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Mort ou Vif : le western hamburger

12 Février 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Textes divers

Une femme sans nom vient participer à un concours de duels dans une bourgade du nom de Redemption tenue par l’infâme Herod, ancien brigand sans foi ni loi. La grande épopée du western-hamburger, un sous genre mort-né.

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En 1994, Sharon Stone est une méga star et enchaîne les pâles copies du film Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992) qui lui a apporté gloire et réputation sulfureuse. Suffisamment riche pour prendre en main son destin cinématographique, elle coproduit un film. C’est un western dont elle tiendra le rôle principal, objet de ce texte. Peu après, elle livrera sa plus grande prestation dans Casino (1995), l’une des réussites majeures de Martin Scorsese. Ces films marqueront la fin prématurée de sa carrière de productrice et le début d’une longue série d’échecs commerciaux et critiques (y compris Casino qui reçut un accueil tiède) pour s’échouer – après un soubresaut chez Jim Jarmush (Broken Flowers, 2005) – dans Basic Instinct 2 (Michael Caton-Jones, 2006). De toutes les stars qui soignent leur image dans des projets prestigieux ou commerciaux, il y a en donc une qui a choisi de faire n’importe quoi.

 sharon stone

Sharon Stone

 

Les succès de Danse avec les Loups (Kevin Costner, 1990) et d’Impitoyable (Clint Eastwood, 1992) motivent Hollywood pour remettre de l’argent dans les westerns. Cependant, avec des sujets similaires, Tombstone (George Pan Cosmatos, 1993) et Wyatt Earp (Lawrence Kasdan, 1994) font un flop. Il est sans doute trop tard pour que le projet The Quick and the Dead en VO, soit «  le vif (dans le sens rapide) et le mort », fasse marche arrière pour éviter de se faire allégrement dégommer.  Et sur le papier, il y a de quoi rire. Ainsi Sharon Stone revient dans le village de son enfance pour venger son shérif de père tué par Herod (Gene Hackman) vingt ans plus tôt. Elle se retrouve embarquée dans un concours de duels pour arriver à ses fins. Elle n’a jamais tué mais c’est une femme à poigne capable de tenir la dragée haute à ses homologues masculins. On voit d’ores et déjà la catastrophe s’annoncer.

Seulement Sharon Stone a fait deux bons choix. Un, elle dispose d’un casting archi glamour avec de futures méga-stars (Léonardo Di Caprio et Russel Crowe) ainsi que Gene Hackman dans le rôle du salaud, rappelant irrémédiablement son rôle dans Impitoyable. Deux, le réalisateur de cette fantaisie est Sam Raimi. C’est la première fois que Raimi réalise une commande et travaille sur une grosse production. Sa réputation de réalisateur dans les potacheries gores que sont la série Evil Dead (1982, 1987 et 1993) et Darkman (1990) lui valent le respect des aficionados du genre. Raimi est drôle, fan de BD et s’avère être un excellent technicien pour les scènes d’action. A voir Mort ou Vif, une seule chose semble avoir été demandée au réalisateur : soigner sa star. Il remplit aisément son contrat car Sharon Stone est de toute beauté dans ce film et ne joue pas cette fois une vénéneuse manipulatrice.


Sharon Stone 4Sharon Stone de toute beauté

 

Malheureusement, le réalisateur échoue à donner une force réelle à l’enjeu dramatique de son personnage malgré les flash-back avec Papa et les yeux qui roulent. Pour le reste, c’est carte blanche. Et Sam Raimi, qui semble se foutre totalement de son avenir hollywoodien, remplit son film jusqu’à la gueule. D’abord les références abondent. Gene Hackman se fait la tronche de John Wayne dans un flash-back : foulard, chemise et chapeau que l’on aperçoit sur la dernière photo de l’article de Ran sur L’Homme qui tua Liberty Valance (John Ford, 1962) et qui fait également penser à La Prisonnière du Désert (id., 1956). Sharon Stone n’a pas de nom et est à ça de faire le petit mouvement de maxillaire propre à Clint Eastwood. Russel Crowe se nomme The Preacher (cf. Pale Rider de Clint Eastwood en 1985),… Les clins d’œil, enfin plutôt les coups de coude à Leone et Eastwood sont donc légion. Pour cela rien de nouveau sous le soleil de l’Ouest si ce n’est qu’il est toujours amusant de chercher la référence (ce qui n’a ici, cinématographiquement parlant, aucun intérêt).

