Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 09:00

Une belle histoire de rencontre, lente et maîtrisée, où l’émotion ne manque pas d’affleurer. Un peu trop, peut-être ? En tout cas, Les Acacias ne nous séduit pas complètement. Pablo Giorgelli fait bien mais peut sans doute mieux.

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LA 1Rubén (German Da Silva), Anahi (Nayra Calle Manami)

et Jacinta (Hebe Duarte)


Il ne se passe pratiquement rien dans Les Acacias. Le film de Pablo Giorgelli, assez austère et dépouillé à l’extrême, s’affiche (la musique en moins) jarmuschien puisqu’il ne fait qu’étirer le moment d’une rencontre. Celle, pas complètement improbable, entre le camionneur Rubén (German Da Silva) et Jacinta (Hebe Duarte) accompagné de sa fille Anahi (Nayra Calle Manami). Visage buriné, l’homme est un taiseux et cache une vie qu’on imagine aisément dure, un peu ratée, voire nettement brisée (mais qui pourrait – pourquoi pas ? – redémarrer). Il est chargé de conduire, en même temps que sa cargaison d’acacias, la femme et l’enfant de la frontière paraguayenne jusqu’à Buenos Aires. Du bébé, il ne voulait pas, il tombera pourtant sous son charme avant de céder à celui de la mère. Plus exactement, Les Acaciaspropose de scruter un homme qui regarde et se laisse progressivement gagner par ses émotions puis une vraie tendresse. L’œuvre, relativement contemplative, ne fonctionne que si l’on éprouve à l’égard de Rubén les mêmes sentiments que ceux qu’il développe pour ses deux passagers – ce en suivant son rythme. L’indifférence initiale s’efface au profit d’une réelle harmonie. Elle se marque dans la volonté de Rubén de garder Anahi puis dans une image où les trois héros sont provisoirement rejoints par un chien ; une belle composition pastorale est ainsi créée. Mais Buenos Aires approche et, avec la capitale argentine, les inévitables adieux. Aussi une relative tension se fait-elle jour. Le film est découpé autour de ces trois temps attendus. De ce point de vue, il est sans surprise mais, en s’attachant à de nombreux détails (les cigarettes, le maté, l’eau,…) et en sculptant quelques plans réussis, qui, solaires ou confinés dans l’habitacle du camion, travaillent l’opposition entre nature (le chant des oiseaux) et machine (le vrombissement des moteurs), le réalisateur parvient souvent à accrocher l’instant et l’ensemble s’avère apaisant. Mais ce beau voyage, un brin longuet, laisse néanmoins une impression mitigée. Peut-être sommes-nous déçus qu’aucun élément périphérique ne vienne jamais ou presque perturber l’histoire, plus probablement regrettons-nous que Les Acacias joue par trop de la seule corde de la sensibilité. Bannir la sensation et la réflexion et ne s’en remettre qu’à l’émotion est un choix. Il est beaucoup moins risqué, si l’on considère le public visé qui n’est pas celui des grosses machines hollywoodiennes, qu’il n’y paraît de prime abord. Avec ce premier film (récompensé d’une Caméra d’Or au dernier festival de Cannes) un peu trop parfaitement calibré, Pablo Giorgelli se sera fait remarquer. C’est une bonne nouvelle car il dispose d’un réel talent, à la fois d’observation et plastique. Lui reste à faire montre d’un peu plus d’ambition. Désormais arrivé à bon port, il ne pourra éternellement tourner à vide.

 

LA 2Jacinta, un (beau) chien et Rubén

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 2

 

Les Acacias (Pablo Giorgelli, 2011)

Par Antoine Rensonnet - Publié dans : Critiques de films récents
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«  Je suis de mon cœur le vampire,

– Un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

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Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)

Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.

Ces textes et notes lui sont dédiés.

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