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Mort de Blake Edwards

19 Décembre 2010 , Rédigé par Ran Publié dans #Textes divers

Toute flegmatique qu’elle soit, la panthère rose est en deuil. Car Blake Edwards est mort ; et il était notamment l’un des plus grands de la comédie américaine grâce donc à la longue série des Panthère rose – avec son génial comparse Peter Sellers dans le rôle de l’inspecteur Clouseau – mais aussi à La Party.

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BE1Blake Edwards (1922-2010)


« When a girl is under 21, she's protected by law. When she's over 65, she's protected by nature. Anywhere in between, she's fair game. Look out. » Tel sont les propos tenus par le lieutenant-commandant Matt T. Sherman (Cary Grant) dans Opérations jupons, sixième film de Blake Edwards réalisé en 1959. Les œuvres du metteur en scène qui vient de nous quitter étaient donc souvent très drôles à défaut d’être toujours d’une grande légèreté. Mais l’auteur pouvait révéler une véritable finesse telle celle qui illumine Diamants sur canapé (1961). Et dans cette œuvre magistrale, portée par la grâce féline d’Audrey Hepburn, Blake Edwards signe en outre quelques-unes des plus célèbres images de l’histoire de son art (il n’est que de visiter n’importe quelle boutique faisant commerce d’objets liés au cinéma pour s’en convaincre ; on y trouve tout de suite quelques photographies tirées du film). Ce n’est pourtant pas ce mélodrame mélancolique aux accents comiques qui vaudra un succès durable à son auteur. Il viendra d’un autre diamant, d’un autre félin et d’un autre interprète.

 

BE2Holly Golightly (Audrey Hepburn)

dans Diamants sur canapé (1961)


Le diamant et le félin, c’est bien sûr la nonchalante, élégante, raffinée (et un peu mégalomane aussi) panthère rose qui naît en 1963 dans le générique (en dessin animé[1]) du film éponyme. L’interprète, c’est Peter Sellers qui y joue le rôle du désastreux (et terriblement français) inspecteur Jacques Clouseau. Il n’est pas vraiment le héros du film mais vole sans peine la vedette à David Niven. Le film étant un très grand succès, Blake Edwards et Peter Sellers donneront de nombreuses suites (avant que d’autres réalisateurs et acteurs ne viennent pour prendre la relève[2]) à La Panthère rose. On aurait tort de mépriser cette série et de n’y voir que d’aimables divertissements pour enfants car, même si les films s’avèrent très inégaux et que l’on sent que le filon est en voie d’épuisement à la fin des années 1970, l’humour de Blake Edwards – inséparable, donc, des prestations de Peter Sellers – fait souvent mouche et s’avère, in fine, aussi racé que l’animal-titre. De cette longue série émerge toutefois un chef d’œuvre, qui mérite d’être pleinement reconnu comme l’une des plus brillantes comédies jamais réalisées au cinéma ; il s’agit de la suite immédiate de La Panthère rose, l’extraordinaire Quand l’inspecteur s’emmêle (1964).

 

BE3L’inspecteur Jacques Clouseau (Peter Sellers) et Maria Gambrelli (Elke Sommer)

dans Quand l’inspecteur s’emmêle (1964)

 

Jamais dans le cadre des différents épisodes de La Panthère rose, Blake Edwards et Peter Sellers ne retrouveront pareil état de grâce. Ils tourneront pourtant ensemble un autre immense film comique alors qu’ils ont tous deux refusé de s’engager dans un nouveau Panthère rose (L’Infaillible Inspecteur Clouseau, finalement réalisé par Bud Yorkin en 1968 avec Alan Arkin dans le rôle-titre), La Party en 1968[3]. Réalisation ingénieuse, maîtrise souveraine du rythme (le plus souvent assez lent pour que le délire qui gagne progressivement l’œuvre monte doucement mais sûrement en puissance), gags d’une efficacité redoutable et interprétation géniale de Peter Sellers en figurant indien égaré à Hollywood provoquant par sa naïveté d’incommensurables catastrophes font de ce film un nouveau sommet. Assurément, il permet, après Quand l’inspecteur s’emmêle, à Blake Edwards de gagner définitivement sa place au panthéon des grands de la comédie américaine, pas très loin d’un Ernst Lubitsch ou de l’Howard Hawks de L’Impossible Monsieur Bébé (1938), plus haut sans doute qu’un Billy Wilder, immense cinéaste (et auteur notamment d’ Assurance sur la mort en 1944 et de Boulevard du crépuscule en 1950) mais dont les comédies à succès un peu faciles réalisées dans les années 1960 (Un, deux, trois en 1961 ou Embrasse-moi, idiot en 1964) nous semblent faire bien pâle figure en comparaison de La Party.

 

BE4Hrundi V. Bakshi (Peter Sellers) dans La Party (1968)


Ainsi Quand l’inspecteur s’emmêle et La Party affirment toute l’ampleur du génie comique de Blake Edwards. On ne saurait toutefois le réduire à un réalisateur débordant d’humour et qui aura mené une longue et fructueuse collaboration avec Peter Sellers[4]. Diamants sur canapé suffit largement à le prouver mais bien d’autres d’œuvres de Blake Edwards notamment l’étonnante comédie musicale Victor/Victoria (1982) – dans laquelle son épouse Julie Andrews tient la vedette – le montrent également. C’est donc, après une carrière bien remplie puisque riche de trente-sept films tournés entre 1955 et 1993, un grand nom du septième art qui disparaît à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Et, comme bien d’autres, la panthère rose – dont les aventures sans doute bien plus ternes continueront peut-être – est en deuil.

