Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L’homme qui tua Liberty Valance : Le début de l’histoire

5 Février 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Un auteur, une œuvre

Avec L’homme qui tua Liberty Valance, John Ford, véritable « patron » du western de l’âge d’or hollywoodien, offre un film de fin de cycle qui annonce le crépuscule du genre. Ou comment – avec nostalgie mais résolution – l’auteur montre le passage inéluctable de la légende de l’Ouest à l’histoire des Etats-Unis.
------------------------------------------------------------------------------------

Un auteur, une œuvre

L’homme qui tua Liberty Valance (John Ford, 1961) : Le début de l’histoire

John-Ford.jpgJohn Ford (1895-1973)

 

Revenir sur L’homme qui tua Liberty Valance (1961) impose de commencer par un bref retour sur la carrière de son auteur, John Ford. Car L’homme qui tua Liberty Valance est un western et, dans l’Hollywood de l’âge d’or, aucun réalisateur n’incarne plus ce genre – et même n’incarne plus un genre quel qu’il soit – que John Ford[1]. Certes, au cours de sa très longue et prolifique carrière[2], il s’illustra dans différents autres genres dans lesquels il signa des chefs d’œuvre tels que Le mouchard (1935), Vers sa destinée (1939) ou encore L’homme tranquille (1952). Mais, dans cette œuvre pléthorique, les westerns dominent puisque John Ford en réalisa un nombre incalculable[3]. Il n’attendit d’ailleurs pas que le genre connaisse son apogée pour s’y illustrer. Dès le début de sa carrière, il réalisa des westerns et il n’est donc pas étonnant que ce soit lui – plus encore que Michael Curtiz (Les conquérants) ou Henry King (Jesse James) – qui, avec La chevauchée fantastique, redonna ses lettres de noblesse au genre au cours de cette décisive année 1939. Dès lors, malgré la concurrence d’autres grands réalisateurs de westerns comme Howard Hawks, Raoul Walsh et surtout Anthony Mann (à partir du début des années 1950), il fut, sans aucune contestation possible, le « pape » du western hollywoodien enchaînant, jusqu’aux Cheyennes (1964), les chefs d’œuvre du genre avec, comme sommets[4], La poursuite infernale (1946), Le massacre de Fort Apache (1948) et – surtout – La prisonnière du désert (1956).

 

Ransom Stoddart, Liberty Valance et Tom DoniphonRansom Stoddart (James Stewart), Liberty Valance (Lee Marvin)

et Tom Doniphon (John Wayne)

 

Parmi ceux-ci, L’homme qui tua Liberty Valance, l’un des derniers westerns de son auteur, est toutefois assez atypique. D’une part, bien que le film soit exceptionnel, il souffre de deux défauts factuels assez nets ce qui est tout-à-fait inhabituel chez John Ford. Le premier tient aux acteurs. L’homme qui tua Liberty Valance réunit pourtant les deux plus grands cow-boys du western hollywoodien[5], John Wayne – acteur fétiche de John Ford – et James Stewart. Mais ceux-ci, si leur talent n’est évidemment pas en cause, sont, à l’évidence, trop vieux pour leurs rôles[6] notamment James Stewart qui est censé, dans le film, être un tout jeune homme. Le second écueil est lié aux décors. Alors que John Ford affectionne les westerns relatant des guerres – officielles ou non – indiennes et qu’il a inscrit la plupart de ses films dans les majestueux paysages de Monument Valley, L’homme qui tua Liberty Valance se déroule, dans sa quasi-totalité, dans la petite ville de Shinbone reconstituée en studios. Or, les décors ont un indéniable côté carton-pâte ce qui ne manque pas de nuire au film. Heureusement, la magnifique photographie en noir et blanc de William Clothier – qui flirte parfois avec l’expressionnisme – permet largement de compenser ce défaut. D’autre part, par sa thématique, ce film annonce le western crépusculaire. Certes, L’homme qui tua Liberty Valance ne remet pas véritablement en cause la légende de la conquête de l’Ouest mais il met en scène – comme le fera plus tard Sam Peckinpah notamment dans Pat Garrett et Billy the Kid (1973) – le passage d’un monde à un autre. On est bien, avec L’homme qui tua Liberty Valance, dans une fin de cycle – le système des grands studios hollywoodiens, à bout de souffle, est d’ailleurs en train de s’écrouler – et John Ford montre comment pour que s’impose définitivement la loi et l’ordre dans l’Ouest américain doit s’effacer la légende au profit de l’histoire car la démocratie américaine est désormais solidement organisée[7]. Le héros mythique – c’est-à-dire le pionnier de la conquête de l’Ouest – et l’homme moderne sont donc, dans L’homme qui tua Liberty Valance, incarnés par deux purs archétypes, les deux héros du film, respectivement Tom Doniphon (John Wayne) et Ransom Stoddart (James Stewart).

