La Piel que habito par nolan

9 Septembre 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Après son formidable mais mal aimé Etreintes brisées, Pedro Almodovar adapte le roman Mygale à l'écran. Mais c'est surtout Vertigo qui ne manque de se rappeler à notre souvenir durant l'admirable dernier opus du réalisateur espagnol.

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La-piel-1.jpgAntonio Banderas et Eleya Alaya

 

Après son formidable mais mal aimé Etreintes brisées (2008), film-somme du cinéaste et déclaration d'amour au cinéma, Pedro Almodovar se lance dans l'adaptation du roman Mygale de Thierry Jonquet (1999). Si nous ne l’avons pas lu, nous avons vu Vertigo (Alfred Hitchcock, 1958). Le film du réalisateur britannique ne constitue pas la seule référence cinématographique de cet admirable opus du réalisateur espagnol. Pourtant, et sans doute parce que la passion nécrophile de James Stewart a déjà fait l'objet d'une analyse sur De son cœur, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu'Almodovar, plutôt que de sombrer dans l'hommage un peu lourd, dialogue avec le chef-d'œuvre du réalisateur britannique.  Aussi la citation d'Eluard au début de texte d'Antoine pourrait tout à fait s'appliquer pour ce film mais le chantre de la Movida choisit une direction différente comme un pied de nez insolent au génie – mais fait montre d’une perversité tout aussi développée. Evidemment, et cela participe de sa réussite, la Piel que habito est une œuvre à part entière, foisonnante et savoureuse – quelle que soit la culture cinéphilique du spectateur.

Il n'est pas nécessaire, et peu conseillé, d'en dévoiler l'intrigue pour écrire tout le bien que l'on pense de la réalisation dont la maîtrise époustouflante n'a pas semblé toucher le jury cannois présidé par Robert De Niro[1].

Aussi, dans cette histoire de savant fou rancunier, Robert (Antonio Banderas, parfaitement impénétrable), qui pratique la chirurgie plastique sans souci de règles bioéthiques, le réalisme n'existe pas et, ce qui fait parti des très rares défauts du film, la vraisemblance n'est pas toujours de mise notamment par le comportement de la gouvernante Marília (Marisa Paredes). Ainsi s'épanche-t-elle soudain auprès de la mystérieuse et recluse Vera (Eleya Alaya, qui – pour poursuivre la comparaison avec Vertigo – fait immanquablement songer à Pénelope Cruz, souvent muse d’Almodovar) alors qu’elle s’en méfie en permanence. Le comportement de Marília est d’ailleurs souvent étrange notamment lorsqu’elle ouvre les portes de la maison-clinique du chirurgien à son fils Zeca (Roberto Alamo) dont elle sait pourtant la dangerosité. Peut-être cherche-t-elle alors à se greffer dans le cours de l'histoire.

 

La-Piel-2.jpgRoberto Alamo et Marisa Paredes :

humour et couleurs chaudes - mais pas pour longtemps

 

Cela tranche avec la précision (chirurgicale) du cadre, de cette réalisation sèche, réduisant la profondeur pour reproduire les collages auxquels s'adonnent les personnages (Vera dans ses œuvres d'art et Robert dans ses opérations), collage de la musique, omniprésente, alternant les violons typiquement hollywoodiens (musique originale d’Alberto Iglesias), la chanson latine (Concha Buika) et l'électro venu du froid (Trentemoller)[2]. L'aspect distant voire austère qui se dégage de la réalisation et son extrême maîtrise fait penser au cinéma de Stanley Kubrick[3] (et le découpage en deux parties très distinctes renforce ce sentiment). La convocation qu'Almodovar fait d’autres arts (la peinture et l'art plus contemporain de Louise Bourgeois) s'intègre ici avec bonheur et n'apparaît jamais comme une coquetterie d'érudit. Bref, nous pourrions nous étendre longtemps sur l’excellence du travail du cinéaste espagnol. Reconnaissons qu'une seconde vision nous offrirait sans doute la découverte de nouveaux trésors, d'apprécier plus justement les subtilités d'un film qui ne joue pas sur le non-dit mais sur le trop dit (« J'ai menti » répond soudain Vera dans ce film où la parole des personnages ne vaut pas grand-chose). Que les fans se rassurent, La Piel que habito est un film almodovarien et rappelle quelques précédents (la « comatophilie » de Parle avec Elle en 2002 ou le transgenre de la Mauvaise Education en 2006 pour parler des plus récents). Par contre nous remarquerons que le réalisateur ne laisse que très peu de place à l'humour (le grotesque de Zeca nous fait rapidement passer du rire à l'angoisse), et pas du tout aux couleurs chatoyantes.

Quoiqu'il en soit il s'agit d'une œuvre importante dans la filmographie de l'Espagnol mais qui ne semble pas séduire le public français pourtant amateur de ses films. C'est bien dommage...

 

nolan

 

Note de nolan : 4

 

La Piel que habito (Pedro Almodovar, 2011)

La critique d'Antoine

[1] Nous n'avons pas encore vu Drive (Nicolas W Refn, 2011) qui a reçu le prix de la mise en scène mais avec tous les arrangements que le jury s'autorise afin de pouvoir décerner un maximum de prix dans un minimum de catégories, peut-être un ex æquo aurait-il été bienvenu (et pas forcément dans cette catégorie)

[2] Collage pour tout d'ailleurs comme l'écrit Edouard . On remarquera que le film, qu'il ait été apprécié ou non, a inspiré les formidables blogs que vous avez en lien sur la droite de celui-ci. Les notes se multiplient à mesure que j'écris ses lignes. Heureusement que je ne cherche pas à être original !

