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L'Oiseau : pour ou contre Mizoguchi ?

14 Février 2012 , Rédigé par nolan Publié dans #Réflexions pointues sur films obtus

L'oiseau est un film court mais qui provoque un grand sentiment d'ennui. L'auteur compte avant tout sur son interprète principal pour faire le boulot. Entre deux soupirs, une question nous taraude : c'est quoi cette citation de Kenji Mizoguchi ?

 

Réflexions pointues sur films obtus

 

Nous aurions vraiment préféré que L'Oiseau s'appelle Le Chien, Le Chat ou n'importe quel animal un peu mignon pour avoir de quoi se distraire durant ce grand moment d'ennui que constitue le long-métrage. Oui parce que voilà, c'est terrible : Anne (Sandrine Kimberlain) n'a pas de vie, ne parle pas beaucoup, n'arrive pas à dormir, elle est seule et épluche des carottes, parfois des pommes de terre. Soudain, un oiseau, enfin un pigeon pas trop gris mais quand même c'est un pigeon, donc c'est moche, fait irruption dans son appartement. Il n'est pas bien le pauvre, il était coincé dans un tuyau d'aération et Anne l'a libéré. Elle s'occupe de lui et grâce à cet oiseau, elle va pouvoir faire son deuil – car c'est une histoire de deuil. Mais c'est quand même très loin de La Chambre du fils (Nanni Moretti, 2001). En plus, le pigeon est plus ou moins le symbole du phénix qui renaît de ses cendres. Un pigeon… Bref, passons.

 

l-oiseau1.jpg

''Rourrrou... rourrrou..."

 

Ce n'est pas très gentil de se moquer des acteurs, surtout s'ils ne sont pas connus et encore vivants. Mais Clément Sibony, qui interprète un collègue de boulot d'Anne, offre une prestation de sous-jeu absolument sidérante. Censé nous faire un peu rire, il est catastrophique en séducteur un peu décalé. Surtout face à Sandrine Kimberlain. Certes l'actrice a eu, comme qui dirait, un grand trou d'air en 2011 (Beur sur la Ville de Djamel Bensallah, Les Femmes du 6e étage de Philippe Le Guay ou Polisse de Maïwenn Le Besco – une série de films que je n'ai pas vus par conviction et par respect pour le cinéma[1]) mais n'en reste pas moins une excellente professionnelle.

Alors bon voilà, ce n’est pas gentil mais le film est un véritable monument d'ennui. C'est incroyable parce que ce sentiment se diffuse au bout de quelques minutes et ce bien avant que nous nous apercevions que tout cela va tourner à vide et que la métaphore de l'oiseau va faire un piqué (pardon). Attention, ne vous attendez pas à quelques plans contemplatifs ou élaborés : il y en bien un au début (pas mal), un vers la fin (mais je n'en ai pas de souvenir précis), le reste du temps, tout est concentré sur la performance de Kimberlain. Pire, l'auteur donne le bâton pour se faire battre en citant explicitement Kenji Mizoguchi. De deux choses l'une, soit il veut dissuader les spectateurs qui ne connaissent pas le cinéaste japonais de découvrir ces films avec le mécanisme suivant : je cite Mizoguchi donc vous, spectateurs, allez vous dire que je m'en suis inspiré. Je vous fais un truc bien chiant des familles avec la mort d'un gosse comme fondement, vous n'aurez pas envie d'en voir plus et vous penserez que Mizoguchi, c'est pareil. Soit l'auteur cite Mizoguchi parce qu'il adore ce type et il voudrait placer son œuvre dans le sillage du réalisateur. Aussi montre-t-il Sandrine Kimberlain, qui travaille dans une cuisine industrielle, pleurer au cinéma devant un vieux film du maître. Fusion de la culture populaire (la bouffe de merde si j'ai bien compris) et élitaire (les films chiants si j'ai bien compris) ?[2] Il semble évident que jamais quelqu'un n’aurait osé opter pour cette seconde option de peur de passer pour un gros maladroit. Donc Yves Maucon ne veut pas que nous découvrions Mizoguchi. Ça tombe bien, il doit bien y avoir un film de baston avec Jason Statham qui traîne quelque part…

 

Loiseau2.jpg

''Rourrrou... rourrrou... Et si j'allais au cinoche voir un Mizoguchi ?"

 

nolan

 

L'Oiseau (Yves Caumon, 2010)

 

NOTA : pour les Parigots au MK2 Quai de Loire et jusqu'au 6 mars : 

 

Cycle matinées : "KENJI MIZOGUCHI" :

Au programme :
La Rue de la honte (1956)
Les Amants crucifiés (1954)
Le Héros sacrilège (1955)
L'Intendant Sansho (1954)
Miss Oyu (1951)
L'Impératrice Yang Kwei Fei (1955)
Les Contes de la Lune vague après la pluie (1953)

 


[1] Respect relatif, car j'ai encore sali mes yeux avec une catastrophe britannique il y a peu de temps (Blitz de Elliot Lester) alors que tout portait à croire qu'il s'agissait d'un film qui prône la justice individuelle et les policiers violents pour faire provocateur : et bien c'est le cas !

[2] Développée ici mais différemment par Antoine.

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Benjamin 06/06/2012 14:48


Un pigeon ? Au moins une tourterelle, non ?


Le même ennui que toi et même un beau somme sur le dernier quart d'heure...

nolan 06/06/2012 14:55



Ah ouais t'as p'têt raison, j'y connais rien en piaf.


Ah t'as pioncé à la fin ?! Trop de la chance... Je peux te raconter si tu veux : le pigeon meurt.



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