 

Ransom Stoddart et Tom DoniphonTom Doniphon et Ransom Stoddart

 

Tom Doniphon, tout d’abord. Celui-ci compose le héros classique du western fordien. Il est, en effet, le cow-boy dans toute sa splendeur avec tout ce que cela implique comme caractéristiques soit une virilité absolue – que John Wayne sait parfaitement porter –, une rapidité et une précision au tir reconnues par tous, une certitude en ses capacités[8], des activités classiques du pionnier de l’Ouest[9] mais aussi une susceptibilité certaine et un certain humour. Il est également totalement attaché à sa contrée – qu’il ne quittera jamais – dans laquelle il rêve de construire un ranch pour s’établir avec Hallie (Vera Miles). Aussi, en tant que héros classique de western, est-il d’une certaine manière plus proche du méchant – lui aussi classique – Liberty Valance (Lee Marvin) dont il partage certaines valeurs[10] que de Ransom Stoddart, l’homme nouveau. Avec ce dernier, les rapports de Tom sont donc fatalement complexes. Sans aucun doute Tom respecte-t-il – voire admire – Ransom et ses convictions mais il ne peut s’empêcher de le traiter avec une certaine condescendance et va même jusqu’à l’humilier lors d’une leçon de tir. En fait, pour Tom, Ransom n’a pas compris dans quel monde – l’Ouest, donc, dans lequel « une arme a plus de poids qu’un vote » – il vivait désormais. Tom n’a pas tort, bien sûr, mais il va faire l’expérience terriblement douloureuse que ce monde est en train d’irrémédiablement changer. L’homme qui tua Liberty Valance décrira donc la tragédie de Tom Doniphon. Car, l’histoire est en marche et condamne des hommes tels que lui à s’effacer. Après avoir hésité et tenté d’observer une certaine neutralité vis-à-vis des processus à l’œuvre, Tom le fera – non sans une certaine violence[11] – mais totalement en renonçant notamment à la femme qu’il aime[12]. Son engagement au côté du progrès – c’est-à-dire le choix de lutter contre les gros propriétaires qui utilisent Liberty Valance comme homme de main et, finalement, de tuer ce dernier – sera donc tardif mais néanmoins ferme et résolu[13]. Pourtant, il sait pertinemment qu’il n’y a aucune place pour lui dans le nouveau monde qui s’annonce ce qui l’amènera logiquement à refuser le rôle politique que lui propose Ransom (au profit de ce dernier…). Il s’effacera donc en renonçant tant à son exploit qu’à la femme qu’il aime. Son réel héroïsme est donc bel et bien absolument tragique comme le montrent ces très beaux plans à la fin du film dans lesquels il figure seul et est, au moyen d’une porte, surcadré. Sa solitude et sa tristesse éclatent ainsi et ne manquent d’évoquer le personnage d’Ethan Edwards (également joué par John Wayne) dans La Prisonnière du désert. En tout cas, alors que Ransom Stoddart connaîtra une ascension politique sans tâche, Tom Doniphon va mourir oublié et presque abandonné de tous.