 

BE5Victoria Grant (Julie Andrews) dans Victor/Victoria (1982)

 

Ran



[1] Et, dans tous les épisodes de la série (sauf dans Quand l’inspecteur s’emmêle dans lequel, si le générique est aussi un dessin animé, la panthère rose n’intervient pas – pas plus que le diamant qui porte le même nom dans l’intrigue), la panthère revient dans un nouveau générique en dessin animé.

Par ailleurs, le personnage de la panthère rose, créé par Fritz Freleng et toujours accompagné par le célèbre thème musical composé par Henry Mancini, prendra son indépendance dès 1964 et plusieurs séries de dessins animés lui seront consacrées. Plusieurs de ces dessins-animés sont de très grandes réussites (notamment La vie en rose – le tout premier épisode – en 1964,  La maison de la panthère rose en 1966, Rose, ruse, rage en 1966 ou La panthère psychédélique en 1968).

[2] Blake Edwards a réalisé huit épisodes de la série (La Panthère rose en 1963 ; Quand l’inspecteur s’emmêle en 1964 ; Le Retour de la panthère rose en 1975 ; Quand la panthère rose s’emmêle en 1976 ; La Malédiction de la panthère rose en 1978 ; A la recherche de la panthère rose en 1982 ; L’Héritier de la panthère rose en 1983 ; Le Fils de la panthère rose en 1993) dont les six premiers avec Peter Sellers dans le rôle de l’inspecteur Clouseau. La série compte également trois épisodes non mis en scène par Blake Edwards (et également sans Peter Sellers) : L’Infaillible Inspecteur Clouseau (Bud Yorkin, 1968) ; La Panthère rose (Shawn Levy, 2006) ; La Panthère rose 2 (Harald Zwart, 2009).

[3] Notons qu’avec la séquence de fête, sans aucun doute la plus drôle du film, de Diamants sur canapé, La Party se trouve comme annoncée.

[4] Même si celle-ci apparaît bel et bien centrale dans son œuvre. Cela le poussera d’ailleurs à tourner (à partir de rushes non utilisés et en faisant revenir d’autres héros de la série) un nouvel épisode (d’ailleurs assez décevant) de La Panthère rose en 1982 (A la recherche de la panthère rose) en forme d’hommage à son acteur-fétiche, décédé en 1980. Par ailleurs, l’ultime film de Blake Edwards sera une tentative de relancer et sa carrière et la série des Panthère rose (Le Fils de la panthère rose avec Roberto Benigni dans le rôle principal).

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Ran 21/12/2010 00:46



Bonsoir (ou plutôt bonne nuit vu l'heure).


Non seulement l'année se termine mal mais ça avait commencé avec la mort de Rohmer et j'ai l'impression que ce ne fut qu'une suite de décès de réalisateurs importants (en même temps, la vie se
termine toujours comme ça et je me rappelle qu'il y a trois ans, on avait enregistré les décès coup sur coup de Bergman et d'Antonioni). Enfin, on peut toujours se remonter le moral en regardant
Quand l'inspecteur s'emmêle ou La Party.



dasola 20/12/2010 21:29



Bonsoir, et oui, l'année 2010 se termine vraiment mal. Rien que pour Diamants sur canapé, il faut se rappeler de B. Edwards. Bonne soirée.



Ran 20/12/2010 13:10



C'était une hélléniste distinguée ce qui, en soi, n'est pas un défaut.


Mais chaque fois que j'avais le malheur de l'entendre, je l'entendais défendre une langue française sclérosée. Bref, elle était pour moi une parfaite réactionnaire qui s'ignorait et me donnait
envie de parler aussi mal que l'actuel locataire de l'Elysée....



Bruce Kraft 20/12/2010 11:41



Et bien je ne connaissais pas Jacqueline de Romilly et comme tu as piqué ma curiosité je vais faire une petite recherche sur Google!! Je serais un peu moins con comme ça!!



Ran 19/12/2010 12:29



A Fred : Je pense malheureusement que ton voeu a peu de chances d'être exaucé. Je crois qu'il y aura encore de nouvelles Panthère rose mais elles n'auront pas la classe de celles
d'Edwards/Sellers (d'ailleurs même les dessins animés produits ces dernières années sont très mauvais pour ce que j'en ai vu alors que j'aimais beaucoup ceux des années 1960). Mais, bon, je n'y
suis pour rien vu que je ne serai ni producteur, ni réalisateur (peut-être - pour l'efficacité - le costume d'inspecteur Clouseau m'irait-il bien mais on ne me le proposera pas).


Sinon, je ne connaissais pas l'anecdote sur Victor/Victoria. Merci.


A Bruce Kraft : on parlait remakes il y a quelques jours sur ton blog. La Panthère rose fournirait aussi son lot d'exemples... Et, puis, oui, l'année 2010 a été difficile de Rohmer à
Edwards (un beau raccourci d'ailleurs qui montre la diversité du cinéma).


Et puisque l'on parle décès, j'ai appris, en retournant le journal du matin, celui de cette vieille bique de Jacqueline de Romilly, académicienne et apôtre vieux jeu d'une langue française qui ne
se modifierait guère (et Dieu sait pourtant que j'aime le français). Cela n'a rien à voir avec le cinéma - art qu'elle devait mépriser même si elle était toujours prête à exposer ses pensées
réactionnaires devant n'importe quelle caméra - mais cela m'a fait plaisir. Et comme on est dans le cadre de la trop abondante rubrique nécrologique de ce blog...



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