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L'enfer d'Henri-Georges Clouzot

25 Novembre 2009 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

"La Clouze", comme l'appelle Reggiani, a décidé de réaliser son chef d'œuvre ultime. Pas si facile pour le cinéaste qui a déjà réalisé de très grands films tels que Le Corbeau, Le Salaire de Peur et La Vérité (1943, 1953 et 1960).  Romy Shneider, budget illimité et jalousie maladive. Cela nous pouvait que se finir par un infarctus.

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Ah ! Le cinéaste qui se lance dans son œuvre pharaonique, dans les ambitions artistiques comme dans le budget, ! Un réalisateur reconnu et aguerri part à la recherche de l'absolu et s'engouffre dans le tourbillon incontrôlé de sa créativité. Ca marche pour  Coppola et Apocalypse Now (1979), Welles et Citizen Kane (1941)- du premier coup ! - et Wong Kar Wai qui vint à bout de son 2046 (2004). Parfois le film se réalise mais vaut à son auteur  de grosses difficultés avec les studios  :  Cimino et ses Portes du Paradis (1980), Coppola et son Coups de Coeur (1982) feront couler respectivement United Artists et American Zoetrope(1). Parfois le film ne se fait jamais. Ce fut le cas pour Welles et Gilliam avec Don Quichotte, Kubrick avec Napoléon, et Clouzot avec l'Enfer qu'il a écrit et presque pas réalisé. 
C'est un trésor auquel a eu accès Serge Bromberg, historien du cinéma qui part à la recherche des pellicules pour sauver le patrimoine filmique : l'intégralité des bobines des essais et des premières semaines de tournage de l'Enfer.
Dès le générique qui ne mentionne pas de réalisateur, je compris très vite le défaut majeur du film. Surtout ne pas faire un film. C'est la trop grande humilité de la démarche qui fait perdre une partie de l'intérêt de ce documentaire. Ainsi, le contexte historique a disparu (Clouzot face à la Nouvelle Vague, l'œuvre dans la filmographie de Clouzot), aucun travail critique n'est envisagé (Le thème de la recherche de l'absolu justement, l'existence du film réalisé par Chabrol(2)). Les réalisateurs - puisqu'il y en a - s'excusent presque d'avoir osé filmer les scènes manquantes pour faire le lien entre les bobines diffusées avec des acteurs contemporains (Bérénice Béjo et Jacques Gamblin) en montrant bien les pages de dialogues dans les mains des interprètes, en faisant très peu de mise en scène.
Alors, il reste quoiqu'il arrive les essais de couleur avant-gardistes et les scènes avec Romy Schneider. Elle est vraiment très belle et ces scènes sont toutes envoûtantes et parfois très érotiques. Et le film vaut le coup d'être vu pour cela.

Romy Shneider
Note de Nolan : 2

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot (2009) de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea



1 Si le ratage est aussi mémorable que ce que je lis, Yann Moix, qui a voulu passé d'un premier film moyen au chef d'œuvre total juste après, avec Cinéman (2009) devrait entretenir désormais des relations tendues avec Pathé.
2
A l'époque de sa sortie, L'Enfer (1993, Claude Chabrol) fut reçu de façon mitigée par la critique. Aujourd'hui, ce film a tendance a être reconnu comme l'un des meilleurs opus du réalisateur ou en tout cas comme le début d'un nouveau grand cycle de création. La veuve de Clouzot a récemment rappelé dans Libération (10/11/2009) l'immense regret qu'elle a eu de vendre les droits de l'histoire au futur réalisateur de La Cérémonie et parle de la version chabrolienne comme d'un "massacre". Je suppute que pour obtenir l'accord de la veuve pour diffuser les bobines, Bromberg a du s'engager à ne souffler mot de l'œuvre de 1993.

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