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Lola

3 Juin 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

L’irruption soudaine de superbes plans et l’utilisation parcimonieuse de la musique tranchent avec le style documentaire adopté le long du film. La réussite de Lola, clairement préoccupé par des questions sociales, tient dans le dosage réussi entre la fiction et le reportage.

 

 

lolapuring.jpg

Lola Puring (Rustica Carpio)

 

« Lola », c’est la grand-mère de Manille. L’histoire raconte le destin croisés de deux d’entre elles. L’une prépare l’enterrement de son petit-fils poignardé par le petit-fils de l’autre. L’une aurait pu être à la place de l’autre et vice-versa. On le comprend rapidement car elles ont en commun une extrême pauvreté et une grande vaillance malgré leur âge avancé et les soucis physiques que cela implique. Le réalisateur Brillante Mendoza choisit ces grands-mères comme les symboles de la pauvreté philippine. Malgré leur âge, elles s’occupent de leurs petits-enfants, voire arrière petits enfants, constituent un soutien financier, gèrent la vie de famille en général. Les enfants sont absents, les petits-enfants sont adultes et servent de support physique ou font l’objet d’un amour immodéré de la part de leurs aïeux. Autour, les organismes publics en général brillent par leur manque de moyens et leur évidente défaillance. Car, le film prend soin de détailler les affres de la pauvreté dont les soucis d’argent prennent le pas sur la vie (et la mort aussi d’ailleurs, l’enterrement du fils devenant un vrai chemin de croix). Avec le choix de tourner en caméra DV numérique au plus près des personnages, avec peu de coupes, peu de contre-champs comme si un reporter suivait les familles, Lola commence très mal ressemblant à un documentaire à la mode, un peu chiant, un peu triste. On attend la voix off qui va nous dire « Lola Sepa a 96 ans, elle touche 50 centimes d’€ par an pour toute retraite ». Mais le film est une fiction et le style documentaire est parfois tranché par de très beaux plans (larges ou gros) utilisant au maximum le climat tropical de Manille, la caméra s’arrête cherchant un cadre, la musique est distillée avec parcimonie. A mesure que le film avance, la musique se fait plus présente, la mise en scène plus élaborée.

La sauce prend non sans éviter quelques maladresses (une scène de pipi pour montrer la détresse d’une des Lola bien lourde) et Mendoza charge un peu son rôle dans une mise en abyme en forme d’autocritique (deux jeunes avec une DV qui filment les quartiers en disant « c’est trop drôle le toit avec les pneus »).

 

nolan

 

Note de nolan : 3

 

 Lola (Brillante Mendoza, 2009)

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Ran 11/06/2010 16:24



N'ayant pas vu le film - ce que je regrette -, je ne souhaite pas trop intervenir dans votre débat sur Lola. Mais il me semble que vous soulevez un point particulièrement intéressant
quand vous parlez des quelques secondes qu'il y aurait en trop.


En effet, une ou deux séquences superfétatoires et un peu trop démonstratives ou des plans coupés un dixième de seconde trop tard pour s'assurer que l'effet a été bien compris par le spectateur
sont assurément des détails qui ne gâchent pas un film. Mais ce sont tout de même des détails qui comptent en ce qu'ils révèlent, à mon sens, la différence (ou l'une des différences) entre les
très bons et les grands réalisateurs (ou entre les très bons et les grands films). Parfois, il faut du temps pour qu'un auteur réussisse à se débarasser de ce genre de scories. Songeons, par
exemple, qu'il a fallu une bonne trentaine d'années à Alfred Hitchcock et passer par de nombreux films (en quelque sorte) "préparatoires" pour arriver à signer le film de divertissement absolu
qu'est La Mort aux trousses.



nolan 11/06/2010 12:25



En effet, il ne s'agit que de petites maladresses et elles sont, il est vrai, plus faciles à pointer pour les raisons que vous évoquez dans votre commentaire. Je ne savais pas trop comment parler
de l'admirable intégration du climat dans le film, ce que vous avez fait à juste titre (le vent et les femmes courbées) dans votre note. J'ajouterai que la pluie et ses conséquences sont
effectivement de très bons vecteurs dramatiques : battante pour les problèmes financiers, source de vie (les poissons dans la maison) avec les enfants, incarnation de la plénitude avec
l'enterrement sur l'eau.



Ed(isdead) 11/06/2010 11:34



De mon côté, j'ai été pris tout de suite par le film, dès les premières images, trouvant la plongée dans la population de Manille assez impressionnante.


Pour tout le reste, je suis d'accord, y compris sur les petites maladresses (les toilettes, les reporters). Cela dit, on ne parle là que de quelques secondes sur les presque 2 h du film et elles
apparaissent ainsi surtout parce que tout ce qui les entoure est très ténu (pour le dire autrement, elles véhiculent tout à coup quelque chose d'un poil trop signifiant).



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