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Les Amours imaginaires

8 Octobre 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films récents

Les Amours imaginaires ou comment un film qui aurait pu être une agréable et légère comédie sentimentale se retrouve plombé par sa trop grande ambition, un trop grand mélange des styles et… un acteur qui ressemble au fils du président.

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Les-Amours-imaginaires.jpgFrancis (Xavier Dolan), Nicolas (Niels Schneider) et Marie (Monia Chokri)


C’est l’histoire de Marie (Monia Chokri) et de Francis (Xavier Dolan), deux amis d’une vingtaine d’années qui s’éprennent du même garçon, Nicolas (Niels Schneider). Celui-ci n’aime ni l’un, ni l’autre ; peut-être même se moque-t-il d’eux. On ne le saura pas car jamais l’on a accès à son point de vue. Ces Amours imaginaires, annoncés par le titre, se veulent donc une nouvelle variation sur le jeu amoureux. On ne s’en plaindra tant le sujet est – et restera – inépuisable. Mais force est de constater que, cette fois-ci, cela ne fonctionne guère. Certes, ce serait mentir ou être de mauvaise foi que d’oublier de mentionner que l’on rit assez souvent, que d’affirmer l’on n’est jamais touché, que de ne pas préciser que certains actes des héros ne semblent pas pertinents pour interroger le sentiment amoureux. Cela n’est donc déjà pas si mal et pourrait suffire à faire du film de Xavier Dolan un agréable moment à passer.

Mais l’œuvre souffre, à l’évidence, de sa trop grande ambition. Pourquoi tous ces ralentis esthétisants – dont certains sont soulignés par l’utilisation un peu lourde de morceaux (pourtant superbes) de Jean-Sébastien Bach – alors que le réalisateur est loin d’avoir le talent (du moins à ce stade de sa jeune carrière) dont faisait montre Wong Kar Wai dans In the mood for love (2000). Pourquoi avoir voulu également ajouter à ces moments qui se voudraient grandioses des séquences tournés à la caméra à l’épaule pour proposer un mélange qui, décidément, ne passe pas ? L’absence totale d’unité stylistique[1], sans que jamais n’apparaisse le début d’une réflexion sur l’art, pèse sur le film et on ne comprend absolument pas l’intérêt de ces séquences – parfois amusantes et tournées comme un (mauvais[2]) documentaire – intercalées dans le récit dans lesquelles de jeunes gens racontent leurs déboires amoureux. Pas plus que Wong Kar Wai, Xavier Dolan n’est donc pas Jean-Luc Godard. Surtout, il n’est pas non plus Ingmar Bergman. Et c’est sans doute là le principal défaut des Amours imaginaires car l’auteur se proposait de saisir ces instants qui font (ou ne font pas selon la façon dont on les interprète) l’amour c’est-à-dire un sourire, un frôlement, un mot… Le défi était immense et supposait un montage au cordeau que le vieux maître suédois utilisait à merveille dans ses plus grands films (songeons à Sarabande, son ultime chef d’œuvre sorti en 2003, qui offrait d’incroyables moments de tension paroxystique). Bref, l’échec est patent et l’on ne sait trop juste quoi reprocher à Xavier Dolan si ce n’est de ne pas avoir (pas encore ?) les moyens de son ambition. Toujours est-il qu’en tombant dans de trop nombreux pièges, Les Amours imaginaires n’est ni un grand film, ni même une agréable comédie sentimentale – ce qui aurait pu (et dû) être le cas et n’aurait déjà pas été si mal.

On remarquera aussi que si, comme attendu, l’amitié entre Marie et Francis se délite à cause de l’arrivée de Nicolas mais perdure néanmoins – tant le sentiment d’amitié vraie possède sa force spécifique, très différente de celui d’amour –, cet autre thème inépuisable n’est guère traité qu’à la marge. C’est là un regret supplémentaire et un nouvel écueil dont souffre Les Amours imaginaires. Enfin, ultime défaut du film de Xavier Dolan, Nicolas, dont s’éprennent donc Marie et Francis, ressemble furieusement, avec ses bouclettes blondes, à Jean Sarkozy. C’est dire que, homosexuel ou hétérosexuel, on a plus envie de lui donner des claques que de l’embrasser et qu’il est difficile d’entendre parler des choses de l’amour quand on pense régulièrement à l’E.P.A.D. ou au Conseil général des Hauts-de-Seine. Mais, dans ce cas, le réalisateur n’y est pas pour grand-chose[3]

 

Ran

 

Note de Ran : 1

 

Les Amours imaginaires (Xavier Dolan, 2010)

 


[1] La bande-son suffit à le montrer. Bach, Dalida et Indochine ensemble (entre autres et ne sont évoquées ici que les musiques ayant un caractère extradiégétique…), ça ne passe pas vraiment (d’ailleurs, Dalida et Indochine, ça ne passe jamais vraiment).

