlent sans cesse ce qui renforce l’impression claustrophobe qui se dégage du film. Dans Blade Runner, le ciel est, littéralement, la limite. Infranchissable. Un dôme de pollution recouvre la ville de Los Angeles, fermée sur elle-même. Les rues, sales et bruyantes, sont noires de monde, les bâtiments, à l’exception du siège pyramidal de la multinationale Tyrell, délabrés, la publicité envahit le peu qu’il reste de l’espace. Vision futuriste, répugnante et, pourtant, miraculeuse. C’est le paradoxe du film. Aux corps de quelques personnages près (Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Daryl Hannah, Joanna Cassidy), il ne montre que du laid mais rarement spectacle n’aura semblé si sublime – quand bien même on nous répète que le vrai se trouve ailleurs. Scott, renonçant aux étoiles, aux planètes improbables, à la nature, tente un pari apparemment insensé. Il le réussit. Sûr de lui, le nouveau maître affiche sa maîtrise dès la première image en montrant un œil immense, épouvanté et fasciné, dans lesquels se reflètent les extraordinaires ravages du début du XXIe siècle. Le monde de Blade Runner surprend, interroge, effraie et fait rêver. Sans doute parce qu’il révèle un futur plausible. Dans lequel il n’y aurait ni arbres, ni eau (d’où la stupidité du happy end ajouté par les producteurs), ni cette ultime ressource que représente, depuis longtemps, la tentation d’une projection vers l’espace. La seule qui demeure à disposition d’hommes détruisant tout.

Comme Alien, Blade Runner fait évidemment écho aux phantasmes confus d’une époque troublée. Il réintroduit la ville-monde, présente dans l’imagerie SF depuis les années 1920 (Metropolis) mais alors presque abandonnée. En renouant avec l’urbain, Scott croise, presque logiquement, un autre genre avec la science-fiction : le film noir. A travers le personnage du policier Deckard (Harrison Ford), au moyen d’une lumière souvent expressionniste, ses codes sont remobilisés et l’un des genres-rois de l’Hollywood classique connaît un étonnant retour en grâce. Le mariage, peut-être plus encore que celui de l’horreur et de la science-fiction, s’avère extraordinairement fécond. Il ne restera pas sans suite. Non sans payer son tribut à Stanley Kubrick, Andrew Niccol se servira de l’esthétique scottienne dans l’excellent Bienvenue à Gattaca. Le dernier à l’avoir utilisée est désormais David Cronenberg. On retrouve, dans Cosmopolis, la froideur stylisée et stérilisée d’un monde postmoderne mélangée à la saleté d’une ville grouillante et d’appartements miteux. Plus radical encore que Blade Runner, Cosmopolis va jusqu’à supprimer la dimension spatiale. Au-delà, les deux films ne peuvent se comparer mais, si Cronenberg n’aurait peut-être pas existé sans Alien, son dernier opus, le meilleur film de science-fiction de la décennie, n’aurait pu être conçu, sans qu’il n’y ait eu, trente plus tôt, Blade Runner. Pour les figures de la femme, de la mère, du monstre, du robot ou de la ville, pour ses coups de génie thématiques et esthétiques qui donnèrent un nouveau souffle à un genre menacé de sclérose, pour deux œuvres-phares, la science-fiction – et le cinéma, tout entier – doit beaucoup à Ridley Scott. Le triste  Prometheus n’y changera absolument rien.

 

Antoine Rensonnet

 

Auparavant :

1ère partie

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Antoine 05/07/2012 22:55


Euh, en fait, il n'y aura pas de troisième partie... Il s'agit d'une incompréhension avec mon collègue.


Le bien que je pense de Ridley Scott ne s'arrête certes pas à Alien et Blade Runner mais mon propos n'était de revenir que sur ses oeuvres SF. Or, si troisième partie il devait
y avoir, elle ne pourrait donc porter que sur Prometheus dont vous savez tout le bien que je pense...


Ceci dit, j'ai beaucoup plus développé sur Blade Runner dans deux longs articles consacrés au film.


Pour ce qui est de Bienvenue à Gattaca, l'esthétique choisie par Niccol est assez éloignée de Blade Runner et fait plus penser, jusqu'à certains mouvements de caméra, à
2001. Cependant, comme Scott, il choisit pour l'essentiel un décor urbain (même si la mer qui joue un rôle important et que l'espace n'est pas totalement inatteignable - mais tout de
même un peu ce qui est une reprise significative d'un motif de Blade Runner) et intègre des éléments et une lumière directement inspirés du film noir. Or, cette synthèse, réutilisée ici
différemment, entre la SF et le film noir a bien été créée par Scott. C'est en sens que je considère que Gattaca s'inscrit dans la descendance et de 2001 et de Blade Runner. Je
ne suis pas sûr que le film eût pu exister sans les deux "monstres" qui l'ont précédé.


Par ailleurs, on peut considérer que Scott n'invente rien puisque le mariage SF/film noir, avec l'urbain au centre, est plus ou moins utilisé par Godard dans Alphaville. Cependant,
malgré tout mon amour pour ce film, je ne pense qu'il ait véritablement ouvert une voie.


C'est bien le mélange film noir/ville/rapport complexe à l'espace (donc inversion par rapport à 2001/Alien) qui fait de Blade Runner une oeuvre de refondation de la SF.

nolan 06/07/2012 07:47



Mince, je pensais aussi qu'il y avait une suite. Sans doute parce que comme L., je voulais une rétro complète ! Mais c'est vrai que dès le début, c'était circonscrit à la SF. 


Après Blade Runner, Scott a eu une carrière inégale mais chaque film que j'ai vu de lui étaient au minimum corrects (comme Prometheus d'ailleurs). Les films eux-mêmes sont
inégaux, je pense à Black Rain, Kingdom of Heaven, Robin des Bois (et le dernier) qui alternent ridicule et excellents moments. 


Et Ridley Scott a tendance à ne plus laisser la place aux non dits (c'est flagrant dans la version "Director's cut" d'American Gangster dont les 25 minutes supplémentaires sont inutiles
et explicatives). Là comme ça, je dirais qu'il n'y a que Thelma et Louise qui résiste à ce penchant.



L. 05/07/2012 20:11


Heureusement que vous nous annoncez une troisième partie, j'ai cru un moment que "tout le bien qu'on pense de Ridley Scott" allait s'arrêter à son troisième film. Ah ça c'est sûr, qui aime
bien...! mais c'eût été tout de même un rien cruel. ^^


Belle évocation d'un beau film, même si je ne résiste pas à tiquer sur un petit, tout petit, point de détail : la réutilisation de "l'esthétique scottienne" dans Gattaca. Mis à part
l'hybridation, dans les deux cas, avec le film noir, le futur aseptisé de Niccol me semble à mille lieux de celui de Blade Runner. Oserais-je vous demander de développer votre pensée à
ce propos, du coup ?

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