 

Sharon stone version EastwoodSharon Stone imite Clint

 

Sam Raimi ose les plans de caméra très rapproché, décadrages, perspectives forcées et superzooms. Il se permet quelques coups d’éclat avec ce résumé d’une journée de duels durant lequel les visages des protagonistes et les gros plans sur les coups de feu apparaissent successivement sur fond noir. Le film tourbillonne ne s’arrêtant que pour laisser admirer la plastique de l’actrice principale.  Ensuite, il profite de l’inanité du scénario et de son tournoi à la con pour adopter un ton comics et créer une galerie de personnages très rigolos. A Redemption, hormis les paysans et l’héroïne tout le monde ne cherche qu’une chose : la violence ; si possible pour de l’argent mais la violence avant tout.

Aussi, un peu comme dans le jeu vidéo Street Fighter II, chaque participant à une particularité. Ainsi, nous avons un Suédois, un Indien qui ne craint pas les balles, un prisonnier en fuite sale et moche, un père de famille irresponsable, un tueur professionnel prétentieux, un hôtelier pédophile et, mon préféré, un tireur de foire-à-tout mythomane (campé par Lance Henriksen) qui disparaît vite mais donne son empreinte au film : santiags argentées, nuque longue et chapeau de rodéo… L’acteur porte ce ridicule achevé avec panache.


 

Ace Hanlon (Lance Henriksen) en met plein la vue

 

A ce petit jeu, les stars s’en sortent aussi très bien et les personnages de Gene Hackman et Léonardo Di Caprio – père et fils dans le film –sont, avec de schématiques traits de caractère très réussis. L’enjeu dramatique entre ses deux personnages très simplement brossé n’en est pas moins efficace (contrairement au cas de la femme sans nom). Les deux acteurs cabotinent à souhait avec une légère mise en abyme des rôles qu’ils collectionnent alors, l’un parfait salaud, l’autre petit branleur immature. Et leur duel infanticide vient clore le feu d’artifice qu’est jusque-là le long métrage.

 

di caprio hackmanLéonardo Di Caprio et Gene Hackman

 

Le film finit en pilote automatique, pas désagréable mais moins jouissif avec tout de même le triple saut périlleux arrière de Gene Hackman lorsqu’il prendra une balle en plein cœur. Mort ou Vif est un film de sale gosse, une réussite dans la malbouffe cinématographique récupérant (à l’exception des grands espaces) les clichés du western comme la bande dessinée Lucky Luke mais avec aspect outré à l’américaine : plus d’explosions, plus de coups de feu, plus de sauts en arrière quand on est touché. La parodie du western spaghetti lui même parodie du western tout court. Retour à l’envoyeur : le western hamburger. Le film reçut un accueil catastrophique mais fit la gloire de quelques soirées télés sur France 3. Les westerns américains redevinrent par la suite présentables mais pas toujours meilleurs.

 

triple saut perilleuxEncore une balle et c'est le triple saut périlleux arrière (Gene Hackman)

 

Après Mort ou Vif, Raimi réalisera le plus sobre Un Plan Simple (1999) pour sa seconde collaboration avec les frères Coen au scénario (après Mort sur le Grill en 1984) puis tournera deux films mal reçus [1] avant de se lancer avec talent dans l’aventure Spider-man[2] qui vient de prendre fin définitivement[3]. Au vu de son dernier opus (Jusqu’en Enfer 2009), il n’a toutefois rien perdu de sa gouaille cinématographique.

 

di-caprio-2.jpgLéonardo Di Caprio par Sam Raimi

nolan

 



[1] Pour l’amour du jeu (2000) et Intuitions (2001).

[2] 2002, 2004 et 2007.

[3] Sony s’est séparé de Sam Raimi pour opérer un reboot de la série suite aux nombreux désaccords que la firme avait avec le réalisateur depuis l’épisode 3.

