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Le Discours d’un roi

28 Février 2011 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Le Discours d’un roi, film programmé pour les oscars et néant cinématographique quasi-absolu. Ce naufrage consensuel autant qu’attendu, qui nous offre une relecture toute rose de l’histoire britannique, permet toutefois de rappeler qu’Hitler était malheureusement un grand orateur et que la musique de Beethoven est sublime.

 

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Georges VI (Colin Firth)

 

Le Discours d’un roi est un film diablement iconoclaste, jugez plutôt : on y voit un roturier, orthophoniste autodidacte, Lionel Logue (Geoffrey Rush), s’asseoir sur le trône royal alors que sa majesté Georges VI (Colin Firth) n’hésite pas, pour vaincre ses difficultés de diction, à prononcer des tonnes de grossièretés notamment des ‘‘Fuck’’ bien sonores. Et, en plus, les deux finiront amis pour la vie (s’appelant, faisant fi de tous les usages, Lionel et Bertie)… Arrêtons là ; on a, en effet, rarement vu une œuvre aussi respectueuse des conventions sociales et si soucieuse de préserver l’histoire dorée de la Grande-Bretagne que ce film signé Tom Hooper. On le sait Edouard VIII (ici incarné par Guy Pearce) a été obligé de quitter le trône non parce qu’il briguait la main de Wallis Simpson (Eve Best), Américaine deux fois divorcée aux mœurs légères mais parce que celui-ci et celle-là étaient soupçonnés de sympathies pronazies. Quant au roitelet qui lui succéda, son frère Georges VI donc, il ne devait jouer qu’un rôle parfaitement symbolique durant la Seconde Guerre mondiale. Mais, il n’est point question d’évoquer ici ces points qui pourraient effaroucher les âmes (vraiment très) sensibles et c’est donc un monde politique (ah, la dignité de Stanley Baldwin – Anthony Andrews – qui démissionne de son poste de Premier ministre parce qu’il estime avoir failli ; oh, la charismatique figure de Winston Churchill – Timothy Spall – qui se dessine en creux) et royal (qu’il est touchant, ce pur amour d’Elizabeth – Helena Bonham Carter – pour son roi de mari) tout rose qui nous est ici présenté.

 

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Lionel Logue (Geoffrey Rush)

 

Cela ne serait rien si le film réussissait à faire quelque chose des deux enjeux majeurs – notamment de cinéma – qu’il se propose  de traiter : la nécessité des personnages publics de devenir des acteurs et la puissance de la parole. Une attendue mais pertinente mise en abyme serait possible et souhaitable. Mais, on aura beau bien creusé, rien n’en sera tiré au-delà de leur simple évocation. Il faudra donc se contenter du cabotinage, à la limite du supportable, de Geoffrey Rush et de la performance d’acteur – qui n’impressionne guère – de Colin Firth dans un rôle « difficile ». Peut-être seront-ils récompensés par l’académie des Oscars mais c’est peu de dire, à deux ou trois répliques près qui arrachent un sourire, que ne nous n’avons guère été convaincus par leur duo… Pas plus que la mise en scène de Tom Hooper, sans invention aucune, même s’il réussit parfois bien à montrer l’immensité de certaines pièces. N’y aurait-il donc rien à retirer de ce Discours d’un roi ? Si, trois choses qui en soulignent la dramatique faiblesse. Tout d’abord, le meilleur moment de cinéma – et celui dans lequel s’exprime le mieux le pouvoir de la parole – est incontestablement un extrait d’images d’archives d’un Congrès du parti nazi dans lequel s’exprimait Adolf Hitler. Oui, les Allemand avaient alors d’excellents techniciens (héritage de leur sublime cinéma des années 1920) et leur dictateur belliciste et raciste était un orateur aussi excellent qu’effrayant. Ensuite, le grand moment d’émotion que devait constituer le fameux discours – celui lors duquel Georges VI annonce l’entrée en guerre de son pays – qui donne son titre au film est recouvert par une musique. Choix très étonnant de mise en scène puisqu’il s’agissait là de nous faire sentir toute la puissance des mots. On ne le regrettera nullement car il permet d’écouter le sublime allegretto de la Septième Symphonie de Ludwig van Beethoven… et d’oublier quelques instants le pensum auquel on assiste. Enfin, ce discours qui annonce le plus grand conflit mondial de l’histoire de l’humanité est un pur happy end puisque le héros n’est plus bègue. Alors, là, oui, peut-être, Le Discours d’un roi se montre-t-il subversif. Mais on craint que ce soit totalement involontaire. Bref, une catastrophe…

