Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les Bien-aimés

23 Septembre 2011 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Pour remonter un moral défaillant, le nouveau film de Christophe Honoré ne constitue pas franchement l’idéal. En même temps, force est de reconnaître qu’il s’agit là pleinement de cinéma – ce qui change de Captain America ou de Thor

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


 

LBA 1Véra (Chiara Mastroianni)

 

Bon, ça ne commence qu’assez moyennement. Fort gaiement, certes, avec une reprise française de « These boots are made for walking » mais, malgré la présence de la consommation et de la prostitution, on est fort éloignés de l’une des séquences les plus fondamentales de l’œuvre de Stanley Kubrick (dans  Full Metal Jacket – 1987) et, partant, de l’histoire du cinéma. Mieux vaut alors oublier l’un de nos héros, il n’en sera plus question. Non que le film de Christophe Honoré ne soit pas, comme toujours, truffé de références mais l’auteur trace sa voie propre. Ce en quoi il a raison car il le fait avec un talent assuré. Les Bien-Aimés ne cesse de créer de subtiles variations autour d’une idée fondamentale : comprendre la complexe liaison entre le temps qui se marque, enferme, construit des routines et, in fine, plus de continuités que de ruptures et le moment dont l’intensité peut être absolu. Pour ce faire, le réalisateur découpe donc des moments dans de grands blocs temporels (six au total), l’histoire menant de 1964 à 2007. Il assure ainsi, la rigoureuse construction du caractère des personnages, Véra (Chiara Mastroianni, impériale et permettant que l’on soit en pleine empathie avec celle qu’elle incarne) en tête – toutes les femmes du mois s’appellent donc Véra –, sa mère Madeleine (Ludivine Sagnier puis Catherine Deneuve) en second, aidant, la découverte des instants de stase derrière (ou contenus dans) le temps qui passe et parfois le brisent pour mieux en assurer la définition ultérieure. Alors les ellipses se justifient pleinement et d’un même mouvement, les chansons, voire la seule musique, apportent gravité et légereté. Surtout, évoquant le temps, elles permettent de densifier un peu plus le moment. Beaucoup d’entre eux sont extraordinaires. Retenons notamment une étreinte qui, grâce à un montage audacieux qui ne montre presque rien mais laisse tout deviner, s’avère vraiment passionnée et érotique autour d’une table de billard et, plus encore, un suicide – complètement réussi en ce sens qu’il intervient dans la minute juste et paroxystique, après le couronnement d’une bataille remportée et l’évidence d’une guerre perdue, la seule qui méritait d’être menée et le fut, jusqu’à son terme mais point au-delà. En fond, l’histoire, la supposée « grande », s’efface (le Printemps de Prague, le 11 septembre 2011), n’étant même plus prétexte et à peine contexte. Certains reprocheront cette vision, fort peu politique, à Christophe Honoré – dont découle l’individualisme certain, mais émouvant, de ses héros. Il l’assume pleinement. Puisqu’il s’agit d’approcher la trajectoire intime d’êtres humains, nous la partageons. Et, derrière ses couleurs vives, ses nombreux instants comiques (en partie portés par un excellent Milos Forman qui, dans la seconde partie, remplace Rasa Bukvic dans le rôle de Jaromil, le père de Véra), fort bienvenus pour que les 140 minutes jamais n’ennuient, Les Bien-Aimés se donne comme un très grand film romantique ; au véritable sens – presque perdu – du terme. Finalement, c’est bien de cela qu’il s’agit : le romantisme triomphe de la politique et l’amour de la dictature ou du terrorisme. Il ne faut pas s’y tromper. Dans un tel propos, il n’y a nulle mièvrerie. Au contraire, il est aussi beau que profondément triste.

 

LBA 2Jaromil (Milos Forman), Madeleine (Catherine Deneuve) et Véra

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 4

Note de nolan : 3

 

Les Bien-Aimés (Christophe Honoré, 2011)

Partager cet article

Commenter cet article

Antoine 26/09/2011 13:52



Tu vois, on est de bons conseils. Quant à mon léopard préféré, je trouve qu'il est excellent pour les nerfs un peu fatigués (j'avais dû m'en faire une piqure d'urgence après Allemagne, année
zéro qui, comment dire, n'est pas le film le plus riant du monde). Je ne connais pas de cheval avec Howard et Cary. Par contre, on parle "montures" et "monteurs" dans Le Grand
Sommeil et je pense que ces messieurs du code Hays piquaient une sieste à ce moment-là (d'ailleurs un peu pendant tout le film).



FredMJG 25/09/2011 23:48



@ Antoine


Y a eu effectivement du monsieur bébé...


Et d'un cheval dont j'ai causé ce jour ;)



FredMJG 25/09/2011 23:47



Merci les garçons.


Je n'ai pas vu passer mes deux heures vingt, ce diable d'Honoré me les a raptées !



Antoine 24/09/2011 18:25



Bon, et bien à demain alors !


Ton rendez-vous, il n'y en a pas un avec un léopard - dont j'avais parlé en son temps ?



FredMJG 24/09/2011 15:16



Mazette ! tu m'as convaincu. Je m'en vais rajeunir demain avec la grande Catherine.


Aujourd'hui je ne peux point j'ai deux rendez-vous avec Howard et Cary.



.obbar-follow-overlay {display: none;}