Melancholia

15 Septembre 2011 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Nous aurions aimé plus aimer Melancholia. Mais, passée la déception de la sortie de salle, nous y voyons tout de même un film franchement inégal ne cessant d'osciller entre le pire et le meilleur ; Parfois capable de descendre très bas, le métrage arrive, par instants, à toucher des sommets.

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Melancholia.jpg

Kirsten Dunst

 

Nous aurions aimés aimer Melancholia dont le sujet, la bande annonce et la perspective de voir une version de la Laideur aussi forte que les torrents de Beauté offert par le dernier Malick, nous attiraient grandement. Nous imaginions une sorte faux-jumeau de la Palme d'or 2011 par le réalisateur danois dont nous ne connaissons guère l'œuvre. Les critiques positives et notamment celle de Philippe Azoury ont fini de nous convaincre. Las, après une introduction composée de tableaux très réussis annonçant la fin du monde, le film s'embourbe littéralement dans la fustigation de la fête de mariage. Peut-être est-ce parce que nous sommes déjà convaincus qu'il s'agit de « rituels à la con » pour reprendre les mots de la mère (Charlotte Rampling) de la mariée, Justine (Kirsten Dunst), que nous avons trouvé cette partie longue, démonstrative, n’allant pas plus loin que sa dénonciation. Ainsi Justine, après que son père (John Hurt) ait poussé sa mère, Gaby, à dire le fond de sa pensée, plonge (de nouveau comprenons-nous) dans un état dépressif avancé. Elle essaie tant bien que mal de garder la face mais, entourée de gros cons caricaturaux et antipathiques – qu'ils soient méchants tout plein (pauvre Stellan Skarsgard) ou à la limite de l'idiotie (le mari, Alexander Skarsgard) –, parvient à gâcher le mariage. Hormis sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg), ce petit monde ne va que dans un sens et bénéficie d'une haine totale et entière de la part du cinéaste à tel point qu'il oublie qu'un peu de complexité ou d'ambiguïté aurait sans doute permis d'avoir un propos intéressant. On pense évidemment au Festen (1998) de son compère Thomas Vinterberg qui tirait sa force d'une certaine rage et d'une montée en puissance que Von Trier ne donne pas à son film. Aussi, au bout d'une heure pénible, sommes-nous en train d'espérer que la planète Melancholia va s'écraser plus tôt que prévu, que le reste du monde s'est trompé sur le film et puis c'est tout. Mais la seconde partie, qui débute le lendemain de la fête, se resserre sur les personnages des sœurs : Justine la dépressive que la survenance de la planète Melancholia et la fin proche de l'humanité apaise et Claire, sur le fil depuis le début, voyant s'effondrer un à un ce qu'elle considère comme les piliers de sa vie. Même le personnage de son richissime mari John (Kiefer Sutherland), trop épais pour être vrai, prend un certain relief. En outre, le film prend soin de ne pas expliquer certains phénomènes et accorde même au spectateur, lors d'une sortie nocturne de Justine, un temps de poésie et une forme de plénitude macabre. Nous ne savons plus où nous avons entendu ou lu que ces deux sœurs traduisaient les deux faces de son réalisateur mais cette remarque nous paraît pleinement judicieuse – ce que montre un dialogue, peut-être un peu lourd à force de vouloir être percutant, entre Claire, qui voudrait attendre la fin du monde un verre à la main au son d’une musique qui claque, et Justine qui trouve ça merdique. Ce sont là les ratiocinations d’un auteur qui discute avec lui-même. D’ailleurs ce qu'il nous proposait en introduction était déjà cela : de belles peintures apocalyptiques et Wagner à fond les ballons. Le doute total et l'assurance d'avoir quand même plus raison que les autres. La conclusion, elle, est visuellement superbe.

Pas de demi-point sur De son cœur pour avoir une note pile au milieu et après une discussion intense avec soi-même (« Tu sais quoi, il est pas mal ce film quand même ; Non il est merdique. »), nous accordons le bénéfice du doute au long métrage.

 

nolan

 

Note de nolan : 3  

 

Melancholia (Lars Von Trier, 2011)

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Antoine 20/02/2012


Justine face au Monde, Claire face à la fin du Monde ; l'horreur du complètement normal et la peur de l'absolument anormal. L'ensemble est étrange mais plus qu'intéressant, parfois assez
fascinant. Je crois que, sur le coup, je suis assez nettemment plus enthousiaste que toi.

Antoine 21/02/2012


En fait, je crois que notre divergence d'appréciation tient en partie à ce que nous pensons respectivement du mariage (je parle de la fête elle-même et du symbole général qu'elle porte). Tu y
vois, à juste titre, un ''rituel à la con'' - opinion qu'évidemment je partage tant il s'agit d'une évidence. Et, si ce n'est que cela, effectivement, pas la peine de le mettre en parallèle avec
la fin du monde.


Mais, au-delà, je considère cette cérémonie comme la négation suprême de l'individu - ce que j'ai du écrire quelque part, sous une forme ou sous une autre, dans mes ''lamelles et lambeaux'' - et,
à partir de cette prémisse (même si on ne la retient que comme hypothèse - ce qui, au moins, est le point de départ de Lars Von Trier), il est difficile de forcer le trait (les participants se
niant dans cette catastrophe, il est logique qu'ils soient peu nuancés ; est-on tout en nuances et aspérités le jour d'un mariage ? Au mieux, on fait la gueule ; au pire, on sourit).


Dans ces conditions, je pense que les deux parties se répondent de façon assez fine. Avec, logiquement, une réduction à très peu de personnages dans la seconde. Comme un passage des fêtes
fatiguées d'Antonioni aux réflexions métaphysiques de Tarkovski (en moins chrétien mais avec une planète en plus comme dans Solaris)...

Lalalère 10/07/2012


C'est vrai que la première partie s'oublie vite (surtout quand on connait Festen), mais n'est-ce pas fait exprès, une sorte de lassitude, de négation de la vie sociale, ce vide qui s'empare du
personnage de Dunst. Je crois Von Trier assez habile pour ne pas avoir foiré sciemment cette narration de mariage .


Le reste est splendide, marquant. Jusqu'à la scène finale qui porte l'oeuvre vers des sommets. Je regrette de ne pas l'avoir vu sur grand écran.


Kirsten Dunst EST l'actrice de sa génération ........ elle hante.


(et c'était mon 1er Von Trier donc objectivité complète ; je dois maintenant m'attaquer à Antichrist)

Antoine 10/07/2012


M'enfin, elle est pas mal du tout cette première partie !

Lalalère 11/07/2012


Mouais, j'ai vu pire je pense .... Charlotte pourra se faire mal à son gré. 


Sinon c'est Ant"i"christ Nolan  ..... et je m'excuse pour la Scarlett hein, je la trouvais démente moi aussi du
temps de Match Point.

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