[3] Voir la fin de ma note de bas de page précédente : ça par contre, je crois être le seul à l'avoir écrit.

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Antoine 09/09/2011



1) Ce con de blog a oublié toutes mes coordonnées. Il faut que je retape tout à chaque fois, ça m'énerve.


2) Kubrick, bien sûr. Avec, en permanence, la froideur des images ce qui n'exclue pas d'ailleurs des couleurs chaudes (le sang, par exemple) mais fait qu'on ne les perçoit pas toujours. Et puis,
citation explicite d'Orange mécanique avec le viol de Vera. Zeca (déguisé) tient Vera exactement dans la même position que Dim tient Miss Alexander puis commence par découper son
juste-au-corps au niveau des seins.


3) Cannes... De toute façon, la palme, c'était pour Malick. Et comme, depuis une dizaine d'années, Pedro fait la gueule quand on lui donne un prix autre que la palme, cela explique peut-être
qu'il soit "l'oublié" (comme on dit) du palmarès. Ce qui n'était pas une raison pour saccager la sortie du film en France (comme beaucoup d'autres d'ailleurs ; pourquoi tant de sorties de films
potentiellement intéressants fin août quand généralement, tout cela arrive plutôt à la mi-octobre - ce qui personnellement m'aurait arrangé mais, comme d'habitude, personne ne m'a demandé mon
avis ; je ne cesse de m'en étonner...).



nolan 09/09/2011



1/ Ah la touche "se souvenir de moi" a disparu.


2/Oui j'avaisoublié la citation (alors qu'en salle, je m'étais fait la réflexion lorsque Vera est sur l'épaule de Zeca), ce qui est paradoxal parce que j'ai retenu une impression moins explicite
(la réalisation en général).


3/Pour le mois d'Aout, cela s'explique par le changement des habitudes des spectateurs français, enfin surtout celles des distributeurs qui se sont rendus qu'un film qui sortait en été pouvait
marcher, à l'instar des Etats-Unis. Mais bon, ce n'est pas encore parfait parce que cette année, il n'y pas eu grand chose en Juillet et toutes les sorties (notamment cannoises) se sont
embouteillées sur le mois d'Août. Qui plus est, la campagne de promotion du Almodovar était vraiment bâclée alors qu'à mon sens le pitch hitchcockien et la renommée du réalisateur étaient deux
arguments de vente suffisant pour s'investir un peu plus.



nolan 09/09/2011



Et puis des Palmes d'or ex aequo, ça existe ! Mais pas sûr qu'il aurait pas un peu boudé quand même, le Almo.



Antoine 09/09/2011



Oui, et entre Malick pas là et Almodovar en train de tirer la gueule, ça aurait été chouette la cérémonie !


Je ne sais pas, je trouve ça bizarre, ces sorties du mois d'août d'autant qu'après tout vient converger vers la rentrée (et qui c'est qui vient remplir les salles pour ces films ? Les professeurs
- qui, là, n'ont pas le temps). En fait (bon il est vrai que je ne vais plus trop au cinéma) mais le rythme habituel - une première série cannoise en mai, des blockbusters à la con en été, une
seconde série cannoise en automne - me semblait assez adapté.



Benja 09/09/2011



Mes chers "champignons"... euh "compagnons", quel dommage que cette peau n'ait pas séduit le jury pour décrocher une récompense. Malick et Lars von Trier ok (pas vu Melancholia, mais très
prometteur), alors pourquoi pas Almodovar.


 


De mon côté, La piel est un cran en-deçà des Etreintes (mal aimé ? j'avais pas l'impression ; sauf par le jury cannois...). Mais captivant ça oui. Bien vu pour Kubrick et la scène de viol.
J'aurai besoin de me rafraichir la mémoire avec une orange...



nolan 10/09/2011



Je compte l'accueil à Cannes, la critique espagnole qui ne l'a pas loupé et la réception publique était très moyenne (Cruz + le gros succès de Volver mais "seulement" 800 000 entrées). On lui a
reproché de se répéter, de tourner en rond. Et puis surtout il est considéré comme inférieur à Parle avec Elle alors que je pense le contraire. C'est sans doute aussi pour cela que je le
considère mal-aimé : on l'aime mais pas comme il faut !



Benja 10/09/2011



Oui j'avais pas idée des chiffres.


Parle avec elle aussi, il faut que je le revois, tout le monde l'encense et moi je crois être passé à côté car il ne m'a pas subjugué comme Los abrazos rotos.



Antoine 10/09/2011



Une question me taraude : ai-je vu Parle avec elle ? En fait, je ne crois pas mais peut-être est-ce le signe que je souffre de la même maladie (dont j'ai oublié le nom) que Jacques
Chirac... Tant mieux, même si je ne crois pas avoir de procès prévu.



Lalalère 19/07/2012


Almodovar c'est solaire, c'est bon.


Mais n'ayant pas vu ce denier opus, j'attendrai donc de me faire ma propre opinion.


La Mauvaise Education, en voilà un film mal aimé, on s'demande bien pourquoi. Les Gael et Fele sont pourtant dans le ton (et dans l'esthétique ...).


Almodovar n'est pas QU'UN réal de femmes fichtre ! 

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