Quelques bons et assez vifs moments, convenons-en. Mais, au final, un biopic qui s'avère bien trop complaisant, par son vide, sur Margaret Thatcher. La réalisatrice Phyllida Lloyd rate, dans les grandes largeurs, son film.
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Margaret Thatcher
(Meryl Streep)
Il faut reconnaître que cette Dame de fer sait, après une première moitié incroyablement empesée, gagner en dynamisme. Certains des épisodes – sa transformation physique, ses choix durant la guerre des Malouines, sa chute – de la vie de Margaret Thatcher (Meryl Streep) sont recréés avec un sens certain du rythme. Mais dynamisme n’est pas dynamique et c’est bien ce qui, cruellement, fait défaut à l’œuvre de Phyllida Lloyd. Dresser le portait d’une femme de pouvoir si importante, Premier ministre de 1979 à 1990, à la fois fascinante et haïssable impliquait que, de façon sous-jacente, soit réalisé celui de la société britannique des années 1970 et 1980. Celle-là même que Thatcher, avec un intriguant mais talentueux mélange de volontarisme énergique et de certitudes idéologiques, a façonnée et braquée, relevée et brisée. Or, cette foule que l’héroïne coupe régulièrement dans ses voitures officielles se réduit à une ombre, semble ne pas avoir sa place dans le film. Peut-être est-ce, en creux, une critique du thatchérisme. On penchera cependant pour un oubli coupable qui donne l’impression d’assister à une curieuse hagiographie de l’ancienne pensionnaire du 10 Downing Street. Ce qu’on pourrait, à l’extrême rigueur[1], supporter si elle s’assumait résolument comme telle. Or, éloignant Thatcher de Friedrich Hayek ou de Milton Friedman, le film se contente de placer dans la bouche de l’égérie conservatrice de pauvres maximes héritées de son enfance. Aussi ne comprend-t-on guère ce que furent les idées directrices de l’un des dirigeants les plus doctrinaires de la seconde moitié du XXe siècle. On est, par contre, au moyen d’une structure en flashback dépourvue de la moindre originalité, sommés de compatir devant la déchéance de la grande femme qui, au soir de sa vie et frappée d’Alzheimer, voit partout le fantôme de son défunt mari (Jim Broadbent), et contraints d’admirer de pauvres chromos narrant l’ascension de cette fille d’épicier au sein d’un monde d’hommes biens nés. On remarque aussi, comme quelques grains de sable négligemment déposés en chemin, la froide détermination et la réelle ambition (mais ne serait-ce pas, en fin de compte, une immense abnégation mise au service de son pays ?) de Margaret Thatcher. A vrai dire, ce spectacle est sans grand intérêt. Pas seulement au vu du sujet traité. En fait, à regarder La Dame de fer, il semble évident qu’il ne faut surtout pas confondre solitude du pouvoir et vide cinématographique…
Denis (Jim
Broadbent) et Margaret Thatcher
Antoine Rensonnet
Note d’Antoine Rensonnet : 1
La Dame de fer (Phyllida Lloyd, 2011)
[1] Le libéralisme, tant qu’il reste intellectuel, est éminemment souhaitable et un exposé fin d’opinions non partagées peut retenir notre attention – voire susciter notre intérêt.
« Je suis de mon cœur le vampire,
– Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire ! »
Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)
Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.
Ces textes et notes lui sont dédiés.
Antoine Rensonnet (Ran)
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Et pour savoir ce que pensent 21 blogs cinéphiles :
PANOPTIQUE (admin : Jean-Luc Lacuve)
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