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Les Amants Passagers

13 Avril 2013 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Retournant à ses premières amours, Pedro Almodovar signe une comédie bouffonne et loufoque. Chouette ? Pas tant que ça puisque ces Amants passagers apparaissent dépourvus de souffle, le réalisateur faisant montre d’une coupable passivité.

 

 

LAM 1

Les trois stewards : Fajardo (Carlos Aceres), Ulloa (Raul Arévalo)

et Joserra (Javier Camara)

 

Qu’un réalisateur chevronné signe une bonne grosse farce a, a priori, de quoi séduire. Notamment lorsqu’il s’agit de Pedro Almodovar qui, d’une part, a un passé, certes ancien, dans la pure comédie et, d’autre part, menaçait de s’abimer dans la certitude de sa propre grandeur(1). Pourtant la fantaisie des Amants passagers tombe trop vite à plat. La faute non au manque d’humour ou à l’outrance mais à une mise en scène incroyablement lâche. Un découpage et un montage très mous (ce qui, dans le cadre d’un huis-clos aérien, bizarrement rompu en son milieu, est particulièrement dommageable) plombent l’ensemble. La séquence, qui se voudrait feu d’artifice, de la chanson interprétée par les trois stewards homosexuels (Carlos Aceres, Raul Arévalo, Javier Camara) est ainsi cruellement dépourvue de rythme. Il ne suffit pas de construire une situation absurde (sept passagers – aux problèmes variés mais lourds – et le personnel de bord embarqués dans un avion fou privé d’un de ses trains d’atterrissage), de l’étirer au maximum et de l’inonder de gags tournant autour de la drogue, de l’alcool et d’une sexualité débridée pour créer un film. Sauf à, au moyen de la réalisation, ramasser, densifier et rendre explosif le matériau pour ne pas se remettre entièrement entre ses mains. Ce serait un très lourd travail qui exigerait un grand talent. Nul ne peut douter qu’Almodovar le possède mais, au vu de la modestie de son projet et des faibles louanges qu’il s’attirerait quelle que soit sa façon de le traiter, il y renonce complètement. Son geste désinvolte rappelle celui de Lars von Trier dans Le Direktor (2006). Il est aussi éloigné que possible, en revanche, de l’ardeur toujours renouvelée d’un Woody Allen qui soigne à l’extrême, par exemple avec le récent To Rome with Love (2012), ses délires minuscules. Dommage. Mais il est vrai que la comédie est un art bien difficile. Et souvent ingrat…

 

LAM 2

Le tueur à gages Infante (José Maria Yaspik)

et la dominatrice Norma Boss (Cecilia Roth)

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 1

 

Les Amants passagers (Pedro Almodovar, 2013)

 

 


(1) Son prénom, abandonné depuis des années au profit d’un nom seul à valeur de concept, fait ici retour.

 

 

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