Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 12:00

De lamentables compromis dans la vie, il faut en faire. Par exemple, en allant voir un film dans lequel un consternant président a réussi à caser son épouse. Il faut aussi et surtout pouvoir s’en extraire un temps. Par exemple, en se laissant pleinement absorber par le dernier film de Woody Allen…

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MAP-1.jpgGil Bender (Owen Wilson)

 

La vie est nulle tant elle oblige à de misérables compromis. Prenez Woody Allen, après une carrière si brillante, il en réduit pour – enfin – tourner un film à Paris (il paraît que c’est plus cher qu’à Londres ou Barcelone…) à satisfaire au caprice ridicule d’un président de la République qui ne l’est pas moins et d’offrir un petit rôle à l’épouse de celui-ci. Prenez Gil Pender (Owen Wilson), le héros de ce Minuit à Paris, il se voudrait écrivain mais s’accommode de n’écrire que de mauvais scénarios pour Hollywood. Surtout, il se résigne à épouser une femme (Rachel McAdams) « convenable » (et très riche…) et s’efforce de se faire croire qu’il l’aime allant même jusqu’à tenter de supporter l’un de ses amis (Michael Sheen), parfaitement suffisant, et ses parents (Kurt Fuller et Mimi Kennedy), horriblement réactionnaires. Mais, tout de même, il hésite et sent bien qu’une autre voie pourrait peut-être exister qui, comme souvent chez Woody Allen, tient tout simplement à la magie. Et Gil, puisqu’il est à Paris, ville dont il a toujours rêvée, s’y engage. Il suffit d’y croire – quitte à n’être plus qu’un vampire. Gil se retrouve alors dans son Paris fantasmé des années 1920. Là, tout n’est que clichés puisque tout est comme Gil l’avait toujours imaginé. Il passe de folles nuits en compagnie de ses idoles – Scott (Tom Hiddleston) et Zelda (Alison Pill) Fitzgerald ; Ernest Hemingway (Corey Stoll) ; Pablo Picasso (Marcial Di Fonzo Bo) ; Salvador Dali (Adrien Brody) ; Gertrude Stein (Kathy Bates) ; Luis Bunuel (Adrien de Van) ; … –, découvre qu’il a presque autant de talent qu’elles et rencontre même la femme idéalisée (Adriana – Marion Cotillard). Alors, pourquoi ne pas y rester, s’y perdre et s’y épanouir ? Parce que tout ceci n’est qu’illusion et qu’elle est donc destinée, le temps passant, à s’évaporer. Alors mieux vaut tout de même s’ancrer dans le présent, si incertain et insatisfaisant soit-il. Et, puis après tout, celui-ci ne contient-il pas, lui aussi, quelques moments de grâce (certes très fragiles) et fragments d’éternité. Prenez Gil, il ne rentrera finalement pas à Malibu et trouvera même une sorte de juste milieu (Gabrielle – Léa Seydoux) entre son épouvantable ex-future épouse et l’absolu féminin né de son imagination. Prenez Woody Allen, après avoir si longtemps refusé de vieillir, il a compris qu’il lui suffisait de s’inventer un double plus jeune pour rester lui-même (et, comme tel, Owen Wilson se montre particulièrement convaincant). Il sait aussi, et ce depuis toujours, que la musique de Cole Porter étant gravée sur des disques, elle sera toujours présente quand on est – vraiment – amoureux. Et, nous, nous savons que la vie est incroyablement nulle mais que, chaque année, les films de Woody Allen sont là pour nous la rendre un tout petit peu plus agréable. Surtout, lorsque le philtre magique de l’auteur fonctionne à plein. C’est le cas dans ce Minuit à Paris (comédie alerte drôle, et mélancolique mais jamais vraiment, passé le constat liminaire, amère contrairement à l’excellent Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu – 2010), comme auparavant dans La Rose pourpre du Caire (1985) ou Tout le monde dit I Love You (1996). Alors, laissons-nous pleinement happer le temps d’une (bien trop courte) séance ; nous aurons, de toute façon, de bien plus dérangeants compromis à faire avec notre conscience politique…

 

MAP-2.jpgAdriana (Marion Cotillard) et Gil Bender


Ran (Antoine Rensonnet)

 

Note de Ran : 4

Note de nolan : 4

 

Minuit à Paris (Woody Allen, 2011)

Par Ran - Publié dans : Critiques de films récents
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De son cœur le vampire

 

«  Je suis de mon cœur le vampire,

– Un de ces grands abandonnés

Au rire éternel condamnés,

Et qui ne peuvent plus sourire ! »

Charles Baudelaire, L’héautontimorouménos (extrait)

Le cinéma est l’art du XXe siècle mais un art vampire ; vampire des autres arts devenu, avec le temps, celui de son propre cadavre… Et le vampire est son héros (son mythe ?) principal.

Ces textes et notes lui sont dédiés.

Antoine Rensonnet (Ran)

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