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Les Chaussons rouges

24 Décembre 2011 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films anciens

Une superbe édition DVD des Chaussons rouges. Le master parfaitement restauré permet de découvrir dans les meilleures conditions le film de Michael Powell et Emeric Pressburger. Une œuvre fascinante qui s’empare de tous les arts pour montrer que combien tout peut être dans le cinéma – et réciproquement.

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LCR-1.jpgDVD des Chaussons rouges (Michael Powell et Emeric Pressburger, 1948)


Il ne saurait être question de revenir sur toutes les dimensions de l’exceptionnel chef-d’œuvre de Michael Powell et Emeric Pressburger, Les Chaussons rouges. Disons simplement que les figures de la mise en abyme, de la synecdoque et de la métonymie irriguent, sans doute comme jamais, un film pour en faire un hallucinant spectacle total. Ainsi les fameux chaussons rouges sont-ils à la fois objet central et symbolique, titre de l’œuvre mais aussi du ballet mis en scène par Boris Lermontov (Anton Walbrook), les deux étant inspirés par le même conte d’Hans Christian Andersen (Les Souliers rouges – 1945). Tous les arts devant trouver leur place dans le minutieux dispositif construit par les auteurs, Les chaussons rouges est une tragédie, classique mais souvent gaie, en cinq actes dont le troisième relève du plus pur miracle. Il s’agit, du moins semble-t-il, du ballet. Tout, logiquement, a amené vers ce moment attendu (avant d’y ramener pour la conclusion). D’abord, les trois héros, Boris Lermontov, démiurge de grande classe, le compositeur Julian Craster (Marius Goring) et la danseuse Victoria Page (Moira Shearer), tous deux, jeunes, frais et ambitieux, se sont rencontrés et confrontés. Ensuite, eux et la troupe, Powell et Pressburger détaillant étapes et sentiments (travail, souffrance, humiliations, joies,…) permettant la création, ont préparé Les Chaussons rouges. Le spectateur attend alors la représentation. Un programme annonce sa distribution, les stars ayant droit à une belle photographie sur papier glacé. Puis, tranquillement, comme chez Méliès, la caméra prend la meilleure place du théâtre. Le rideau peut se lever. Sauf qu’il n’est pas question de nous montrer un vrai ballet mais de n’en faire, comme le reste, qu’un prétexte. Ce afin d’affirmer la capacité du cinéma à embrasser, voire aspirer, les autres arts pour en tirer le meilleur en les laissant (presque) nus. Bref, d’en démontrer la supériorité.

 

LCR-2.jpgLjubov (Leonide Massine) et Victoria Page (Moira Shearer) durant le ballet

 

Aussi ces Chaussons rouges dans Les Chaussons rouges ne sont-ils pas un ballet mais bien un film dans le film. Les couleurs irradient, les gros plans et surimpressions se multiplient, les angles de prise de vue se font de plus en plus improbables. Par la virtuosité du montage, la danse peut s’affranchir de tous les carcans : la stricte chronologie s’efface, les fantasmes s’affichent et l’ellipse – récurrente tout au long de l’œuvre – permet de gagner, toujours, en rythme et en densité, la cadence devenant infernale. Quand le rideau se baisse, après cette quinzaine de minutes de folie, les applaudissements retentissent. Nous, nous, sommes à bout de souffle, emportés par cette féérie frénétique. Evidemment inaccessible au seul ballet, sa dynamique est née de la parfaite rencontre de la danse et de la technique cinématographique, dont toutes les possibilités semblent alors déployées. Michael Powell et Emeric Pressburger ont surpassé Boris Lermontov. Une fois le tempo légèrement abaissé, celui-ci n’en devient pas moins, de façon à la fois surprenante et naturelle, le véritable centre de l’œuvre. Sa volonté, diabolique et charismatique, de puissance le pousse à opposer l’art et la vie donc à détruire l’amour naissant entre Julian et Victoria. Aussi est-il précipité, comme les autres, vers le néant. Nouveau prodige à souligner, sans chercher à atteindre un nouveau sommet, le film ne perd rien de sa grâce. Il se remet de son troisième acte et, jusqu’au bout, les principes sur lesquels il repose, qui se font ressort dramatiques, fonctionnent. Il s’est emparé du ballet, du théâtre, de la musique, du conte, les a faits coaguler dans un moment sublime mais ne s’y est pas perdu. L’explosion délirante n’aura pas fait éclater des Chaussons rouges dont le charme, intact opère, jusque dans les ultimes secondes. Absolue s’est révélée sa puissance d’envoûtement.

