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Liliom (Borzage)

23 Avril 2011 , Rédigé par Ran Publié dans #Critiques de films anciens

Suite de l’édition par Carlotta des œuvres de Frank Borzage avec Liliom. Ce dont on ne manquera pas de se réjouir car, s’il apparaît légèrement inférieur aux chefs d’œuvre du réalisateur américain, il ne s’en agit pas moins d’un très beau film bien mis en valeur par une copie superbement restaurée.

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LB 1DVD de Liliom (Frank Borzage, 1930)

 

Suite de l’édition, par Carlotta, des œuvres de Frank Borzage après la publication en novembre d’un très beau coffret, ici chroniqué, réunissant quatre de ses chefs d’œuvre de la fin du muet (L’Heure suprême, 1927 ; L’Ange de la rue, 1928 ; Lucky Star, 1929 ; La Femme au corbeau, 1929). C’est, cette fois, à la découverte de Liliom (1930), l’un des premiers films parlants du réalisateur américain, que nous sommes, avec grand plaisir, invités. Il s’inspire de la célèbre pièce éponyme (1909) du dramaturge hongrois Ferenc Molnar. Si Michael Curtiz, dans un film inachevé (1919) et Maxwell Karger (A Trip to Paradise, 1921) dans une œuvre fort éloignée de la pièce originale s’étaient déjà emparés du sujet, la version de Frank Borzage est toutefois la première véritable adaptation cinématographique de Liliom. Ce ne sera pas la dernière puisque Fritz Lang, lors de son exil français, tournera également son Liliom (1934) – bien plus connu que celui de Borzage – et qu’Henry King y reviendra dans une comédie musicale (Carousel) datant de 1956. On est en droit de s’étonner de l’existence de ces nombreux remakes car le film de Frank Borzage fut un échec retentissant qui faillit même mettre un terme prématuré à la carrière de son auteur. Mais il faut croire que le thème de la pièce de Molnar – un bonimenteur de foire (Liliom, donc, ici incarné par Charles Farrell, alors acteur-fétiche de Borzage) épouse une jeune bonne (Julie – Rose Hobart) dont il ne réussit pas à faire le bonheur, se suicide après l’échec d’une tentative de vol et obtient, après un séjour au Purgatoire, le droit de revenir une journée sur Terre – fournissait un excellent prétexte pour le cinéma.

 

LB 2Liliom (Charles Farrell) et Julie (Rose Hobart)

 

Divisé en trois segments de durées quasiment identiques (la rencontre, à la foire, entre Liliom et Julie ; leur vie conjugale ratée et la préparation du plan de Liliom ; son séjour au Paradis), on pourra juger ce film inférieur aux grandes œuvres muettes de Borzage. Ainsi il n’évite pas un certain pathos alors que la composition de Rose Hobart, dont le rôle semble par trop développé, ne convainc qu’à moitié. En outre, le réalisateur, à l’inverse de Lang (qui bénéficiait, au surplus, de l’extraordinaire interprétation d’un flamboyant Charles Boyer), soucieux sans doute de revenir à sa chère thématique de l’amour fou unissant deux êtres, gomme sans doute un peu trop les aspérités de son héros (même si Charles Farrell, en bonimenteur vaniteux et sympathique, est tout à fait convaincant). Il serait toutefois dommage de ne juger ce film qu’à l’aune de ses illustres prédécesseurs borzagiens ou de son remake langien, d’ailleurs très différent.

 

LB 3Liliom et Julie

 

En effet, l’œuvre, même imparfaite, séduit. On admirera ainsi son évidente beauté formelle qui se manifeste notamment par l’utilisation de décors frisant l’abstraction géométrique, l’influence de l’expressionnisme allemand (qui ne se limite pas à la seule lumière) étant évidente. Par ailleurs, malgré la gravité du film, les touches d’humour (même s’il est bien moins développé que dans la version de Fritz Lang) sont très présentes, offrent des respirations bienvenues et dénotent la maîtrise d’ensemble de Borzage. Surtout, c’est le dernier tiers du film qui impressionne le plus avec cette représentation parfaitement délirante d’un Au-delà très bureaucratique (et pourtant plutôt sympathique…) qui prend la forme d’un immense train montant vers les cieux. Les conversations, drôles et fines, entre Liliom et un haut-fonctionnaire (H.B. Warner), représentant du Seigneur, emportent également l’adhésion de même qu’une conclusion, assez ambigüe, qui casse quelque peu un happy end par trop attendu. On comprendra donc que si, avec l’idée d’une vie après la mort, les concepts religieux sont omniprésents, le film ne fait – dans la lignée des œuvres précédentes de Borzage – montre d’aucun prosélytisme. Il fut même en son temps, ce qui ne saurait véritablement surprendre, l’objet d’attaques de la part de quelques ligues de vertu.

 

LB 4Liliom entre les trains menant au Purgatoire et au Paradis

 

Aussi Liliom, même s’il met un peu de temps à atteindre sa pleine dimension, est-il, in fine, un bon et beau film dont on ne saurait que recommander la vision. On ajoutera, concernant l’édition DVD, que si elle ne présente pas les copieux suppléments du coffret précédent, elle n’en est pas moins de grande qualité. La copie du film est parfaitement restaurée ce qui permet d’admirer au mieux la beauté des images alors que l’introduction érudite d’Hervé Dumont, grand spécialiste du cinéma de Frank Borzage, quoiqu’un peu courte, s’avère plus qu’utile pour resituer au mieux le film dans son contexte historique et artistique. Ainsi ce DVD permet de continuer à découvrir, dans les meilleures conditions, l’œuvre, un peu trop oubliée, d’un réalisateur hollywoodien majeur. On ne peut donc que souhaiter que d’autres films de l’auteur fassent l’objet, dans un futur proche, d’éditions si soignées.

 

LB 5Liliom devant la maison de Julie à la fin du film

 

Ran

 

Note de Ran : 3

 

Liliom (Frank Borzage, 1934)

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