 

Ransom Stoddart et Hallie EricsonRansom Stoddart et Hallie Ericson (Vera Miles)

 

Ransom Stoddart, ensuite. Si Tom Doniphon est sans aucun doute le héros fordien typique, celui-ci rappelle singulièrement le héros absolu de John Ford, Abraham Lincoln que le réalisateur avait mis en scène en 1939 dans Vers sa destinée (avec Henry Fonda dans le rôle de Lincoln). Dans ce film, John Ford décrivait les jeunes années[14] du futur président américain. Il y figurait un tout jeune avocat venu apporter la loi et l’ordre dans un petit territoire américain. Le rôle tenu par James Stewart dans L’homme qui tua Liberty Valance est ainsi très proche. Lui aussi est un jeune avocat – on l’a dit, il est bien trop vieux pour son rôle… – qui arrive dans un coin reculé du plus en plus vaste territoire des Etats-Unis – ici cette petite ville de l’Ouest qu’est Shinbone – pour y apporter la justice. Et son arme, à l’inverse de Tom Doniphon, est un Code de lois. C’est bien à l’aide de celui-ci qu’il espère faire tomber Liberty Valance et non pas en le tuant. Certes, il sera amené à revoir ce plan et commencera à s’entraîner – avec une inefficacité totale – au tir. Et si on lui imputera le meurtre du hors-la-loi, ce sera donc à tort. Mais cela n’est, in fine, qu’un détail – bien que ce soit lui qui fasse le film – dans la trajectoire du héros. En fait, cela lui permettra de continuer dans la voie logique qu’il s’est tracé et l’orientera vers une brillante ascension politique que révèle le film. Ainsi se bat-il bec et ongles – en utilisant les ressources offertes par le verbe et par la loi – pour que le territoire auquel appartient Shinbone devienne un Etat américain à part entière et s’intègre donc au projet de la vaste démocratie américaine. Ceci étant fait, il pourra en devenir le premier gouverneur avant d’aller siéger au Sénat fédéral. Les dernières scènes du film révèlent même qu’il est l’un des favoris pour devenir le prochain vice-président des Etats-Unis[15]. Certes, cette superbe carrière, si elle n’est donc pas construite sur un meurtre – ce qui l’éloignerait de toute façon du héros absolu portant les idéaux démocratiques – l’est sur un mensonge. Cela permet donc d’offrir une certaine complexité au personnage que James Stewart sait porter à merveille. Toutefois, celui-ci, s’il est parfois soumis à des pulsions de violence (qui le rapproche des rôles qu’il tient chez Anthony Mann) est bel et bien l’incarnation de l’homme moderne portant les idéaux démocratiques de la nation américaine en cours de constitution. James Stewart est donc plus proche dans L’homme qui tua Liberty Valance des rôles qu’il tenait au début de sa carrière tout particulièrement de celui de Jefferson Smith dans M. Smith au Sénat (1939)[16] réalisé par un Frank Capra qui partage totalement avec John Ford la passion de la démocratie américaine. Ainsi, même s’il est amené à se servir d’une arme, Ransom Stoddart n’est jamais, dans L’homme qui tua Liberty Valance, un cow-boy. Avant de devenir un homme politique, il est et reste un avocat – c’est-à-dire le porteur de la loi – et bien qu’il comprenne qu’il existe, dans un Ouest encore sauvage, une différence entre la théorie démocratique et la vie telle qu’elle se pratique, il ne renonce pas à son projet – bien qu’il soit un temps tenté de quitter Shinbone au grand désespoir d’Hallie. Et, c’est sans honte qu’il assume – pour gagner l’argent qui lui permet de se loger – de faire la vaisselle et de porter des plats[17] dans le saloon tenu  par Peter Ericson (John Qualen), sa femme Nora (Jeannette Nolan) et sa fille Hallie. Il est donc l’exact inverse d’un Liberty Valance mais aussi d’un Tom Doniphon et est ainsi très loin de représenter la figure mythique du héros de l’Ouest américain bien qu’il ait tout autant de courage que les deux personnages précités[18]. Mais celui-ci ne s’accompagne pas d’une démonstration de virilité supérieure[19] et, au contraire, il est bien la figure de cet homme nouveau qui apporte le progrès aux confins des Etats-Unis. Ainsi, non content de porter le projet de transformation du territoire de Shinbone en véritable Etat américain, il apprend également à lire et à écrire aux habitants – et en tout premier lieu à Hallie – de la petite ville. Parvenu au pouvoir, il permettra que celle-ci s’intègre définitivement dans la nation en la reliant au reste du pays par le train et en créant écoles et hôpitaux. Ainsi, dans l’ultime séquence du film, Hallie peut dire à Ransom alors qu’ils quittent une nouvelle fois Shinbone : « avant, c’était sauvage ; maintenant, c’est un jardin. Tu n’en es pas fier ? ». On comprend d’ailleurs – tout au long du film – que si elle l’a immédiatement aimée, c’est bien parce qu’il représentait L’Avenir au sens le plus fort du terme. Pourtant, cette réplique d’Hallie n’est pas celle qui conclut L’homme qui tua Liberty Valance. En effet, remerciant de ses attentions un contrôleur de train, Ransom s’entend répondre : « il n’y a rien de trop beau pour l’homme qui a tué Liberty Valance ». Le regard interloqué de Ransom traduit alors son trouble. Sa légende, donc, repose totalement sur un mensonge mais, plus profondément, s’il est bel et bien un héros messianique, il est également désespérément normal. Double nature d’un homme qui a un certain côté dramatique même si la destinée de Ransom Stoddart n’a rien à voir avec la tragédie de Tom Doniphon.