 

LCR-3.pngVictoria Page et Julian Craster (Marius Goring)

 

Ajoutons quelques mots sur l’édition DVD qui, à sa manière, participe de l’enchantement provoqué par ce film indispensable. Le master bénéficie ainsi d’une parfaite restauration. Quant aux compléments, ils sont nombreux avec notamment deux documentaires. Ils précisent l’historique du film, le replacent dans son contexte et rappellent les influences de ses auteurs. Surtout est offerte une analyse du ballet central faisant intervenir des spécialistes de la danse. L’ensemble, donc, s’avère fort riche.

 

LCR-4.jpgBoris Lermontov (Anton Walbrook)

 

Antoine Rensonnet

 

Deux DVD :

Les Chaussons rouges (Michael Powell et Emeric Pressburger, 1948) : couleurs, format 1.33 respecté (4/3), version originale sous-titrée et version française, 130 minutes.

Crédit photographique : Carlotta

Sortie le 9 novembre 2011 (Editions Carlotta)

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Benjamin 03/01/2012 07:34


La nouveauté de cette édition dvd est, je crois... (pardonnez-moi de revenir là-dessus) le blu-ray. Le blu-ray sort, donc une édition dvd calquée dessus, sort en même temps. Et le blu-ray offre
un rendu magnifique.


Ceci-dit, pour avoir vu Black narcissus (que je te conseille donc vivement Antoine) dans l'édition de l'institut Lumière, c'est vrai que la restauration est tout à fait enthousiasmante.

Antoine 31/12/2011 01:15


Venant de découvrir le film dans cette édition, je ne peux évidemment pas me prononcer sur l'opportunité de cette restauration.


Je sais qu'il existe quelques débats pour certains films en noir et blanc ayant bénéficié de différentes restaurations puisque l'on reproche à quelques-unes d'entre elles, presque parfaites
techniquement, de suraccentuer les contrastes et, ainsi, de changer les intentions du réalisateur (et je ne parle même pas d'un film comme Alexandre Nevski dans lequel on peut entendre,
dans certaines versions, claquer les drapeaux ce qui, techniquement, était inacessible lorsqu'Eisenstein le réalisa ; quant à la colorisation des films, on a, semble-t-il, définitivement arrêté
tant c'était laid et stupide...).


 


Plus globalement, je vous rejoins sur le problème que vous évoquez et qui est, aujourd'hui, en train de prendre une ampleur assez inquiétante. En effet, le passage au numérique aboutira presque
sûrement à ce que certains films, intéressants mais pas immensément célèbres, disparaissent purement et simplement (et définitivement). Déjà aujourd'hui, on n'accepte presque plus, à l'inverse
d'il y a quelques années encore, de voir un film muet qui ne soit pas un minimum restauré. Toute une partie du patrimoine cinématographique (je n'aime pas trop l'expression mais faute de
mieux...) est en train de partir en fumée...


Cependant, même si je déplore ce mouvement, je ne peux m'empêcher de le trouver logique. Nous avons dépassé l'époque où l'on pouvait connaître toute l'histoire (ou presque) du cinéma et c'est
aussi le signe que cet art continue sa croissance. Le même phénomène existe en littérature. Il existe plusieurs traductions françaises des pièces les plus célèbres d'Ibsen (chacune se voulant
meilleure que la précédente) et elles sont toujours jouées à Paris et en province. A l'inverse, celles de son rival Bjornson (prix Nobel de littérature en 1903) nous sont inconnues et
inaccessibles. Pour le cinéma, on connaît parfaitement Murnau et Lang mais E.A. Dupont qui était, notamment avec Variétés, un des réalisateurs-stars de l'Allemagne des années 1920 est
complètement oublié. L'histoire fait ses choix... Espérons que ce soit les bons et faisons en sorte que la perte soit réduite.

L. 27/12/2011 20:18


Question technique, mais pouvez-vous dire si la restauration proposée pour cette édition apporte vraiment un "plus" par rapport à celle déjà effectuée il y a quelques années par les équipes de
l'Institut Lumière, qui avait sortis en DVD une demi-douzaine de films du duo, dont déjà ces Chaussons rouges et Le Narcisse noir ?


Si je ne peux que me réjouir de toute nouvelle occasion de faire connaître un peu mieux au public français l'oeuvre de ce génial tandem, je ne peux m'empêcher d'éprouver quelque regret à voir
remettre ainsi sur le métier des films ayant déjà bénéficié, il y a peu, d'éditions très satisfaisantes, quand d'autres, tout aussi admirables, sont encore cantonnés à des éditions médiocres,
voire (plus nombreux encore) sont indisponibles sous nos latitudes...

Antoine 26/12/2011 23:40


Il est également possible que, à cette tentation, je succombe...

Benjamin 26/12/2011 17:31


Ce sera chose faite dès ces prochains jours avec "Black Narcissus", également , dans une belle édition restaurée !

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