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Les Marches du pouvoir

8 Novembre 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Nous n'attendions pas grand-chose du film de Georges Clooney et nous avons passé un fort bon moment. Pas de surprises mais un soin certain pour ne pas enfermer sa fable politique dans le manichéisme. En cela le personnage interprété avec talent par Ryan Gosling est réussi.

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marches-pouvoir-gosling.jpgRyan Gosling et Georges Clooney

 

Le quatrième film de George Clooney est une fable politique qui raconte la campagne du gouverneur Mike Morris (George Clooney) lors de la primaire démocrate en Ohio. Morris est un homme politique fort charismatique au discours très progressiste : point de Bible, de peine de mort, ou de pétrole mais une redistribution des richesses aux plus pauvres et un discours écolo radical. Nous croyons rêver mais son conseiller de campagne, Stephen Meyers (Ryan Gosling, encore une fois excellent), y croit tout court. Aussi, devinons-nous aisément que le jeune idéaliste va devoir faire face à de grandes désillusions. Le choix suivant s’imposerait donc à lui : garder son intégrité ou devenir un être cynique et résigné. Il est tout à fait loisible d’interpréter le film comme cela : la filmographie du réalisateur (et en particulier de son sympathique tract Good Night and Good Luck en 2006) et la conclusion lourdaude ne feraient qu'appuyer ce point de vue. Pourtant, Stephen Meyers, héros du film, n'est pas une oie blanche (c'est une stagiaire – Evan Rachel Wood – qui, de manière cruelle, tiendra ce rôle). Aussi lorsqu'il découvre par hasard le petit secret du gouverneur, il fait preuve d'un opportunisme certain d'abord pour Morris puis pour lui-même. Aussi le film est-il porté par cet ambivalent personnage : nous ne sommes pas certains que le système de la campagne, fait de coup bas, de compromis parfois douloureux, soit la cause du comportement de Meyers mais assurément est-il son révélateur. Ainsi, l'homme politique tel qu'il est présenté par le réalisateur n'est pas un salaud. Certes, Mike Morris sait parfaitement orienter un débat, caresser son public et feindre l'émotion comme il est de mise dans le spectacle d'une campagne électorale, mais c'est aussi le seul qui tâche de se perdre le moins possible à mesure que la pression de ses conseillers se fait plus forte. La mise en scène met en avant les coulisses de cette campagne en choisissant un cadre de plus en plus reculé de la Scène à mesure qu’avance l'histoire : le film s'ouvre sur le décor d'un débat pendant la répétition et se referme dans les cuisines d'un bar avant la conclusion un peu foireuse[1]. Exceptée cette dernière, le métrage, pas trop étouffé par les performances d'acteurs d'un casting classieux (Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti et Marisa Tomei viennent s'ajouter aux noms précédemment cités), réussit à ne pas avoir trop de gras grâce à une construction limpide, rythmée et ménageant ses coups de théâtre. Meyers s'enfonce de plus en plus et emporte dans son sillage beaucoup de personnages. Il faut reconnaître cette légère perversité au réalisateur de le présenter comme une sorte de sauveur de la campagne. Alors domine un sentiment d'amertume : Morris nous apparaît finalement bien froid et Meyers fort calculateur. Dans le même temps, le gouverneur reste encore et de loin, le moins mauvais choix pour le pays et Meyers – à l'image de son entretien avec Morris dans les cuisines – reste mué par sa volonté de changer les choses.

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

Les Marches du pouvoir (George Clooney, 2011)


[1] Surtout qu'elle me semble inspirée de celle du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) !

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nolan 07/12/2011 19:00


Oui, Clooney présente un homme politique idéal enfin celui qu'il juge idéal (en terme d'idées). Et sa réthorique sur l'écologie par exemple pourrait éventuellement prêter à sourire tant elle
paraît ultra ambitieuse ou en tout cas peu connectée avec les projets plus raisonnables d'un parti aussi important que le camp démocrate. Aussi on peut y voir une certaine naïveté de la part de
l'auteur.

Flow 07/12/2011 09:48


J'ai bien aimé (surtout grâce à Gosling) mais la naïveté politique du film est assez mal placée. J'aurai préféré un gros thriller politique qui démonte les coulisses du pouvoir plutôt que les
états d'âme d'un jeune premier...

nolan 21/11/2011 17:23


Les films sont sortis en même temps en effet. Que ce serait-il passé si tu avais dit Les marches de l'Etat ?


La référence à Lumet est judicieuse, je n'y avais pas pensé.


Stephen est convaincu par les idées parce que la journaliste (Marisa Tomei) se moque de lui et qu'il continue de se justifier sur le fait que Morris est un peu dessus des autres sans rien céder
sur ce point. Ensuite dans la cuisine, Meyers dit à Morris un truc du genre "vous avez fait une erreur mais vous allez gagner cette élection et vous allez réparer les erreurs des autres, vous
êtes fait pour ça". Voilà bon j'écris cela de mémoire mais je l'ai vu ainsi.


Tuer le père, oui c'est une lecture, mais sa relation avec Paul n'est pas vraiment filiale à mon sens. Elle se situe plus dans cette zone assez hasardeuse d'amitié professionnelle comme Clooney
le souligne dans les dialogues avec Meyers et la journaliste.

yoye2000 21/11/2011 17:03


Ah ben merde, je faisais tout un tas de commentaires pertinents sur  ce film que j'ai été voir par hasard (j'ai demande l''exercice du pouvoir', et je me suis retrouvé devant les marche du
pouvoir au lieu de 'l'exercice de l'Etat' escompté).


J'y disais en gros que j'avais trouvé pas mal ce film certes classique, comme un Lumet des dimanches soirs pluvieux.


 


et surtout j'avais une question: comment voit on que le personnage de Steven est convaincu par les idées ? j'ai plus l'impression qu'il cherche la victoire avt tout.


Ensuite la perte des idéaux... j'y voyais plus la nécessite de tuer le père (Paul) plus ou moins consciemment attendue


voila en gros

nolan 21/11/2011 16:27


Euh...

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