 

Le bon angleLe meurtre de Liberty Valance sous le bon angle : Tom Doniphon, Ransom Stoddart, Liberty Valance et Pompey (Woody Strode)

 

On le voit donc, la trajectoire des deux héros de L’homme qui tua Liberty Valance est bien différente et on peut y voir un perdant et un gagnant – ce qui est lié aux archétypes que chacun des deux incarne. Mais jamais John Ford ne se départit d’une absolue sympathie tant pour Tom Doniphon que pour Ransom Stoddart ce qui – indéniablement – participe du charme du film. En fait, le réalisateur admet absolument – l’expression « la loi et l’ordre » ne cesse d’ailleurs d’être martelée tout au long du film – qu’un Tom doive s’effacer au profit d’un Ransom. Néanmoins perce, de la part du réalisateur, une nostalgie certaine pour ce monde de l’Ouest qu’il montre en train de disparaître et qui l’a tant fait fantasmer. Au-delà de Tom et de Ransom, John Ford aime tous ses personnages secondaires hauts en couleurs avec leurs qualités et leurs défauts. Parfois un peu couards – à l’image du shérif Link Appleyard (Andy Devine) –, bien souvent alcooliques – la palme du genre revenant au journaliste Dutton Peabody (Edmond O’Brien) –, ils sont surtout très pittoresques et diablement sympathiques. Le réalisateur prend même plaisir à mettre en scène ce sublime salaud qu’est Liberty Valance (qui bénéficie de l’interprétation parfaite de Lee Marvin) et compose avec Hallie un superbe personnage de femme. De plus, on sent tout l’amour de John Ford pour ces ambiances classiques du western (notamment dans les nombreuses scènes situées au saloon) et ces situations de duels[20]. Ainsi, le monde de l’Ouest en train de changer inéluctablement ne peut-il que renvoyer à la situation d’un Hollywood en pleine mutation et donc celle personnelle de John Ford – monstre sacré parmi les monstres sacrés de l’âge d’or hollywoodien[21]. Le génie de la mise en scène de l’auteur mais aussi le scénario extrêmement touffu – dû à James Warner Bellah et Willis Goldbeck – permettent de rendre compte de tout cela. La structure en flash-back[22] du film joue ainsi un rôle décisif puisque, dès l’amorce du film, on nous présente l’opposition d’un monde déjà mort – dans lequel les anciens c’est-à-dire Ransom Stoddart, sa femme Hallie, le shérif Link Appleyard et son fidèle serviteur, Pompey (Woody Strode) viennent pleurer un Tom Doniphon complètement oublié – avec le monde nouveau, le film s’ouvrant sur l’arrivée en train du sénateur Stoddart à Shinbone. L’homme qui tua Liberty Valance est donc, dans tous les sens du terme, un film de fin de cycle et sa conclusion parfaitement ambiguë[23] – on ne rétablira pas la mémoire de Tom malgré la volonté de Ransom qui semble souhaiter se débarrasser du poids de son mensonge – à la fois positive et triste montre que, sous l’histoire – qui a désormais définitivement pris la première place –, continue à ne pas mourir la légende de l’Ouest – fut-elle fausse.