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Antoine 04/11/2012 21:36


Mais je l'ai mise à Cosmopolis cette fameuse note. Pour le reste, il y a peu de films qui la mériteraient quand même.


Quant à Burton, je vais voir ses films et je lui ai pardonné Big Fish. Je ne peux pas faire beaucoup plus. Sauf, si bien sûr l'indulgence est de trouver Alice au pays des merveilles
esthétiquement intéressant...

Antoine Rensonnet 04/11/2012 21:45



Oui mais tu as fait ton timide quand même pour lui délivrer la note maximale :-)


Bien sûr, la note 5 c'est pas toute les semaines. Ok, tu es indulgent parce que perso, Big Fish, j'ai toujours du mal à accepter (je lui préfère la Planète des Singes !). Et
grâce à toi, je n'ai point vu Alice...



Antoine 04/11/2012 17:29


Je ne fais pas la gueule à Burton. C'est lui qui se fout de la mienne...


Sinon, je suis l'indulgence même mais je crois que personne ne s'en rend compte.

nolan 04/11/2012 20:06



Ma théorie sur l'indulgence : Ca doit être une histoire de référentiel. Sur l'échelle des 100 dernières années du cinéma, tu es bienveillant avec les nouveautés mais sur l'année tu as du mal à
mettre la note maximale alors même que tu es complétement séduit par la proposition. 



Benjamin 04/11/2012 17:11


Je te suis sur l'indulgence et restons positifs avec les films ou certains morceaux choisis, ça me va.


Quoique notre dernier article (une redif) sur Wolverine contredise l'intention. 


On décide d'aimer ou pas certains films et des fois, on n'y arrive pas. D'autres fois oui, comme Dark shadows. Antoine, lui, l'est moins (indulgent), pour preuve justement Burton, à qui
il fait bien la gueule.

nolan 04/11/2012 20:04



Wolverine, c'est vraiment une insulte au spectateur et j'imagine encore plus aux amateurs de comics. 


Globalement Antoine est plus sèvere que moi, il arrive que ce soit le contraire (les derniers Von Trier, Cornenberg et Polanski). 


Pour Burton, c'est ''Nous nous sommes tant aimés'' en ce moment :-) (je précise que je n'ai pas encore lu sa critique négative de Frankenweenie)



Sylvain Métafiot 04/11/2012 16:20


Le parallèle avec Street Fighter II est surprenant mais assez juste en y repensant. le jeu date d'à peu près la même période que le film, il me semble.


En revanche, désolé de vous contredire mais le triple saut périlleux arrière de Gene Hackman est dû à l'ultime balle qu'il prend dans l'oeil et non dans le coeur.

nolan 04/11/2012 19:58



Non le jeu date d'avant mais il est symbolique des jeux vidéos de duel à mon avis.  


Belle erreur factuelle en effet, je m'en suis rendu compte en relisant le texte et en regardant la photo de Gene Hackman. Le pire, c'est que j'avais revu le film juste avant de commencer à
écrire. Mais là, mon texte est trop ancien pour que je corrige. Seul ton commentaire corrigera l'erreur. 



Benjamin 04/11/2012 15:12


Va pour le western hamburger, c'est bien vu, même si le film est pour moi moins gras que le sous-produit alimentaire ne le laisse entendre. En revanche, la comparaison vaut pour l'absence
d'épaisseur de la tranche de steack... Je m'arrête là pour la malbouffe.


Je crois aussi que nous restons indulgents avec ce film parce que nous l'avons vu ado (ou environ) et que Raimi a su faire vriller les colts avec éclat devant nos yeux comme Stone jouer de
sa crinière. 


 

nolan 04/11/2012 15:55



Ah ah mais je vois que le terme t'inspire !


Je suis quelqu'un d'assez indulgent en général avec les films. C'est Stanley Kubrick ou Jacques Dutronc (!) qui disait qu'il y avait toujours 10 min à sauver dans un mauvais film. Par expérience
j'ai découvert que les 10 min pouvaient se transformer en dix secondes mais bon, disons que je suis dans cette veine de spectateur (trop?) tolérant. 



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