Nous n'attendions pas grand-chose du film de Georges Clooney et nous avons passé un fort bon moment. Pas de surprises mais un soin certain pour ne pas enfermer sa fable politique dans le manichéisme. En cela le personnage interprété avec talent par Ryan Gosling est réussi.
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Ryan Gosling et Georges Clooney
Le quatrième film de George Clooney est une fable politique qui raconte la campagne du gouverneur Mike Morris (George Clooney) lors de la primaire démocrate en Ohio. Morris est un homme politique fort charismatique au discours très progressiste : point de Bible, de peine de mort, ou de pétrole mais une redistribution des richesses aux plus pauvres et un discours écolo radical. Nous croyons rêver mais son conseiller de campagne, Stephen Meyers (Ryan Gosling, encore une fois excellent), y croit tout court. Aussi, devinons-nous aisément que le jeune idéaliste va devoir faire face à de grandes désillusions. Le choix suivant s’imposerait donc à lui : garder son intégrité ou devenir un être cynique et résigné. Il est tout à fait loisible d’interpréter le film comme cela : la filmographie du réalisateur (et en particulier de son sympathique tract Good Night and Good Luck en 2006) et la conclusion lourdaude ne feraient qu'appuyer ce point de vue. Pourtant, Stephen Meyers, héros du film, n'est pas une oie blanche (c'est une stagiaire – Evan Rachel Wood – qui, de manière cruelle, tiendra ce rôle). Aussi lorsqu'il découvre par hasard le petit secret du gouverneur, il fait preuve d'un opportunisme certain d'abord pour Morris puis pour lui-même. Aussi le film est-il porté par cet ambivalent personnage : nous ne sommes pas certains que le système de la campagne, fait de coup bas, de compromis parfois douloureux, soit la cause du comportement de Meyers mais assurément est-il son révélateur. Ainsi, l'homme politique tel qu'il est présenté par le réalisateur n'est pas un salaud. Certes, Mike Morris sait parfaitement orienter un débat, caresser son public et feindre l'émotion comme il est de mise dans le spectacle d'une campagne électorale, mais c'est aussi le seul qui tâche de se perdre le moins possible à mesure que la pression de ses conseillers se fait plus forte. La mise en scène met en avant les coulisses de cette campagne en choisissant un cadre de plus en plus reculé de la Scène à mesure qu’avance l'histoire : le film s'ouvre sur le décor d'un débat pendant la répétition et se referme dans les cuisines d'un bar avant la conclusion un peu foireuse[1]. Exceptée cette dernière, le métrage, pas trop étouffé par les performances d'acteurs d'un casting classieux (Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti et Marisa Tomei viennent s'ajouter aux noms précédemment cités), réussit à ne pas avoir trop de gras grâce à une construction limpide, rythmée et ménageant ses coups de théâtre. Meyers s'enfonce de plus en plus et emporte dans son sillage beaucoup de personnages. Il faut reconnaître cette légère perversité au réalisateur de le présenter comme une sorte de sauveur de la campagne. Alors domine un sentiment d'amertume : Morris nous apparaît finalement bien froid et Meyers fort calculateur. Dans le même temps, le gouverneur reste encore et de loin, le moins mauvais choix pour le pays et Meyers – à l'image de son entretien avec Morris dans les cuisines – reste mué par sa volonté de changer les choses.
nolan
Note de nolan : 3
Les Marches du pouvoir (George Clooney, 2011)
[1] Surtout qu'elle me semble inspirée de celle du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) !
« Je suis de mon cœur le vampire,
– Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire ! »
Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)
Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.
Ces textes et notes lui sont dédiés.
Antoine Rensonnet (Ran)
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Et pour savoir ce que pensent 21 blogs cinéphiles :
PANOPTIQUE (admin : Jean-Luc Lacuve)
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