 

Trois Photo de tournage de L’homme qui tua Liberty Valance avec trois

légendes du western : James Stewart, John Ford et John Wayne

 

Ran



[1] On se rappelle de cette anecdote qui fit beaucoup pour la légende de John Ford. En plein maccarthysme, alors qu’Hollywood était particulièrement marqué par la chasse aux sorcières, eut lieu une réunion de réalisateurs lors de laquelle Cecil B. DeMille se fit le partisan d’une ligne dure vis-à-vis de ses coreligionnaires soupçonnés de communisme. A la surprise générale, John Ford, pourtant connu comme un homme de droite – il se définissait volontiers comme « un républicain du Maine » – prit la parole et défendit la liberté de travail de ses pairs. Son intervention fut décisive et il la commença en ses termes : « Je m’appelle John Ford, je fais des westerns ». Bien sûr, chacun le connaissait mais c’est dire s’il s’identifiait lui-même à ce genre.

[2] Elle durera plus d’une cinquantaine d’années commençant au milieu des années 1910 et s’achevant en 1966 avec la réalisation de Frontière chinoise.

[3] Il faut d’ailleurs renoncer à les compter avec précision. Comme pour Kenji Mizoguchi, on ne sait pas, en effet, combien John Ford réalisa de films durant sa carrière, beaucoup d’entre eux – tout particulièrement ceux de ses débuts – étant aujourd’hui perdus. Il est toutefois hautement probable que le nombre total dépasse la centaine.

[4] Ce « classement » par importance des westerns de John Ford m’est, bien sûr, strictement personnel ; voir, par ailleurs, mon top 10 des westerns de l’âge d’or hollywoodien.

[5] Il conviendrait peut-être d’ajouter à ceux-ci Henry Fonda, qui compose notamment un extraordinaire Wyatt Earp dans La poursuite infernale.

[6] John Wayne a alors cinquante-quatre ans et James Stewart cinquante-trois.

[7] On voit bien que L’homme qui tua Liberty Valance, loin de remettre en cause les valeurs américaines, exalte celles-ci. Ainsi, s’il annonce l’œuvre future d’un Sam Peckinpah, ce film de John Ford est loin de proposer la même vision de l’histoire américaine que celle de son successeur au panthéon des grands auteurs de westerns.

[8] Il sait notamment être le seul à pouvoir vaincre Liberty Valance dans un duel.

[9] Il disparaît ainsi un temps du film pour assurer un transport de bétail.

[10] On pourrait résumer celles-ci à la loi de l’Ouest qui est donc différente – c’est tout l’enjeu du film – de celle du reste des Etats-Unis.

[11] Ainsi aura-t-il une sorte de crise de nerfs quand, comprenant qu’il a définitivement perdue Hallie, il rentrera dans son ranch et y mettra le feu.

[12] Hallie est donc un enjeu entre les deux héros – ce qui rend un peu plus complexe encore leurs relations – mais celle-ci a, en fait, choisi dès le départ. D’une part, elle aime Ransom et, d’autre part, vivre avec Tom serait s’enfermer.

[13] En ce sens, la trajectoire (neutralité puis engagement) de Tom rappelle un peu celle de certains héros américains des films hollywoodiens produits pendant la Seconde Guerre mondiale. Songeons, par exemple, à Rick Blayne (Humphrey Bogart) dans Casablanca (Michael Curtiz, 1943).

[14] Le titre original du film est Young mister Lincoln.

[15] Il renoncera toutefois à ce projet car son retour à Shinbone l’aura convaincu – ainsi que sa femme Hallie – de revenir s’établir dans l’Ouest et de renoncer à Washington.

[16] Il est toutefois nettement moins naïf dans le film de John Ford que dans celui de Frank Capra.

[17] Même si cette tâche est normalement dévolue aux femmes… ; cela lui vaut les sarcasmes de Liberty Valance qui, à plusieurs reprises, le traite de « laveur de vaisselle ».

[18] Ainsi, dit-il à Tom, qu’il « ne laisse à personne le soin de livrer ses combats ».

[19] John Ford soigne le détail et fait notamment de Ransom Stoddart un personnage qui déteste l’alcool.

[20] L’homme qui tua Liberty Valance est un film qui fonctionne beaucoup autour des couples de personnages (Tom et Ransom ; Tom et Liberty Valance ; Tom et Hallie ; Ransom et Liberty Valance ; Ransom et Hallie) mettant en scène beaucoup de duos/duels (qui, donc, parfois ne sont qu’un leurre…).

[21] Mais lui, contrairement à Tom Doniphon, ne sera pas oublié.