[2] Ce qui est apparemment volontaire…

[3] Et ce d’autant que Nicolas n’a pas, a priori, à apparaître particulièrement sympathique au spectateur à l’inverse de Marie (ce qui fonctionne d’autant mieux qu’elle fume comme un pompier…) et de Francis.

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Antoine 01/07/2012 18:18


Je suis absolument d'accord sur l'idée d'éternel recommencement d'où mon propos général sur la vampirisation. Mais, dans le cas de ces Amours imaginaires, cela ne m'avait guère séduit et
l'utilisation de Bach m'avait franchement fatigué...

Lalalère 30/06/2012 20:01


De Dolan il faut voir (seulement celui-là suffit) son premier film : J'ai tué ma mère.


Comme toute première oeuvre tout y est de ce qu'il voulait y mettre, comme ça, balancé à la tronche des gens, en vrac, avec toute la hardiesse de son jeune âge.


Sa vérité est dans ce film ... même si avec Dolan il y a toujours des "effets de style" repris à sa sauce, donc qui n'appartiennent qu'à lui.


Tu sais en musique aussi (en littérature suis pas assez calée pour être catégorique), tout n'est qu'un éternel recommencement sans que cela ne soit péjoratif puisqu'à chaque fois des petits riens
s'ajoutent et forment un renouveau.


Dolan est doué, précoce mais jeune. Le temps fera son affaire.

Ran 15/10/2010 12:13



Bonjour. J'ai vu chez Ed que l'on faisait partie du même petit groupe de gens qui n'avaient  pas l'impression d'avoir assister à un chef d'oeuvre avec Les Amours Imaginaires.


Vu qu'on trouve à peu près tout (et n'importe quoi) dans le film, il y a bien effectivement une ou deux scènes à sauver. Effectivement, celle au stroboscope est une des plus réussies.


Quant aux scènes dans lesquels Marie et Francis sont avec leurs amants d'un soir, je n'ai pas bien compris ce qu'elles faisaient là et j'ai trouvé que l'utilisation de Bach était vraiment
extrêmement lourdingue (et puis, ça hurlait). Ah, là, là, quand je pense au début du Sacrifice avec La Passion qui m'aurait presque donné envie de croire en Dieu... Là, j'en
étais à ne même plus croire ni à l'amour, ni au cinéma.


Mais ce qui m'a peut-être le plus gonflé (même s'il m'est arrivé de sourire - je l'avoue), c'est l'intervention des "vrais gens" à plusieurs reprises. D'une part, je n'en voyais aucunement
l'intérêt. D'autre part et surtout, j'avais l'impression d'une sorte de mépris du réalisateur à leur encontre.



T.G. 15/10/2010 09:36



Bonjour, je suis d'accord avec ce que vous dites. M'ont particulièrement insupporté les scènes de fesse avec Bach. Je sauverais tout de même du désastre la scène au stroboscope que je trouve
assez bien faite.



Ran 09/10/2010 19:00



Mais, je suis d'accord, c'est extrêmement difficile de savoir d'où vient l'inspiration (même s'il est vraiment impossible de ne pas songer à In The Mood for love en voyant Les Amours
imaginaires) et cela vaut autant pour le réalisateur que pour ses critiques. Nous vivons tous immerger dans un passé plein de références et, parfois, nous avons du mal à savoir d'où elles
viennent. A l'évidence, Dolan est cinéphile avant d'être cinéaste et il est tout-à-fait possible qu'il intègre des références sans même que cela procède d'un acte réfléchi. De la même façon qu'en
disant ou en écrivant quelque chose, on adopte parfois une position politique - ou on est taxé d'être de droite ou de gauche - alors que l'on voudrait s'en abstraire.


Parfois - et je me faisais cette réflexion très récemment en écrivant un nième texte sur Kubrick alors que je lisais parallèlement un livre sur le réalisateur -, on reprend quelque chose venant
de quelqu'un d'autre, en le remettant "à sa sauce", sans même complètement s'en rendre compte.


Par ailleurs, si ce blog s'appelle de "De son coeur le vampire", c'est en référence (parfaitement assumée celle-ci) à un poème de Baudelaire, lié au fait que le vampire est un personnage
fondamental de l'histoire du cinéma mais aussi parce que, à mon sens, le cinéma d'aujourd'hui a une nette tendance à se vampiriser lui-même (après avoir vampirisé les autres arts ; j'ai développé
ces point dans la série appelée "histoire et théorie générale du cinéma") en revenant sans cesse sur son propre passé. Cependant, cela ne signifie pas pour moi que l'on assiste à une quelconque
mort du cinéma.



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