Pour remonter un moral défaillant, le nouveau film de Christophe Honoré ne constitue pas franchement l’idéal. En même temps, force est de reconnaître qu’il s’agit là pleinement de cinéma – ce qui change de Captain America ou de Thor…
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Véra (Chiara
Mastroianni)
Bon, ça ne commence qu’assez moyennement. Fort gaiement, certes, avec une reprise française de « These boots are made for walking » mais, malgré la présence de la consommation et de la prostitution, on est fort éloignés de l’une des séquences les plus fondamentales de l’œuvre de Stanley Kubrick (dans Full Metal Jacket – 1987) et, partant, de l’histoire du cinéma. Mieux vaut alors oublier l’un de nos héros, il n’en sera plus question. Non que le film de Christophe Honoré ne soit pas, comme toujours, truffé de références mais l’auteur trace sa voie propre. Ce en quoi il a raison car il le fait avec un talent assuré. Les Bien-Aimés ne cesse de créer de subtiles variations autour d’une idée fondamentale : comprendre la complexe liaison entre le temps qui se marque, enferme, construit des routines et, in fine, plus de continuités que de ruptures et le moment dont l’intensité peut être absolu. Pour ce faire, le réalisateur découpe donc des moments dans de grands blocs temporels (six au total), l’histoire menant de 1964 à 2007. Il assure ainsi, la rigoureuse construction du caractère des personnages, Véra (Chiara Mastroianni, impériale et permettant que l’on soit en pleine empathie avec celle qu’elle incarne) en tête – toutes les femmes du mois s’appellent donc Véra –, sa mère Madeleine (Ludivine Sagnier puis Catherine Deneuve) en second, aidant, la découverte des instants de stase derrière (ou contenus dans) le temps qui passe et parfois le brisent pour mieux en assurer la définition ultérieure. Alors les ellipses se justifient pleinement et d’un même mouvement, les chansons, voire la seule musique, apportent gravité et légereté. Surtout, évoquant le temps, elles permettent de densifier un peu plus le moment. Beaucoup d’entre eux sont extraordinaires. Retenons notamment une étreinte qui, grâce à un montage audacieux qui ne montre presque rien mais laisse tout deviner, s’avère vraiment passionnée et érotique autour d’une table de billard et, plus encore, un suicide – complètement réussi en ce sens qu’il intervient dans la minute juste et paroxystique, après le couronnement d’une bataille remportée et l’évidence d’une guerre perdue, la seule qui méritait d’être menée et le fut, jusqu’à son terme mais point au-delà. En fond, l’histoire, la supposée « grande », s’efface (le Printemps de Prague, le 11 septembre 2011), n’étant même plus prétexte et à peine contexte. Certains reprocheront cette vision, fort peu politique, à Christophe Honoré – dont découle l’individualisme certain, mais émouvant, de ses héros. Il l’assume pleinement. Puisqu’il s’agit d’approcher la trajectoire intime d’êtres humains, nous la partageons. Et, derrière ses couleurs vives, ses nombreux instants comiques (en partie portés par un excellent Milos Forman qui, dans la seconde partie, remplace Rasa Bukvic dans le rôle de Jaromil, le père de Véra), fort bienvenus pour que les 140 minutes jamais n’ennuient, Les Bien-Aimés se donne comme un très grand film romantique ; au véritable sens – presque perdu – du terme. Finalement, c’est bien de cela qu’il s’agit : le romantisme triomphe de la politique et l’amour de la dictature ou du terrorisme. Il ne faut pas s’y tromper. Dans un tel propos, il n’y a nulle mièvrerie. Au contraire, il est aussi beau que profondément triste.
Jaromil (Milos
Forman), Madeleine (Catherine Deneuve) et Véra
Antoine Rensonnet
Note d’Antoine Rensonnet : 4
Note de nolan : 3
Les Bien-Aimés (Christophe Honoré, 2011)
« Je suis de mon cœur le vampire,
– Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire ! »
Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)
Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.
Ces textes et notes lui sont dédiés.
Antoine Rensonnet (Ran)
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Et pour savoir ce que pensent 21 blogs cinéphiles :
PANOPTIQUE (admin : Jean-Luc Lacuve)
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