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Mystères de Lisbonne

9 Décembre 2010 , Rédigé par nolan Publié dans #Critiques de films récents

Un film de toute beauté. Emporté par un récit romanesque voyageant dans le XIXe siècle au gré des révélations, cette suite de plans séquences élaborés et majestueux emporte le spectateur dans le tourbillon des passions amoureuses et de l’impossible désir.

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MLisbonne1.jpgAu premier plan : Maria Joao Bastos, au second : Adriano Luz

 

Au beau milieu du XIXe siècle, Joao (João Luìs Arrais) est un petit Portugais abandonné, un petit bâtard, sans doute fils de cordonnier ou pire encore, on ne sait pas. Il vit à l’école des bonnes sœurs de Lisbonne, recueilli par le père Dinis (Adriano Luz), personnage complexe, multiple, raide comme la justice, doux comme un père, rusé comme un renard ; bref, il sait tout faire et nous n’allons pas tarder à nous enfoncer dans les méandres de sa vie et de celle de la famille de Joao suite à un petit malaise de ce dernier et qui mérite enfin qu’on lui raconte la vérité sur sa mère (Maria Joao Bastos). Est-ce que tout cela est vrai ? Peu importe la réponse, seul compte le déchaînement des passions à travers ce siècle dans lequel les histoires s’entremêlent, les destins se scellent, tous les héros étant dévorés par un amour perdu, une femme fatale, un homme cruel, tragique déception dans l’échec de la séduction. Raul Ruiz réussit brillamment son pari formel, tel que je crois l’avoir compris : fluidifier les méandres d’un récit foisonnant incluant de nombreux personnages, à des temps différents, tout en l’intégrant dans un cadre strict – une suite de plans séquences audacieux, élaborés et plein de majesté. Peu de champs/contrechamps (il y en a deux, il me semble, en début de deuxième partie), pas de coupes nettes, tout doit se tenir dans de longues séquences jamais ampoulées, ne cherchant jamais l’effet tape-à-l’œil mais essentiellement là pour donner un souffle romanesque à ces peines d’amour perdues. Malgré une très longue durée (4h26, c’en est presque devenu un argument de vente : « Tu peux le faire ? Te faire mal aux fesses dans un ciné pour un film adoubé par la critique ? »), l’envoûtement est total au point que l’entracte apparaît inutile et ce d’autant plus que sa courte durée n’a eu pour effet que de faire louper le début de la deuxième partie à la moitié de la salle partie pisser. A cette emphase du mouvement de caméra répondent de somptueux décors surchargés ou remplis de vides, oppressants ou synonymes d’évasion. Mystères de Lisbonne se sert de l’espace pour parler du temps qui passe. Dans ces décors, on voit les protagonistes dans le feu de l’action et souvent des observateurs, à peine cachés ou pas du tout, qui écoutent, cherchent à savoir et à comprendre, commentent, prennent de l’importance aussi vite qu’ils sont réduits à de simples éléments de décors. Une impression d’immense tableau dans un musée. Le spectateur se concentre d’abord sur les personnages principaux, puis voit, autour, ces personnages de second plan prendre soudainement vie alors qu’il parcourt la fresque. Mystères de Lisbonne confronte la solitude et le groupe, l’une dans l’autre. Parfois les personnages s’échappent dans une autre pièce, fuient la caméra, ils se cachent, cherchent à disparaître ou jouent des faux semblants, partagés entre la crainte du regard de l’autre et la volonté de le manipuler. Mystères de Lisbonne parle du regard de l’autre, sur l’autre(1) . Et voilà que – l’aurais-je cru ?! – le film se finit trop vite, un voyage à Tanger, un dernier tour de caméra, un retour à la chambre des débuts, c’est fini. Etait-ce un rêve ? Un fantasme peut-être ? Peu me chaut ; le spectacle, splendide, a fait son effet. Et pour cette fin expédiée et toutes les choses qui m’ont échappées, le film se décline au printemps en série télévisée sur Arte. Chouette.

 

MLisbonne2.jpg

Ricardo Pereira et Clotilde Hesme

 

nolan

 

Note de nolan : 4

 

Les Mystères de Lisbonne (Raul Ruiz, 2010)

 


(1) ... pour l’autre, chez l’autre, vers l’autre,… je me relis et ma note ressemble peu à peu à un mix entre Marc Levy et Guillaume Musso. Mystères de Lisbonne transcende l’eau de rose.

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nolan 10/12/2010 21:13



Merci beaucoup Ed,


D'ailleurs je cherchais une photo pour illustrer mon propos mais je n'en ai pas trouvé, il y a je crois peu de plans extra-large (excepté le duel à l'épée) puisque la caméra se balade, avance et
recule tournoie, enfin bon, je pense qu'une image fixe n'aurait pas suffit.



Ed(isdead) 10/12/2010 21:01



Ah oui, un film qui peut "se lire" comme un immense tableau. Belle idée.



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