[22] Il y a bien sûr ce célèbre flash-back au sein du flash-back dans lequel John Ford montre différents points de vue concernant le meurtre de Liberty Valance et prouve que c’est Tom, et non Ransom, qui a tué le bandit. L’image montre donc ce que l’on veut qu’elle montre ce qui constitue de la part du réalisateur une superbe réflexion sur le cinéma proche de celle que Michelangelo Antonioni développera, quelques années plus tard, dans Blow Up (1966).

[23] Le film est donc construit sur un flash-back dans lequel Ransom Stoddart révèle (pour la première fois ?) la vérité concernant le meurtre de Liberty Valance. Mais le directeur du Shinbone Star (Carleton Young) refuse d’imprimer cette vérité avec comme argument : « Nous sommes dans l’ouest ici. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ». Cette citation est devenue extrêmement célèbre.

Partager cet article

Commenter cet article

htrfbgc 31/10/2015 18:12

faites des paragraphes! ça ne me donne pas envie de lire quand c'est un bloc comme ça

Charlène 24/03/2015 20:53

C'est un super article d'analyse de ce beau film. Sincèrement, je suis épatée! ;)

Ran 10/11/2010 14:02



Je fais des recherches...


Le train est présent dans L'Homme qui n'a pas d'étoile de King Vidor (1955) et l'intrigue est très liée à la clôture des open range (j'ai vu le film, je m'en souviens assez bien
mais pas des passages avec le train). C'est peut-être ça ?



Ran 10/11/2010 12:25



Pour le train, je ne sais pas mais je connais un spécialiste du cinéma et des trains qui pourra peut-être nous aider... En tout cas, je te le répête, cela revient souvent dans les westerns.


Concernant la politique amércaine, c'est effectivement très compliqué (ainsi, pendant très longtemps, le "ticket" démocrate à la préidentielle était toujours composé d'un nordiste et d'un sudiste
- c'est le cas de Kennedy/Johnson en 1960) et la vision des émigrés (comme Lang), tombés dans le chaudron hollywoodien (dans lequel les idées libérales, voire communistes, sont très développées
d'où l'importance du maccarthysme), est très différente de celles des Américains. Pour le spectateur, mais cela vaut aussi pour tous ceux qui s'intéressent à la politique américaine, il y a une
nécessité à ne pas plaquer trop vite des concepts européens (droite/gauche par exemple) sur les clivages complexes des Américains. Les débats sur les films de Ford ou d'Eastwood sont souvent
marqués par cette incompréhension. Bon, sinon on peut quand même dire qu'Obama est plus à gauche que le mouvement des Tea Parties.



nolan 10/11/2010 10:19



Oui je retrouve dans tes com quelques-uns de tes développements sur le site d'Orlof. Mais ta précision sur les républicains et les démocrates selon qu'on soit au Sud ou au Nord est très
intéressante.
Pour les trains, alors ce ne serait pas Ford. Je me rappelle d'un film en couleur, d'un propriétaire d'open range qui doit céder du terrain pour laisser passer le train. Bref...
Concernant The Dark Knight, la référence à
Liberty Valance est évidente. Cependant, le mensonge du film de Ford a une conséquence positive et importante sur l'évolution de la communauté alors que celui du film de Nolan intervient
pour éviter l'échec cuisant. Il renvoie d'ailleurs à l'actualité politique américaine (les armes de destruction massive en Irak). D'ailleurs, le sacrifice de Doniphon a une vraie dimension
tragique, celui de Batman laisse un goût amer car on n'a l'impression qu'il paie sa soif de pouvoir et de contrôle. Mais sur cet aspect, tu penses que Nolan a échoué. Et puis bien sûr Harvey Dent  en tant qu'homme nouveau fait un peu peur (mais sur ce point,
comme je l'ai écrit, j'aurais préféré qu’il représente vraiment l’espoir détruit par le combat Batman/Joker plutôt qu’un procureur aryen sûr de lui et sans relief). Voilà mais bon, entre
Valance et Dark Knight, y a pas photo, j'en conviens.

Et pour la vision Langienne, elle est effectivement plus amère (j'ai lu ton texte sur l'Ange des Maudits et nos lecteurs pourront en profiter vendredi 12 novembre) et c'est net dans
l'excellent Règlement de comptes.



.obbar-follow-overlay {display: none;}