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Malveillance

29 Janvier 2012 , Rédigé par Antoine Rensonnet Publié dans #Critiques de films récents

Malveillance s’offre à nous comme un brillant exercice de style à la Hitchcock. On aurait aimé un tout petit peu plus mais, par la fascination qu’il crée autour de son étrange héros et la tension qu’il instaure, Jaume Balaguero donne déjà beaucoup.

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M 1Clara (Marta Etura) et César (Luis Tosar)


« Dégager le sourire à la con »(1) de sa charmante voisine Clara (Marta Etura), telle la seule et unique obsession du concierge César (Luis Tosar). Cet homme n’a jamais été heureux et s’acharne, y trouvant un peu de plaisir, à rendre la vie des autres aussi insupportable que la sienne. Plus particulièrement celle de Clara, qu’il adore du seul amour dont il est capable et dont il détruira méthodiquement, en déployant des trésors de ruse et d’astuce, l’existence. Bien sûr, Malveillance n’est qu’un pur exercice de style qui lorgne énormément vers certaines œuvres d’Alfred Hitchcock (Psychose– 1960 – avant tout, la multiplication des scènes de douche ne cessant de le souligner) et de Roman Polanski (avec une fin directement inspirée de celle de Rosemary’s Baby – 1968 – et cet immeuble dans lequel se multiplient les espaces censément clos mais où la promiscuité implique que l’on vive épié). Sans doute manque-t-il à ce film un soupçon de personnalité pour qu’il invente une voie propre mais force est de reconnaître qu’il fonctionne remarquablement. Il n’y a rien à sauver chez César mais il ne manque pas, par sa présence à la fois opaque, menaçante et granitique (la composition de Luis Tosar est remarquable), de susciter angoisse et fascination. Surtout, lorsque le chasseur devient proie, on éprouve, avec lui, un véritable sentiment de peur.

 

M 2Ursula (Iris Almeida) et César


Puisque le mal se loge partout, quel que soit l’âge ou le statut social – aucun des habitants de l’immeuble, d’un épouvantable vieux propriétaire (Carlos Lasarte) jusqu’à une gamine déjà fort perverse (Iris Almeida qui, par ses apparitions dans les couloirs, semble, elle, toute droite échappée de  Shining – Stanley Kubrick, 1980) en passant par le petit ami (Alberto San Juan), visiblement un parfait abruti, de Carla, ne semble devoir gagner à être connu (on songe alors à Fenêtre sur cour – 1954(2)) –, autant que celui qui s’assume comme tel connaisse le triomphe. Ce n’est certainement pas une morale, juste une leçon de mise en scène parfaitement assimilée. Jaume Balaguero a su générer une sympathie suffisante pour son héros. De même, il joue intelligemment de la contraction et de la dilatation du temps, du suspense, donc. Film mineur, Malveillance apparaît comme un petit plaisir à savourer en étant envahi d’une délicieuse tension. On aurait juste aimé que l’auteur se montre plus parcimonieux dans l’utilisation de la voix off. Quel besoin, en effet, de nous expliquer en détails les motivations de César ? Le bourreau inquiétant et ambigu, évidemment dépendant de sa victime aurait certainement gagné, d’autant que sa nature schizophrène le pousse déjà à se mettre en scène (en se confiant à sa mère malade – Margarita Rosed) tout en restant dans l’ombre, à préserver une plus grande part de mystère ; le film dans son ensemble, également. Par un jeu plus subtil sur la suggestion, la force d’attraction de Malveillance eût été renforcée. Elle n’en reste pas moins grande.

 

M 3César

 

Antoine Rensonnet

 

Note d’Antoine Rensonnet : 3

 

Malveillance (Jaume Balaguero, 2011)

 

 


 

(1) Peut-être y a-t-il, dans cette expression, une réminiscence, incomplètement exploitée, du jeu sadique entre Hartman (Lee Hermey) et Baleine (Vincent d’Onofrio) dans Full Metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987) ; sur ce point, voir notre texte sur le langage et la communication dans l’œuvre de Stanley Kubrick (quatrième et sixième parties).

(2) L’acte le plus maléfique de César n’est-il d’ailleurs pas de précipiter la mort d’un petit chien, seul personnage innocent du film ? Notons tout de même que le spectateur reste toujours « favorable » au héros de Malveillance –quand il ne saurait réserver la même disposition d’esprit au tueur (Raymond Burr) de Fenêtre sur cour. Même s’il fait de son personnage principal le « méchant » de son œuvre, Jaume Balaguero n’a pas la même perversité qu’Alfred Hitchcock et ne fait pas montre d’une violence comparable à l’égard de la société. Malveillance possède une dose certaine d’ambivalence, ce qui lui confère son charme, mais ne s’élève pas au rang de ses modèles.

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