 

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George VI et Lionel Logue

 

Ran

 

Note de Ran : 0

 

Le Discours d’un roi (Tom Hooper, 2010)

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dasola 04/03/2014 10:01

Bonjour Ran, c'est vrai que la musique de Beethoven est sublime (ce n'est pas un scoop). A part ça, je n'ai pas revu le film depuis sa sortie. Une fois ça va. Mais, Colin Firth est bien et l'histoire est émouvante. En revanche, je conseille aussi le Jarmusch. Bonne journée.

nolan 01/04/2014 10:23

Oui le Jarmush est envoûtant, je suis d'accord.

Ran 01/03/2011 00:01



Les films historiques, il y en a d'extraordinaires (ne serait-ce que Barry Lyndon) mais Le Discours d'un roi, on peut totalement s'en passer - y compris sur le canapé de son
salon...



Benny 28/02/2011 23:23


La premier contact que j'ai eu avec ce film fut une affiche collé sur un bus de la ratp alors que j'attendais patiemment que le feu passe au vert. Durant ces 20 secondes, je retiens une affiche
jaune, un micro, le titre bien sûr et quelques commentaires de certains journaux du genre c'est génial ! Je me dis alors ce doit être un film sur un type qui fait de la radio genre good morning
Vietnam... j'arrive au boulot, je vais sur allociné, je regarde la bande-annonce et merde... encore un film historique (arghhh...j'aime pas ça). En conclusion, étant d'une paresse incroyable, je
vais attendre de le voir sur la télé de mon salon par curiosité... Pas de note donc.


Ran 28/02/2011 11:44



Tu m'étonnes. Je constate surtout que l'Académie des Oscars est au choix :


1) constituée de parfaits incompétents.


2) dominée par des intérêts politiques.


3) composée d'alcooliques qui avaient nettement plus bu que moi le jour où ils ont vu Le Discours d'un roi.


4) deux ou trois des réponses précédentes.


Dans tous les cas de figure, je préfère ne pas en faire partie et ne pas être amené à cautionner des choix pareils.


On peut penser ce qu'on veut de tous les films que tu cites et avoir des avis divergents sur leurs mérites respectifs (personnellement, j'aurais récompensé True Grit même si j'estime
qu'il ne s'agit pas du meilleur Coen) mais il s'agit de cinéma ce que n'est absolument pas le film dont il est ici question. Enfin, c'était écrit d'avance et, dans quelques mois, tout le monde
aura oublié Le Discours d'un roi et Tom Hooper alors que, à des degrés divers, les frères Coen, Finscher, Aronofsky,... resteront des réalisateurs respectés dont on attendra le prochain
opus.



nolan 28/02/2011 09:41



P..P...P...Putain !


Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur acteur. Ran, si je regarde nos notes attribuées aux autres films nommés dans la catégorie meilleurs films (soit ceux que nous
avons vu : Black Swan, True Grit, Inception, Toy Story 3, The Social Network ), nous n'avons aucune chance de faire partie un jour de l'Académie des Oscar (bon ok le fait que
nous soyons de parfaits inconnus et que nous ne travaillions pas dans le monde du cinéma ne nous aident pas non plus).


En te lisant, je constate que cette fois la bande annonce n'était pas mensongère !



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